Depuis vendredi, la compagnie française Aigle Azur, placée en redressement judiciaire, n’est plus en mesure d’assurer ses vols. Prévenus à la dernière minute, ses passagers ont dû se débrouiller avec les moyens du bord pour rentrer chez eux. Notre Observatrice raconte le délaissement total dans lequel la compagnie a laissé ses clients.

Cela faisait plusieurs semaines qu’Aigle Azur était au bord du gouffre. Deux jours avant l’annonce de suspendre les vols, le PDG de la compagnie, Frantz Yvelin, a présenté sa démission. Selon lui, la compagnie souffre de difficultés liées notamment au coût du travail, à la hausse du prix du carburant et à une surcapacité en Europe.


Colère des passagers coincés à l'aéroport internaitonal d'Alger.

En tout, ce sont 13 000 passagers qui sont restés bloqués, la compagnie étant dans l’incapacité d’assurer leur rapatriement vers la France. Entre samedi et dimanche, Air France a affrété deux vols spéciaux pour Alger, une des principales destinations d’Aigle Azur. Les deux avions étaient pleins au retour.


Un appel à l'aide d'un passager coincé à Alger.

"On nous a dit que nos billets étaient annulés, sans donner d’explication"

Lola Raber est étudiante en sciences politiques, à Paris. Elle a dû payer un deuxième billet pour pouvoir rentrer :
 

Je suis partie à Porto avec mes parents, et à l’aller, on a pris une compagnie portugaise, mais les billets retours avaient été réservés sur Aigle Azur. Nous devions rentrer lundi 9 septembre, à midi.

Quatre jours auparavant, j’ai reçu un SMS m’indiquant que nos billets étaient annulés, mais sans donner d’explication. Je suis alors allée sur le site de la compagnie qui me proposait deux options : appeler le numéro de téléphone affiché ou modifier la réservation. Or, aucun changement de réservation n’était possible et quand j’ai appelé, la ligne ne sonnait même pas. Au début, j’ai pensé que c’était peut-être dû au fait que j’appelais depuis le Portugal et j’ai demandé à des amis en France d’appeler pour moi. Mais ils n’ont pas eu plus de succès.

Quand on a appris que la compagnie était en redressement judiciaire, on avait déjà pris nos billets. Mais on disait au début qu’il y aurait un repreneur ou que les vols seraient assurés au moins pour celles et ceux qui avaient pris leurs billets jusque-là. Mais il n’en était rien. Et on a été prévenu à la dernière minute de l’annulation de notre vol.

 

"Comparés aux autres, on n’est pas à plaindre"

J’ai fini par acheter un billet retour en urgence sur une compagnie aérienne portugaise car je devais rentrer à Paris pour la reprise des cours. Nos trois billets retours nous avaient coûté 270 euros initialement. Mon deuxième retour m’en a coûté 160. Mes parents quant à eux ont passé deux nuits supplémentaires à Porto avant de rentrer, en prenant des billets un peu moins chers.
 

Au final, on s’en sort avec plus de frais que prévus. De même, j’avais pris des billets pour le Liban, pour les vacances de la Toussaint, avec Aigle Azur. Comme j’étais passée par un site de réservation en ligne, j’espérais être remboursée, mais ils me disent de voir avec la compagnie aérienne… qui est injoignable.

Je sais qu’on n’est pas à plaindre, après tout, on a pu se débrouiller pour trouver une solution durant ces 4 jours entre le moment où on a été prévenu et le jour de notre vol. Il y a des gens qui ont appris qu’ils n’allaient pas embarquer le jour même, à l’aéroport et qui ont dû passer la nuit sur place ! De même, nous n’étions pas loin, au Portugal. Mais imaginez pour celles et ceux qui ont pris des longs courriers ! [Aigle Azur assure depuis le printemps 2018 des vols vers le Brésil, NDLR].

Évidemment, on compte entamer une action en justice pour être dédommagés. Mais franchement, on ne se fait pas trop d’illusions : sur la liste des créanciers de la compagnie, les passagers sont, en général, les derniers à être remboursés, si jamais ils le sont. 

 
Aigle Azur a été fondée en 1946 et employait jusque-là 1 150 personnes. Pour l’heure, trois repreneurs potentiels se sont présentés. La situation de la compagnie attire en effet la concurrence en raison du nombre important de "slots" dont bénéficie Aigle Azur, c’est-à-dire des créneaux horaires qui lui sont attribués pour faire décoller et atterrir ses avions.