Un mouvement de protestation réclamant la démission du président Jovenel Moïse, élu en février 2017, secoue Haïti depuis plusieurs mois. La mobilisation s’est accentuée fin août, en raison d’une pénurie d’essence, paralysant les activités du pays. L’une des conséquences : des écoles fermées depuis près de deux mois. 

En Haïti, l’immense majorité des écoles publiques et congréganistes sont fermées depuis un mois et demi, alors que la rentrée scolaire était prévue le 9 septembre, en raison des manifestations contre Jovenel Moïse. Certaines écoles sont restées ouvertes quelques semaines, avant d’être obligées de cesser leurs activités à leur tour, sous la pression des manifestants. 

Par conséquent, Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, affirmait début octobre que près de deux millions d’élèves haïtiens étaient privés d’école (sur 11 millions d’habitants environ). Actuellement, seuls quelques établissements scolaires restent ouverts.


“Je suis à la maison depuis deux mois : cela me fait très mal”

Sanon,14 ans, est en classe de 3ème secondaire (équivalent de la 3ème en France) à l’Institut mixte du foyer des enfants de Dieu, à Pétion-Ville, une commune située dans le sud de Port-au-Prince, l’un des théâtres de la contestation. Il regrette de n’avoir pas pu reprendre le chemin de l’école en septembre.

Les manifestations dans les rues près de chez moi ont causé beaucoup de dégâts, et les manifestants empêchent les écoles d’ouvrir. Du coup, je ne peux pas aller à l’école et je suis à la maison depuis deux mois : cela me fait très mal, j’aurais pu apprendre beaucoup de choses. 

Quand je ne suis pas à l’école, je lis des livres, je fais des recherches... Mon père ne peut pas travailler non plus. On est tous à la maison.

                      L'Institution mixte La Joconde, une école fermée à Port-au-Prince. Photo prise par Sanon.

“Les écoles qui veulent rester ouvertes sont prises pour cible”

Edine Célestin est photo-journaliste et mère de deux filles au lycée et à l’école maternelle, à Port-au-Prince, exprime aussi exprime son désarroi.
Cela fait sept semaines que les écoles sont fermées. Celles qui veulent rester ouvertes  coûte que coûte sont prises pour cible. Nous avons fait des sacrifices pour payer la scolarité, préparer la rentrée des enfants, et ils restent à la maison. Cet argent dépensé ne sera pas remboursé. L’État ne contrôle plus rien du tout : il n’y a pas de sécurité dans les rues, à chaque carrefour, les manifestants ont installé des barricades...

       Une école maternelle à Pétion-Ville contrainte de fermer ses portes sous la pression des manifestants. Photo prise par Edine Célestin.

“Les enseignants ont d’énormes difficultés pour se rendre au travail”

Harold Durand, médecin de profession, est le directeur de l’Institut scolaire Les Parents réunis, à Cap-Haïtien, deuxième plus grande ville du pays. Il explique pourquoi il a fermé son établissement.
 

Il n’y a pas de carburant, le transport est difficile, donc les enseignants ont d’énormes difficultés pour se rendre au travail. Donc nous ne pouvons pas travailler et attendons que la situation se normalise. Une année blanche n’est pas à exclure dans la mesure où on ne voit pas l’issue de la crise politique. 

Les élèves, les professeurs et établissements scolaires sont menacés : les manifestants lancent même des projectiles dans les écoles qui osent travailler. 

Plus de cent élèves fréquentent mon établissement. Et le personnel est composé d’une vingtaine de professeurs. On doit les garder mobilisés et continuer à les payer. Ne sachant pas quand la situation va se dénouer, on est obligé d’accepter et d’assumer les pertes.

Les manifestations violentes contre le président Jovenel Moïse et des entreprises accusées de détournement de fonds, qu’il dirigeait avant son entrée en politique, ont fait au moins 17 morts et plusieurs blessés depuis fin août, selon le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH).

Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko).