Le samedi, des habitants de Ouagadougou se mobilisent pour désengorger, par eux-mêmes, les caniveaux de leur quartier. L’initiateur du mouvement dénonce l’inaction des services municipaux pour faire face à ce problème.

L'Association pour la Promotion de la Citoyenneté et le Développement (APCD) a décidé d’appeler les habitants du quartier de Somgandé, dans le 4e arrondissement de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, à prendre les choses en main. Constatant que rien n’était fait par les pouvoir publics pour dégager les déchets qui obstruent les rigoles censées permettre l’écoulement des eaux, ils ont été en moyenne plus de 200, deux samedis de suite, les 24 et 31 août, à s'être réunis pour des opérations citoyennes de nettoyage.

Pour Julien Tiendrebeogo, président de l’APCD, il n’était plus possible d’attendre que les services municipaux se saisissent d’un problème connu de tous :
La situation ne peut pas rester comme ça, nous devons agir pour interpeller les autorités. Il faut assainir notre cadre de vie, les caniveaux sont remplis de débris et d’ordures. Ensuite il faut aussi permettre à l’eau de circuler pour empêcher les inondations qui font des ravages dans notre pays en saison des pluies. Enfin il y a un enjeu lié au paludisme : l’eau stagnante de ces caniveaux est un nid à moustiques, autour des habitations.


C’est pour ça que nous avons lancé les opérations "Mana Mana", une expression qui désigne quelque chose qui doit être fait vite et bien. Nous avons fabriqué des tracts avec les photos des caniveaux bouchés pour heurter la sensibilité des gens. Nous les avons distribués aux riverains et aux personnes de référence du quartier, les chefs coutumiers, les leaders d’opinion. Nous avons aussi utilisé les réseaux sociaux à travers la page de l’association et ma page personnelle et nous avons pu faire lire un communiqué à la radio municipale.

Tracts pour les opérations de nettoyage des caniveaux

Ça a été un succès : près de 300 personnes se sont mobilisées pour la première journée. Même des anciens – certains ont plus de 70 ans – ont participé au nettoyage. Ceux qui sont le plus en forme vont à l’intérieur des caniveaux pour en sortir les ordures. Les personnes âgées, les femmes et les enfants s’occupent de les ramasser et d’aller les déposer à la décharge. Les journées de travail durent de 5 h à 18 h !

Photos prises par Julien Tiendrebeogo (diaporama)

Photo prises par Julien Tiendrebeogo (diaporama)

Nous avons été efficaces : le soir de notre première action, il y a eu une grosse pluie mais grâce à notre travail l’eau s’est bien écoulée et il n’y a pas eu de dégâts.


Photo prise par Julien Tiendrebeogo

"Puisque la mairie ne fait rien, nous avons décidé d’agir "

Selon Julien Tiendrebeogo, l’association a reçu l’aide d’habitants du quartier qui ont mis un camion à leur disposition. La mairie du 4e arrondissement a soutenu l’initiative en participant à hauteur de 25 000 francs CFA (environ 38 euros) et la mairie centrale de Ouagadougou a fourni dix pelles et cinq brouettes. Des gestes loin d’être suffisant pour notre Observateur :
 
Nous avons dû louer le triple du matériel qu’ils nous ont fourni ! Nos frais s’élèvent à environ 400 000 francs CFA (près de 610 euros).

Nous voulons poursuivre nos actions régulièrement mais il faudrait que nous disposions de notre propre matériel. Pour cela nous allons devoir nous en remettre à la générosité des habitants.

Depuis cinq ans, la mairie est au courant que nos caniveaux sont bouchés mais elle ne fait rien. C’est son rôle d’assainir notre cadre de vie mais si elle ne le fait pas, nous devons bien nous en occuper nous-mêmes.

Nous avons décidé d’agir, en espérant que ça interpelle les pouvoirs publics.


Contacté par la rédaction des Observateurs, Anatole Bonkoungou, le maire du 4e arrondissement de Ouagadougou, affirme "soutenir les initiatives citoyennes" qui permettent d’atteindre les "conditions minimum du développement durable", se défendant d’un désengagement sur cette question : "Il y a tellement de caniveaux bouchés qu’il est naturel de demander l’appui des citoyens. Mais pour certains habitants, si les travaux n’arrivent pas dans leur secteur, c’est comme si la mairie ne faisait rien".

La commune du 4e arrondissement indique qu’en 2019 près de 6 millions de francs CFA (près de 9 150 euros) ont été investis pour des "travaux de curage de caniveaux et ramassage". Lors de l’interview, l'édile n’a pas été en mesure de donner d’indications quant à l’ampleur des travaux qu’implique ce financement. Nous publierons ces précisions dès qu’elles nous parviendront.

Article écrit par Pierre Hamdi (@PierreHamdi)