Le Nigeria a fermé sa frontière avec le Bénin depuis le 20 août, pour lutter contre la contrebande d’hydrocarbures et de produits alimentaires. Cette décision de la première puissance économique africaine affecte notamment les producteurs de légumes béninois, qui ne parviennent plus à écouler leur production comme avant.

Le Nigeria a décidé de fermer sa frontière avec le Bénin de manière unilatérale, une mesure qui concerne aussi le Cameroun et le Niger de façon partielle. Le géant nigérian veut se protéger de la contrebande d’hydrocarbures et surtout de l’importation illégale de produits alimentaires, notamment du riz asiatique acheté par le Bénin. Selon les autorités nigérianes, ces importations portent atteinte à la politique agricole du pays qui voudrait atteindre l’autosuffisance alimentaire.

Mais cette mesure protectionniste du président Muhammadu Buhari touche durement l’économie béninoise, les producteurs agricoles en premier lieu. Ces derniers acheminent régulièrement des denrées sur le marché nigérian et ont donc essuyé d’énormes pertes.

"Les temps sont durs depuis que le Nigeria a fermé ses frontières"

Charles Acakpo est le président du centre maraîcher de Houéyiho, un domaine marécageux de 15 hectares au cœur de Cotonou, où 337 jardiniers cultivent des légumes.
Sur nos parcelles, nous cultivons toutes sortes de légumes : de la grande morelle, du vernonia, des navets, des carottes…
Avant la fermeture des frontières, beaucoup de Nigérians venaient acheter nos produits. Nous leur vendions à peu près 15 tonnes de légumes par mois : c’était environ 75 % de notre production totale. Ils aiment beaucoup les laitues et les carottes.
Mais les temps sont durs depuis que le Nigeria a fermé ses frontières : nous ne vendons plus rien, nous n’écoulons plus nos productions. Ici, à Cotonou, les gens ne consomment pas. Nous avons énormément de pertes.
Nous souhaitons que le gouvernement béninois négocie avec le gouvernement nigérian pour qu’il rouvre sa frontière. Ce sera une bonne chose pour nous, et les affaires pourront reprendre à la fois du côté du Nigeria et du Bénin.
Charles Acakpo, président du centre maraîcher de Houéyiho de Cotonou. © Michael Tchokpodo

“Nous avons diminué notre production puisqu’on ne peut plus vendre autant de légumes”

Jean Adounsiba, un autre maraîcher du centre de Houéyiho, est confronté aux mêmes difficultés :
Avec la fermeture de la frontière, nous avons diminué notre production puisqu’on ne peut plus vendre autant de légumes, dans la mesure où c’était le Nigéria qui en consommait la majeure partie. Donc nous nous tournons les pouces. Si la frontière reste fermée, l’avenir est sombre.

“Un producteur m’a fait visiter son jardin dans lequel pourrissaient des tomates”

Le Nigeria est aussi un grand consommateur de tomates. Depuis la fermeture de la frontière, plusieurs photos de tomates avariées au Bénin ont été partagées sur les réseaux sociaux, puisque le pays écoulait une grande partie de ses 300 000 tonnes de production annuelle là-bas. Certaines de ces photos ont été prises par Yanick Folly, un photographe de l’AFP.
Dans les localités non loin de la frontière togolaise, beaucoup de paniers de tomates avariées ont été abandonnés aux abords des voies, faute de clients. À Grand-Popo [une ville côtière béninoise, à la frontière avec le Togo, NDLR], un producteur m’a fait visiter son jardin dans lequel pourrissaient des tomates à même le sol parce que les clients nigérians ne sont pas venus. Il avait même contracté un prêt bancaire de 3,5 millions de francs CFA [soit 5 400 euros, NDLR] pour acheter les graines et les intrants. C’est une grosse perte pour lui.


Le 17 septembre, le ministre béninois de l’Agriculture Gaston Dossouhoui a promis de rechercher d’autres marchés pour écouler les produits déjà récoltés.

En 2004, les autorités béninoises et nigérianes avaient signé un mémorandum d’entente qui listait une trentaine de produits interdits d’exportation vers le Nigeria. Il s’agissait entre autres de produits alimentaires, congelés ou d’accessoires automobiles. Mais le Bénin ne respecte pas toujours l’accord. Selon la Banque mondiale, le commerce informel de réexportation et de transit vers son voisin de l’Est représente 20 % de son PIB.

Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko).