La photographe Emilie Madi était au Liban pour une exposition quand le mouvement de protestation a éclaté le 17 octobre. Depuis, elle documente quotidiennement les manifestations et espère que son œuvre pourra mobiliser le monde autour des revendications de ses compatriotes.

Emilie Madi, une artiste libano-canadienne installée à Paris, a transmis à la rédaction des Observateurs de France 24 une série de photos sur les manifestations libanaises d’octobre 2019, surnommées la "Tax Intifada", un soulèvement populaire sans précédent contre la classe politique et la vie chère. Avec elle, nous en avons sélectionné huit qu'elle a accepté de nous commenter.

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Beyrouth, le 20 octobre.
 
Cette photo est sur la jeunesse libanaise, mais aussi pour elle, pour l’aider à grandir dans une nation sûre et prospère. Les enfants sont unis, ils ne sont pas affectés par les factions et divisions religieuses ou politiques, ils sont plus forts que jamais et se battent pour un avenir meilleur. Si les écoles sont fermées [le ministère de l'Éducation a annoncé une fermeture jusqu'à nouvel ordre ce mercreci, NDLR], ils apprennent plus que jamais dans ces manifestations et seront dans de futurs livres d’histoire, qui aujourd’hui s’arrêtent à l’année 1975.



Beyrouth, le 22 octobre.
 
Le premier jour il n’y avait presque rien, mais le lendemain des distributions de bouteilles d’eau prenaient déjà forme. Aujourd’hui il y a de tout : des mankouches (pains libanais), des biscuits, des dattes, des kaakes (biscuits libanais), du maïs etc. Certains vendent des choses, mais la plupart les distribuent gratuitement. L’idée est que personne n’ait faim ou soif en manifestation.


Beyrouth, quartier de la Quarantaine, le 17 octobre.
 
C’est une photo sur la colère. Des pneus brûlent, des poubelles érigées en barrricades. Les manifestants sont en colère, frustrés. Ils veulent que les gens stoppent leur vie quotidienne pour les rejoindre.

Beyrouth, le 22 octobre 2019.
 
Rester cool et manifester. Les Libanais sont connus pour être créatifs et assez sarcastiques. L’humour a toujours fait partie de notre culture, même en période de conflit.


Beyrouth, place des Martyrs, le 20 octobre.
 
Cette jeune fille chante l’hymne national libanais, le "Koullouna lil watan", dans un cortège, entourée de musiciens. L’idée est de tous nous unir autour d’une même cause.

Beyrouth, Ryad el Solh, le 21 octobre.
 
C’est le cinquième jour. J’entends "vous avez voulu une révolution, la voilà !", des lumières rouges illuminent le ciel à la nuit tombée, les gens se rassemblent, sortent leurs pancartes et scandent leurs slogans.

Beyrouth, Al Nahr, le 17 octobre.
 
Faire une pause et regarder le reste brûler. Le chaos arrive, mais ils sont habitués et on pourrait même dire qu’ils s’y épanouissent. Rien de nouveau pour eux, donc ils s’assoient et profitent de leur chicha.

Beyrouth, le 20 octobre.
 
Ce très long drapeau libanais tendu dans la rue, c’était une scène impressionnante. Ensuite les manifestants ont écrit plein de messages dessus. Ça me fait penser à un long chemin vers la stabilité, et les manifestants lèvent les bras pour un Liban uni.


Retrouvez le travail d’Emilie Madi sur son site internet.