Deux accidents impliquant des camions-citernes se sont produits à Bamako fin septembre, dont l’un a fait une trentaine de morts. Pour les populations, ces graves accidents sont liés au non-respect des textes qui régulent la circulation des poids lourds dans la ville.

Mardi 24 septembre, l’explosion d’un camion-citerne de 14 000  litres transportant du carburant en plein cœur de Bamako, dans le quartier de Badalabougou, a fait 30 morts et 21 blessés, selon un bilan communiqué par Djbril Sidibé, directeur de la Régulation de la circulation et des transports urbains de la ville de Bamako.

Il rapporte les premiers éléments d’enquête de la police et de la protection civile :
 
Le camion-citerne s’est renversé sur le côté en voulant éviter une collision avec un autre véhicule. Une foule de passants s’est alors précipitée pour tenter de sauver le conducteur et ses apprentis coincés à l’intérieur. De l’essence se déversait sur la chaussée. Il y a eu un attroupement et spontanément, le véhicule a pris feu.

Le lendemain, un autre camion-citerne de 45 000 litres transportant du gasoil s’est enflammé en pleine rue, dans le même quartier. Cette fois-ci, l’incendie qui partait du moteur du véhicule a vité été maîtrisé par des agents de la protection civile (sapeurs-pompiers), et il n’y a eu aucune victime.



Deux accidents en moins de 48 heures qui inquiètent les populations

Ces deux accidents survenus en moins de 48 heures ont créé la psychose et suscité le mécontentement au sein des populations.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Sory Ibrahim Konaté, journaliste et aussi coach de sambo, un art martial russe, a perdu l’un de ses élèves dans le drame :
 
Il s’appelait Issiaka Traoré. Il venait s’entraîner dans ma salle. J’étais proche de lui. Il n’a pas survécu à ses blessures malheureusement. Les autorités doivent être plus fermes sur les visites techniques de ces camions qui sont en très mauvais état. 

Certains ont également dénoncé le manque de fermeté des autorités pour faire respecter les textes qui régulent la circulation des camions dans la capitale. C’est notamment le cas de Bokar Sangaré, un chercheur qui vit à Bamako :
 
On se demande pourquoi les camions circulent à des heures de pointe, entre 15 h et 18 h. Nous ne comprenons pas. Les conducteurs de camions paient-ils pour pouvoir sortir à ces heures ?


Les gros porteurs interdits de circuler à Bamako...

Depuis janvier 2015, il existe un arrêté municipal "portant réglementation de la circulation et du stationnement des gros porteurs dans le district de Bamako", qui concerne les camions de plus de 10 tonnes.

Cet arrêté fixe les itinéraires qu’ils doivent emprunter sur les deux rives du fleuve Niger, qui traverse la ville de Bamako, et les horaires durant lesquels ils sont autorisés à circuler. "La circulation à l’intérieur de la ville n’est autorisée que de 10 h à 13 h sur les deux rives du fleuve Niger sans possibilité d’emprunter les ponts sur le fleuve Niger et de 23 h à 6 h du matin avec possibilité d’emprunter les ponts du fleuve Niger", indique l’article 6 de l’arrêté.
… mais pas les camions-citernes

Cependant l’interdiction ne concerne pas les camions-citernes, dont le poids peut aussi excéder les 10 tonnes. Pourquoi ? Djibril Sidibé, directeur de la Régulation de la circulation et des transports urbains, explique :
 
Les camions-citernes n’ont pas été pris en compte dans l’arrêté en raison des problèmes de stockage de carburant de Bamako. La ville n’a pas un dépôt dont la capacité est suffisamment élevée pour approvisionner les stations-services sur une longue période (au-delà de 24 heures). Les camions-citernes doivent donc assurer la distribution de l’essence en permanence. C’est pour éviter qu’il y ait des pénuries qu’ils ne sont pas concernés par cette réglementation.

Djibril Sidibé reconnaît aussi que l'interdiction de circulation des gros porteurs n'est pas respectée.
Des camions de toutes tailles circulent régulièrement dans les principales villes du Mali, pays enclavé sans accès à la mer, pour acheminer les marchandises importées.

Sory Ibrahim Konaté affirme :
 
Ces gros porteurs viennent souvent des ports de Cotonou ou Lomé. Ils ne savent pas où stationner. L'État doit leur créer un port sec [un terminal de conteneurs pour acheminer les marchandises à l’intérieur du pays, NDLR] à la périphérie de la ville.

À Bamako, bien que les accidents soient nombreux, l’ampleur du drame du 24 septembre reste inédite. Selon les chiffres de la direction de la Régulation de la circulation et des transports urbains, 3 060 accidents ayant fait l’objet d’un constat par la police ont été enregistrés en 2018. Ces chiffres sont en hausse de 9 % par rapport à l’année précédente. Les accidents ont impliqué 6 369 piétons et véhicules, dont seulement 169 étaient des camions poids lourds. 138 personnes ont trouvé la mort dans ces accidents.

Article écrit par Hermann Boko (@HermannBoko).