En Guinée, les routes n’existent pratiquement pas dans certaines zones du pays. C’est notamment le cas autour des villages de Sanama et Tirikouré, situés à côté d’une chaîne montagneuse, dans la région de Labé. Pour rejoindre la principale ville voisine et accéder aux marchés ou encore aux services de santé, leurs habitants sont ainsi obligés d’emprunter... une échelle de lianes.

Alpha Ousmane Bah est un journaliste du site d’information africaguinee.com. Il s’est récemment rendu à Sanama (1 500 habitants) et Tirikouré (1 000 habitants), et explique le calvaire des villageois :
 
Les villages de Sanama et de Tirikouré sont séparés de la ville de Lélouma par une chaîne de montagnes qui s’étend sur plusieurs kilomètres.

Bien qu’ils soient juste au pied de la montagne, à moins de dix kilomètres du centre-ville de Lélouma, les habitants de ces villages doivent faire un détour de 130 km avec leurs motos pour accéder au marché et vendre les produits agricoles comme le fonio, le riz ou le manioc cultivés dans la vallée.

Le seul moyen pour eux d’accéder rapidement à la ville, son marché, ses administrations et ses hôpitaux, qui se trouvent sur la colline, c’est donc d’emprunter une échelle de lianes près du village de Sanama.



Tous les samedis, jour de marché, les femmes doivent emprunter l’échelle de lianes avec leurs marchandises sur la tête. Elles y vont tôt le matin et redescendent avant 19 h. Mais c’est très dur. La montagne culmine à 300 mètres, et les parties les moins élevées sont hautes de 120 mètres.

Pour éviter des allers-retours à leurs enfants qui commencent le collège, les parents sont obligés de leur trouver des familles d’accueil dans le centre-ville de Lélouma. C’est beaucoup de souffrance. L’État doit construire un pont moderne pour désenclaver les villages.


Alpha Ousmane Bah devant l’échelle de lianes près du village de Sanama.

“Quand nous voulons évacuer un malade, nous sommes obligés de le mettre dans un hamac”

Dian Foulah Camara, agent communautaire dans un dispensaire de Sanama, raconte le casse-tête pour rejoindre la ville et soigner les malades :
 
Nous vivons toutes les souffrances du monde. Il n’y a pas de route du tout. Quand nous voulons évacuer un malade, nous sommes obligés de le mettre dans un hamac. Et comme les routes de contournement demandent du temps et sont très éloignées, tout le monde préfère utiliser les échelles pour vite arriver en ville.


Vue du village de Tirikouré depuis une colline. Photo prise par Alpha Ousmane Bah
 
Récemment, les habitants de Tirikouré - jusque-là obligés de passer par le village voisin de Sanama pour se rendre à Lélouma - ont financé la fabrication d’une échelle en bois grâce à une cagnotte solidaire.

En Guinée, les infrastructures routières sont pour la plupart en mauvais état. Selon le ministère guinéen en charge des investissements et des partenariats publics-privés, seul 30 % du réseau routier est bitumé. “Dans la région de Labé, les routes sont boueuses pendant la saison des pluies, et poussiéreuses en saison sèche” affirme Alpha Ousmane Bah.

En novembre 2016, l’association des blogueurs de la Guinée (Ablogui) avait lancé le hashtag #Montronsnosroutes sur les réseaux sociaux pour alerter les autorités sur l’état de délabrement alarmant des voies. Selon le site d’information La Tribune, le gouvernement a annoncé en mars 2019 vouloir mobiliser 100 milliards de francs CFA (environ 154 millions d’euros) auprès de ses partenaires pour financer ses infrastructures routières.

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Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko).