Un éboulement gigantesque a eu lieu dans une mine d’or à Kouri Bougoudi, dans le nord du Tchad, dans la nuit du 23 au 24 septembre. Au moins une cinquantaine de personnes ont été tuées dans cette mine, où travaillaient de nombreux orpailleurs clandestins.

L’incident a eu lieu à Kouri Bougoudi, dans l’extrême nord du Tchad, dans une mine d’or découverte en 2012 mais non exploitée par les autorités tchadiennes. La rédaction des Observateurs de France 24 a été alertée sur cet événement dès le 24 septembre par un proche de l’un des secouristes venu sur place, qui nous a transmis plusieurs vidéos.

Ce dernier a requis l’anonymat, mais il a expliqué à notre rédaction :

Les creuseurs, en majorité des Soudanais, avaient traversé la frontière [séparant le Tchad et la Libye, NDLR], comme ils le font régulièrement, pour aller chercher de l’or. Mais le 24 septembre, au petit matin, un éboulement a eu lieu. Les secouristes ne savent pas combien de personnes étaient dans la mine au moment de l’incident, mais selon des témoins, il y en avait probablement une centaine.


La rédaction des Observateurs de France 24 a reçu le 24 septembre cinq vidéos montrant les conséquences de l'éboulement et l'organisation des secours dans la mine de Kouri Bougoudi. Voici cinquante seconde de ces images compilées par notre rédaction.
 

"Des orpailleurs ont expliqué qu’il y avait énormément de personnes dans la mine"

Le 26 septembre, le gouvernement a envoyé une délégation à Kouri Bougoudi, avant de confirmer l’information de l’éboulement le jour même. L’un des membres de la délégation, Abakar Gombo Doungous, journaliste de l’Agence tchadienne de presse et d’édition, raconte :

C’était très impressionnant et bouleversant. La cause exacte de l’incident n’est pas confirmée, mais des orpailleurs qui ont survécu ont expliqué qu’il y avait énormément de personnes dans la mine dans la nuit, beaucoup plus qu’il ne pouvait y en avoir. Ils travaillaient dans la précipitation avec un matériel rudimentaire. D’autres témoins ont affirmé que des orpailleurs avaient pu passer avec la complicité des forces de sécurité. Parmi les personnes blessées ou mortes, il y a des Tchadiens, des Nigériens, des Soudanais…

La plupart des orpailleurs viennent de Libye. Ils traversent la frontière avec le Tchad dans la nuit, pour venir creuser à Kouri Bougoudi. Lorsqu’ils entrent dans la mine, ils n’ont en général que quelques heures pour chercher de l’or, généralement entre 23h et 4h du matin.


Des photos amateur prises par les orpailleurs montrent l'étendue des dégats dans la mine et des orpailleurs s'affairer pour venir en aide aux personnes coincées en contre-bas.


"Nous avons pu faire sortir 52 corps"

L’un des chefs des orpailleurs, interrogé par Tchadinfos, ajoute :

Les orpailleurs étaient venus pour se débrouiller et avoir un peu d’argent. Mais malheureusement, la terre s’est écroulée sur eux. Nous sommes intervenus pour faire sortir les corps de ces malheureux. Nous avons pu faire sortir 52 corps et décompté 37 blessés. Mais certains corps sont encore visibles dans le trou : nous allons tous les faire sortir un par un.


Sur des images filmées par l'Agence de presse et d'édition tchadienne, le ministre de la Justice et le chef d'État major général des armées constatent les dégâts à la suite de l'éboulement.
 

Le gouvernement tchadien veut ouvrir un comptoir

Le bilan de ce drame n’est pas encore arrêté, mais une semaine après le gouvernement tchadien confirmait la mort d’une cinquantaine de personnes.

Dans une interview enregistrée par des journalistes sur place, le ministre de la Justice et des Droits humains, Djimet Arabi, explique :

Si le gouvernement avait interdit l’orpaillage clandestin, je crois que c’était pour éviter ce type de risques. Malgré les patrouilles de sécurité, ces orpailleurs viennent très tard dans la nuit pour venir creuser. […] Tout le peuple tchadien est en deuil. Nous lançons un appel à ces orpailleurs, car le gouvernement tchadien est en train d’organiser un comptoir pour que les gens puissent avoir des autorisations et rechercher de l’or [Un comptoir est une société qui livre les autorisations pour creuser dans une mine ou exploiter l’or, NDLR]. Des instructions fermes vont être données aux forces de l’ordre pour interdire ce site aux orpailleurs. Une enquête va être ouverte pour déterminer les responsabilités.


Comme l’explique le journal Le Monde, la région de la frontière libyenne, réputée poreuse, est très instable et difficile à contrôler. Elle est le théâtre d’affrontements réguliers entre des milices d’auto-défense, des orpailleurs et l’armée tchadienne, pour le contrôle des ressources minières, selon un rapport de l’International Crisis Group. Le président tchadien a décrété à la mi-août l’état d’urgence dans la région du Tibesti, où se trouve la mine de Kouri Bougoudi.