Depuis quelques années, la pratique du yoga se développe un peu partout dans le monde, tout en gardant l’image d’une activité destinée à des privilégiés ayant les moyens de s’offrir ces cours. Pourtant, au Liban, une jeune yogi, convaincue des bienfaits de cette pratique pour tous, a décidé de dispenser des cours auprès des plus défavorisés de façon bénévole.

Oubliez les tenues à la mode, les tapis fluos et les salles aménagées. Loin du confort de ceux qui ont le luxe de pouvoir se payer des cours de yoga, Sandy Boutros, une Libanaise de 29 ans, a décidé d’initier des élèves là où on s’y attend le moyen : dans les camps de réfugiés, dans
le nord du Liban.

Un cours de yoga pour tout petits, dans le camp de Tal Abbas, dans le gouvernorat de l'Akkar.

"Avec les enfants, j’ai pu constater dès le premier cours l’utilité de ma démarche"

Depuis 2018, Sandy Boutros, professeure de yoga, qui exerce à Beyrouth, se rend en effet chaque semaine au camp de réfugiés syriens de Tal Abbas, situé dans le Gouvernorat de l'Akkar, dans le nord du Liban, pour dispenser ses cours à des enfants. Elle donne ces cours dans le cadre de son association "Koun" :

J’étais persuadée qu’avec tous les traumatismes qu’ils ont vécus à cause de la guerre, ils avaient besoin de ces cours, pour se débarrasser de ce qu’il avait en eux. J’ai pensé surtout aux enfants, qui ne pratiquent aucune activité physique, et n’ont aucun moyen d’extérioriser tous les chamboulements liés à la guerre.

Cela n’a pas été difficile de les convaincre d’essayer mon cours, car ils ne connaissaient pas du tout le yoga, ils étaient donc très curieux et ont joué le jeu. Et j’ai pu constater dès le premier cours l’utilité de ma démarche : au début de la séance, ils étaient surexcités, se disputaient, etc. Mais à la fin, ils étaient redevenus très calmes. 


Un jeune enfant syrien dans le camp de réfugiés de Tal Abbas.

Des cours également pour les femmes, dans le camp de Chatila

Grâce au succès de ces cours, j’ai été contactée l’année dernière par une association basée à Chatila [camp de réfugiés palestiniens installé à Beyrouth depuis 1948, auxquels sont venus s’ajouter des réfugiés syriens avec la guerre, et qui compte aujourd’hui près de 11 000 réfugiés sur une superficie de 1km², NDLR]. C’est une association qui fait de l’entreprenariat social auprès des femmes à travers la broderie et qui m’a demandé de dispenser des cours aux femmes du camp. Là aussi, les effets se sont fait vite sentir : elles m’ont dit le bien que ça leur faisait, mais aussi le recul que ça leur peremttait de prendre par rapport à leur quotidien.

La vie dans les camps est difficile, et le yoga, ça aide 

C’est notamment le cas de Nifin Sekkari, une Palestinienne de 39 ans. Après avoir été réfugiée au camp de Yarmouk, près de Damas, elle est arrivée au camp de Chatila en 2012. Elle a découvert les cours de yoga grâce à l’association de broderie dont elle est membre :

Avant d’essayer, je pensais que le yoga était juste un moyen de relaxation. J’ai découvert qu'en fait c’était un sport, et que ça aidait à entretenir sa condition physique, et, surtout, que ça apprenait à respirer et à se concentrer.

Deux femmes du camp de Chatila, en plein exercice de yoga. Derrière elles, sont accrochées les broderies confectionnées par les femmes de l'association.

Pour moi, c’est la dimension la plus importante du yoga pour deux raisons : d’abord, par rapport à mon travail de broderie, qui nécessite beaucoup de concentration, alors que la vie dans le camp est très bruyante, que notre attention est toujours détournée par autre chose. Ensuite, par rapport à mon vécu. La vie dans les camps est difficile, fatigante, et le yoga, ça aide. Avant, je passais beaucoup de temps à ruminer le passé, à penser à mon ancienne maison, les raisons qui m’ont fait venir au Liban, les proches que j’ai perdus dans la guerre, etc. Maintenant, je n’y pense plus tout le temps, j’arrive à me concentrer exclusivement sur ce que je fais, et je sens une énergie positive qui m’aide à composer avec ce quotidien qui reste très difficile.

Des cours également pour les travailleurs étrangers
 

Vivre le moment présent est justement la raison ayant poussé Sandy Boutros à appeler son association "Koun", qui veut dire “sois” en arabe :

Le yoga apprend à être dans le présent, à se concentrer sur son monde intérieur et ainsi à mieux ressentir sa propre existence.

En plus des enfants syriens et du camp de Chatila, je donne des cours à des travailleuses et travailleurs étrangers du côté de Jounieh [à 20 kilomètres au nord de Beyrouth, NDLR]. Pour l’instant, je suis la seule professeure de yoga à assurer ces cours bénévoles au sein de l’association, mais mon objectif est que nous soyons plus nombreux à faire ça d’ici à deux mois. Et d’étendre ces cours également aux Libanais de condition modeste, dans de vraies salles prévues à cet effet. 



Cours de yoga avec les travailleuses migrantes du Migrant Community Center de Jounieh.

Un autre travailleur migrant à Jounieh.