Lundi 26 août, le quartier Exarchia d’Athènes – célèbre pour abriter des activistes anarchistes et des migrants – a été la cible d’une opération policière d’envergure : quatre squats pour migrants ont été fermés et plus d’une centaine d’entre eux ont été arrêtés. Une opération qui s’inscrit dans la ligne politique dure du nouveau gouvernement grec.

L’opération a eu lieu entre 5
 h et 7 h du matin. Elle a impliqué plusieurs corps de la police grecque, dont les CRS et la police antiterroriste, et a notamment mobilisé un hélicoptère et un drone. Résultat : quatre squats ont été vidés et barricadés pour empêcher les migrants d’y retourner, et 143 d’entre eux, dont des femmes et des enfants, ont été arrêtés.

Vidéo filmée dans le quartier d'Exarchia, durant la matinée de l'intervention policière, et publiée par la page Facebook Spirou Trikoupi 17, montrant un des squats vidés par la police.

Cette opération, très médiatisée en Grèce, s’inscrit dans la politique du nouveau gouvernement grec, formé à la suite de la victoire du parti conservateur et anti-migrants Nouvelle démocratie, début juillet. Le nouveau Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, avait en effet déclaré dans le passé que le quartier d’Exarchia était "infesté par les terroristes", que des "armes lourdes" y circulaient et qu’il comptait le "nettoyer".

"Ils nous qualifient d’ordures"

Arash est réfugié iranien en Grèce depuis trois ans. Il est photographe et activiste dans le quartier d’Exarchia, où il vient régulièrement en aide aux réfugiés :

On savait que ce risque [d’une intervention policière, NDLR] devenait concret avec l’élection du nouveau parti. Il n’y a qu’à voir comment les membres du parti parlent de nous dans les médias : ils nous qualifient d’ "ordures" [Au lendemain de cette opération, le vice-président des policiers grecs a qualifié les migrants de "poussière"  et les squatters d'"ordures", NDLR].

Exarchia n’est pas juste pour les anarchistes ou pour ceux qui y vivent. C’est un quartier pour les activistes, les réfugiés, ceux qui croient aux droits de l’Homme, les pauvres… Ce n’est pas un endroit quelconque, c’est notre maison.


Historiquement, Exarchia est en effet le fief de la gauche contestataire en Grèce. C’est là qu’en 1973, les premières manifestations étudiantes avaient commencé, conduisant à la chute de la dictature une année plus tard. Depuis, le quartier est connu pour abriter des militants et des intellectuels de gauche, voire anarchistes.

Arash poursuit :

Aujourd’hui, ça se passe ici, mais demain, la même chose peut avoir lieu dans un autre quartier, dans une autre ville. Il ne faut pas que les gens se disent que ça ne les concerne pas.

Toutefois, je pense que le gouvernement ne pourra pas arriver à ses fins si facilement. Bien sûr, ils ont beaucoup de moyens, notamment policiers. Mais il y a également de la solidarité entre les réfugiés, les anarchistes et quelques médias. D’ailleurs, le soir-même, à Exarchia, j’ai assisté à une manifestation : une foule est venue témoigner de sa solidarité avec les réfugiés, malgré une présence policière toujours importante. Nous, la population, nous pouvons gagner. Nous devons juste rester debout.




Photos du rassemblement qui a eu lieu à Exarchia, le soir-même de l'éviction des squats, malgré la présence policière. Photos postées par la page Facebook Spirou Trikoupi 17.

 

"À Exarchia, beaucoup de migrants ont eu un toit, de la nourriture, des vêtements, un accès aux moyens de communication"

Une partie des réfugiés qui se trouvaient dans les squats d’Exarchia ont trouvé refuge dans d’autres foyers, avec l’aide de bénévoles comme Lin Brown, militante et amie anglaise d’Arash. Elle fait partie du projet "Our House" qui vient en aide aux migrants :
 
L’accueil des réfugiés à Exarchia a commencé en 2015, avec l’afflux des migrants, notamment syriens, sur l’île de Lesbos. Petit à petit, ils ont commencé à arriver à Athènes, où ils ont dû faire face à la complexité du système grec pour s’enregistrer, et ainsi avoir accès à certains droits. D’autant plus que même les ONG risquent des sanctions de la part des autorités si elles viennent en aide à des migrants non enregistrés.

En Grèce, les migrants ne peuvent pas se rendre directement aux bureaux d’enregistrement : ils doivent faire la procédure par téléphone, à des jours et des horaires précis, selon leur nationalité. Or, tous les migrants n’ont pas de téléphone. De plus, il y en a aussi qui ne veulent pas s’enregistrer parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas d’avenir en Grèce et veulent demander l’asile dans un autre pays européen. [Selon le règlement dit "Dublin III", les migrants n’ont le droit de demander l’asile que dans le pays où ils ont été enregistrés à leur arrivée sur le sol européen, NDLR.]

Une partie de ces personnes avaient donc trouvé refuge à Exarchia, où il y a beaucoup d’immeubles vides. Là-bas, ils ont eu un toit, mais aussi de la nourriture, des vêtements, un accès aux moyens de communication pour celles et ceux qui souhaitaient s’enregistrer. Dans le cadre du projet "Our Home", nous sommes intervenus dans ce quartier pour proposer, entre autres, des activités aux enfants les plus touchés par cette situation précaire.


Tweet du compte officiel du projet "Our House" avec une vidéo montrant les activités dispensées aux enfants des migrants.

Au final, ce qui s’est passé lundi n’est que le symptôme d’un problème bien plus large : c’est la responsabilité de l’Union européenne de comprendre que le système grec n’a pas réussi à prendre en charge les migrants, et que la Grèce a besoin d’aide.

 

Article rédigé par Sarra Grira (@SarraGrira).