Dans la province de Java occidental, en Indonésie, des réfugiés ont créé leur propre école pour enfants et adultes. Selon notre Observateur, cette initiative leur permet à la fois d'accéder à l'éducation et d'éviter qu'ils ne développent des maladies mentales, dans un pays où ils n’ont ni le droit d’étudier, ni de travailler.

Située non loin de l’Australie, l’Indonésie est l’un des pays où transitent des demandeurs d’asile afghans, pakistanais, iraniens ou encore somaliens, désireux de rejoindre la grande île. 

Une fois en Indonésie, beaucoup d’entre eux demandent une protection internationale auprès de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dans l’espoir de bénéficier ensuite d’une réinstallation dans un pays sûr, comme l’Australie. Mais la procédure est longue, et les chances d'être réinstallé sont minces, d’autant plus que l’Australie durcit sa politique migratoire depuis 2013. En outre, alors que l’Australie fournissait des fonds à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) afin de répondre aux besoins des réfugiés en Indonésie, elle a baissé sa contribution financière en mars.

Nombre de réfugiés se retrouvent donc bloqués en Indonésie, un pays non signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés des Nations unies. Par conséquent, l'Indonésie n’est pas obligée de les prendre en charge. De plus, ces réfugiés – au nombre de 14 000 selon le HCR – n’ont pas le droit d’obtenir la citoyenneté, de bénéficier des services publics, de travailler ou même d’étudier en Indonésie.

Se sentant abandonnés, des réfugiés ont donc décidé de créer leur propre école, le Refugee Learning Center (Centre d’apprentissage des réfugiés), à Cisarua, dans la province de Java occidental, en 2015. Destinée aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, elle propose des activités et des cours de langues aux enfants et aux adultes.

Photo publiée sur la page Facebook “Refugee Learning Center”.
 

"Sans école, leur vie peut être ruinée"

Arrivé en Indonésie en mars 2014, après avoir fui la guerre en Afghanistan, Zakareira Shadkaam est le gérant et le principal de l’école.

 
Quand je suis arrivé en Indonésie, j’ai d’abord servi d’interprète pour de nombreux réfugiés car je parlais anglais. Puis j’ai entendu parler de réfugiés qui voulaient créer leur propre école, donc je me suis dit que je pouvais aider, sans compter que je voulais aussi continuer à être occupé, pour ne pas tomber en dépression ou souffrir de maladies mentales. Ne pouvant ni retourner dans mon pays, ni poursuivre mes études ici, je me suis dit que je pouvais au moins aider les enfants à avoir accès à l’éducation. Donc j’ai rejoint le Refugee Learning Center en juin 2016.


L'équipe du Refugee Learning Center en 2017.

"Beaucoup de réfugiés sont ici depuis 10, 15, voire 25 ans. C’est très long quand on ne peut pas étudier ou travailler légalement"

En Indonésie, les demandeurs d’asile ne peuvent pas aller à l’école, à l’université, ou travailler légalement. En théorie, les enfants devraient pouvoir aller à l’école primaire, au collège et au lycée. Mais pour cela, ils doivent avoir des papiers. Or, aucun n’arrive à en obtenir.

La plupart des réfugiés sont arrivés il y a cinq ans, mais certains sont là depuis encore plus longtemps : 10, 15 voire 20 ans. 
C’est très long quand on ne peut pas avoir accès à l’éducation ou travailler légalement.



L'une des élèves du Refugee Learning Center.
 
Actuellement, nous avons près de 280 élèves. Ils viennent principalement d’Afghanistan, mais aussi du Pakistan, d’Iran, de Syrie, et d’Irak, et quelques-uns viennent de Somalie.

Le matin, nous avons 180 enfants, et l’après-midi, environ 100 adultes. Nous enseignons les sciences, les sciences sociales et les mathématiques aux enfants. Et avec les adultes, nous donnons surtout des cours de langue
 : anglais et indonésien. Mais nous ne délivrons aucun diplôme officiel.

Notre équipe est également composée de réfugiés. Certains sont un peu plus âgés, mais la plupart sont assez jeunes. 

 
Une salle de classe au sein du Refugee Learning Center.
 
Beaucoup de nos élèves sont des adolescents. Si nous ne les occupons pas, ils tombent dans la dépression, ils ont le mal du pays, et peuvent souffrir de pathologies mentales, à terme. Sans école, leur vie peut être ruinée. Malheureusement, beaucoup de personnes se trouvent sur notre liste d’attente, nous n’avons pas les ressources pour nous occuper de tout le monde.


Un atelier avec des visiteurs venus de Singapour.
 

Nous essayons de ne pas trop attirer l’attention. Mais en même temps, nous devons faire parler de nous sur les réseaux sociaux pour obtenir des financements, puisque la plupart des fonds que nous recevons proviennent de campagnes de financement participatif. Heureusement, pour le moment, nous n’avons jamais eu de problèmes avec les autorités

Depuis 2017, le bureau du HCR en Indonésie dit aux réfugiés et aux demandeurs d'asile qu'ils ne seront peut-être jamais réinstallés dans un autre pays. Mais selon Zakareira Shadkaam, ils souhaitent avant tout pouvoir vivre dans un pays sûr, où ils peuvent travailler, même si ce n’est pas l’Australie.

Article écrit par Peter O’Brien (@POB_journo).