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Depuis la fin du mois d’août, des centaines d’Argentins se rassemblent dans les rues de Buenos Aires pour danser au rythme d’une chanson fustigeant l'actuel président Mauricio Macri. À un mois et demi des élections présidentielle et municipales, l’initiative #SiVosQuerés est devenue virale sur les réseaux sociaux. 

"Je n’arrive pas à payer mon loyer, je ne sais pas quoi faire, ne sais pas quoi faire. Travailler et travailler toute la journée”. La chanson "Si vos querés" ("Si tu veux"), du groupe de cumbia Sudor Marika, est devenue un hymne de rassemblement des opposants au président Mauricio Macri et au maire de Buenos Aires, Horacio Rodriguez Larreta, à quelques semaines des élections présidentielle et municipales du 27 octobre.

Dans la soirée du 30 août, plusieurs dizaines de militants du collectif anonyme #SiVosQuerés s’étaient réunis sur l’avenue Corrientes, au centre de la capitale Buenos Aires. Ils ont réalisé un "flashmob" (une "mobilisation éclair") chorégraphié de six minutes sur cette musique, racontant la crise économique et appelant à un changement de gouvernement. Un clip vidéo de l'action a ensuite été diffusé sur la chaîne YouTube du groupe. 


"Macri s’en est allé, Macri s’en est allé. Si tu le veux, Larreta aussi", poursuit la chanson en référence au lourd revers subi par le président Mauricio Macri lors des primaires le 11 août. Ces élections, qui font figure de répétition générale de la présidentielle d'octobre, ont propulsé le candidat de centre-gauche Alberto Fernandez en grand favori. 

Le maire centre-droit de Buenos Aires, Horacio Rodriguez Larreta, figure de la majorité présidentielle, pourrait, lui, être réélu à la tête de la capitale. 

Tout au long du mois de septembre, l’initiative a été relayée sur les réseaux sociaux avec les hashtags #MacriYaFue ("Macri s’en est allé"),  #SiVosQuerés ("Si tu veux") #LarretaTambien ("Larreta aussi"). Des tutoriels pour apprendre la chorégraphie et des reprises de la chanson ont également été diffusées sur Facebook et Twitter. 



Vendredi 7 septembre, quinze flashmobs simultanés ont eu lieu dans la capitale, à l’appel du collectif #SiVosQuerés.




Un mois auparavant, le 7 août, ce collectif avait annoncé son lancement en projetant des slogans sur près de 50 bâtiments de la ville. "Déception ?", "Il est temps", "Macri s’en est allé", pouvait-on lire sur les murs.



Ce collectif anonyme, qui se présente comme un projet citoyen formé notamment d’artistes et de militants de la capitale, affirmait sur son site vouloir exprimer son mécontentement face à l’actuel président Mauricio Macri. Pour eux, l’objectif est également de "toucher ceux qui n’ont pas encore décidé de voter" – même si dans ce pays où le vote est obligatoire les primaires ont déjà jouit d’un taux de participation de 75 %.

"On veut une campagne organisée par la société civile, pas par les partis politiques"


Contactée par notre rédaction, l’une des militantes du collectif explique, anonymement, la naissance du projet : 
 
Derrière ce collectif, il y a plusieurs associations de communication, culturelles et des groupes féministes : nous sommes plusieurs organisations de lutte pour les droits de chacun à Buenos Aires. Il y a deux ou trois mois, nous avons commencé à nous réunir pour réfléchir à la possibilité d’organiser une nouvelle forme de campagne électorale. Une campagne organisée par la société civile, et non par les partis politiques. Et surtout, une campagne à laquelle tout le monde pourrait participer activement et pas uniquement à travers les réseaux sociaux. 

Le premier flashmob était totalement organisé par notre réseau, avec nos amis. Nous avons réuni près de 300 personnes. Le second, celui de vendredi dernier [le 7 septembre, NDLR], a fait l’objet d’une convocation beaucoup plus large dans différents quartiers. Il y a également des flashmobs qui ont été organisés de manière autonome, même dans d’autres villes. L’idée n’est pas de faire campagne pour les candidats, et nous n’appelons pas à voter pour qui que ce soit. Même si beaucoup de gens qui nous suivent, et qui sont dans le collectif, militent en politique, le concept n’a pas été lancé par un parti politique.

Un mouvement piloté par des partisans de l'ex-présidente ?

Bien que les militants le nient, dans la presse et sur les réseaux sociaux, le collectif est souvent associé à l’opposition de gauche et au kirchnérisme. L'ex-présidente controversée, Cristina Kirchner (2007-2015), s’est portée candidate au poste de vice-présidente aux côtés de son ancien chef de cabinet, Alberto Fernandez, candidat à l'élection présidentielle.

Donné favori depuis les primaires, Alberto Fernandez promet notamment de redresser la croissance de l’Argentine, en chute libre depuis deux ans. En récession depuis 2018, le pays connaît une importante augmentation de la pauvreté (32 % en 2018) et du chômage (10,1 % cette année).

Mercredi 11 septembre, des manifestants ont également commencé à "camper" dans le centre de Buenos Aires pour exiger l’instauration d’un état "d’urgence alimentaire" dans le pays. L’action s’est déroulée alors que les députés argentins examinaient ce jeudi 12 septembre un projet de loi sur "l'urgence alimentaire", visant à augmenter les aides aux personnes qui ne peuvent plus se nourrir correctement à cause de l’inflation galopante (54,4 % sur les douze derniers mois). 
 
Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet