Des attaques contre des magasins et institutions représentant l'Afrique du Sud ont eu lieu, jeudi 5 septembre, en République démocratique du Congo, en représailles aux violences xénophobes visant les ressortissants étrangers noirs vivant dans la nation arc-en-ciel. La veille, la Zambie et le Nigeria avaient été le théâtre de violences. Images et témoignages ont afflué de ces trois pays.

À Lubumbashi : "Le slogan était 'Trop c'est trop, on doit réagir'"

Plusieurs observateurs basés à Lubumbashi (sud) nous ont signalé des violences le jeudi 5 septembre. La police congolaise avait notamment dépêché un cordon de sécurité autour d’un magasin Mister Price, enseigne sud-africaine, ou encore le fast-food "Chicken Inn".

Un de nos Observateurs à Lubumbashi explique, sous couvert d’anonymat :

Les manifestations de ce matin étaient assez spontanées [même si une marche pacifique avait été prévue par plusieurs organisations à l'origine, NDLR]. À mon avis, le boycott par le président de la République du Forum mondial économique sur l'Afrique qui se tient en Afrique du Sud a donné quelque part du courage aux manifestants [le président congolais, comme ceux du Rwanda et du Malawi ont annoncé leur retrait du forum, NDLR].

Le slogan était "Trop c'est trop, on doit aussi réagir". La police a cependant rapidement bloqué les lieux et lancé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule autour du magasin Mister Price. L’ambiance était très hostile : les manifestants ne voulaient pas vraiment être filmés en train de s’attaquer aux magasins et menaçaient ceux qui voulaient le faire.

Sur d’autres vidéos et photos, on voit d’autres manifestants faire un sit-in devant le consultat d'Afrique du Sud, ou certains lancer des pierres. Deux personnes ont été blessées selon le journal congolais Politico.

Selon un appel circulant sur les réseaux sociaux, une manifestation similaire doit se tenir vendredi 6 septembre à Kinshasa.

En Zambie : "Si les Sud-Africains pensent résoudre leurs problèmes en chassant les étrangers, c'est un mensonge"

Mercredi 4 septembre, des étudiants zambiens sont descendus dans les rues de Lusaka, la capitale, en réaction aux violences contre leurs ressortissants en Afrique du Sud. Des centres commerciaux appartenant à des chaînes sud-africaines comme Shoprite ou Pick'n'pay ont fermé boutiques, pendant que d'autres manifestants se sont rendus devant l'ambassade d'Afrique du Sud où le panneau d'entrée avait été brûlé.

La rédaction des Observateurs a pu parler avec Timothy (pseudonyme), un étudiant de l'université de Zambie qui a participé aux manifestations à Lusaka mercredi. Il nous a également transmis plusieurs vidéos dont celle ci-dessous.
 


Vidéo filmée par notre Observateur Timothy le 4 septembre 2019. Le panneau d'entrée de l'ambassade de l'Afrique du Sud à Lusaka est brûlé durant les manifestations.

Nous sommes descendus dans les rues pour scander "On doit en finir avec cette xénophobie". Nous sommes allés dans les centre commerciaux, mais nous ne nous sommes pas rendus dans les boutiques sud-africaines, car ces dernières avaient fermé par précaution. Rien n'a été endommagé. Pour nous, c'est très important de ne rien détruire. Tout manifestant qui le fait va trop loin. En tant qu'étudiant, nous devons juste manifester pour montrer notre mécontentement. Je suis opposé à tout dommage ou toute violence.

Puis, nous avons marché vers l'ambassade. Arrivés là-bas, nous avons demandé à la police de descendre le drapeau sud-africain. Puis, il y a eu des échauffourées, et la police nous a finalement dispersé avec des gaz lacrymogènes. Personne n'a été blessé ou arrêté, cette manifestation est restée pacifique. En dehors de l'ambassade, un panneau a seulement été incendié.

Si nos frères sud-africains arrêtaient d'agir comme cela, tout cela ne se serait pas passé. Nous voulons une Afrique unie, un peuple. On veut leur dire : "les gars, nous appartenons au même continent". Tous nos pays ont été colonisés. Nous devons rester ensemble. Si vous pensez résoudre vos problèmes en chassant les étrangers, c'est un mensonge.
 

Au Nigeria, automobilistes et magasins visés

Le 3 septembre, les premières représailles visant les instances sud-africaines avaient eu lieu au Nigeria, notamment dans le quartier de Jakande où un magasin Shoprite, enseigne également sud-africaine, avait été attaqué et pillé.

Des manifestants s’en étaient également pris à des automobilistes, comme par exemple dans la vidéo ci-dessous. Cependant, aucune violence visant directement des représentants sud-africains au Nigeria n'a été relevée dans la ville nigériane.


D'autres manifestations plus pacifiques ont également eu lieu, comme cette Nigériane tenant un panneau "Dites aux Sud-Africains d'arrêter de tuer des Nigérians" dans un magasin sud-africain Shoprite à Lagos.

Plusieurs personnalités politiques, comme le président nigérian Muhammadu Buhari, ou le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, ont publiquement exprimé leurs craintes face aux violences xénophobes en Afrique du Sud. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a de son côté fermement condamné les violences :  "Il ne peut y avoir aucune justification pour qu'un Sud-Africain s'en prenne à des gens d'autres pays" a t-il expliqué.


Article rédigé par Peter O'Brien (@pob_journo) et Alexandre Capron (@alexcapron)