Dans le quartier d’Andokoi, situé dans la commune de Yopougon, à l’ouest d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, les habitants vivent sans routes bituminées et sans canalisations, ce qui les oblige à déverser les eaux usées directement dans la rue. Plusieurs d’entre eux ont contacté la rédaction des Observateurs de France 24 pour dénoncer une "grave crise sanitaire".

Dans le quartier d’Andokoi, à Yopougon, les maisons se trouvent le long de routes non bituminées, jonchées de flaques de boue, d’eau stagnante et de détritus, comme on peut le voir dans les vidéos de Dagri Olly, l’un de nos Observateurs. 

Vidéo tournée dans le quartier d’Andokoi par Dagri Olly.

Vidéo tournée dans le quartier d’Andokoi par Dagri Olly où l'on peut voir certains habitants se brosser les dents dans la rue.

"Les eaux stagnantes attirent les moustiques, ce qui amène le paludisme dans le quartier"

Cette situation est due à l’absence de canalisations et de système collectif d'assainissement des eaux usées, selon Dagri Olly :

La situation est devenue intenable. Le prix du loyer à Abidjan a poussé de nombreuses personnes à s’installer ici, et la population du quartier n’a cessé d’augmenter depuis la fin de la crise postélectorale de 2010-2011. Il n’y a jamais eu de routes ou de canalisations dans le quartier, mais avant, cela ne posait pas de problème. Désormais, les foyers sont trop nombreux.

Les habitants versent leurs eaux usées directement dans la rue, qui n’est pas goudronnée, car ils n’ont pas les moyens de payer la Société de distribution d'eau de la Côte d'Ivoire (SODECI) pour vidanger leurs fosses septiques [des bacs qui récupèrent, via les canalisations de l’habitation, les eaux usées provenant des toilettes, NDLR] et car il n’y a pas de système d’évacuation d’eau collectif.

Les eaux stagnantes attirent les moustiques, ce qui amène le paludisme dans le quartier. Nous sommes tous malades.

Les déchets ne sont pas ramassés non plus. Les éboueurs ont du mal à accéder au quartier car les routes sont impraticables. Tout arrive difficilement à Andokoi : la police, les ambulances...


Selon une étude du chercheur Moussa Fofana intitulée "Diagnostic du fonctionnement du système d’assainissement des eaux usées domestiques du quartier Andokoi, Yopougon, Abidjan", réalisée en 2017 dans le cadre d’un Master en faculté de génie de l'eau et de l'environnement à l'université Jean Lorougnon Guédé en Côte d’Ivoire, les habitants affirment souffrir fréquemment de maladies diarrhéiques (10 %), de fièvre (16,7 %) et du paludisme en toute saison (53,3 %).

Mais ces problèmes sont ignorés par la municipalité, selon notre Observateur :

Nous avons l’impression d’avoir été oubliés par les autorités. Nous recevons uniquement la visite des candidats lors des élections. Ils viennent nous promettre que les choses vont changer. Mais rien n’est jamais fait ! Le chef du village [en référence à Andokoi NDLR] a déposé une demande de construction de routes et d’installation de canalisations auprès de la mairie, mais pour l’instant, nous n’avons reçu aucune réponse. 


La réponse de la mairie

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Bakary Cissé, chargé de communication auprès de la mairie de Yopougon, explique que ce type de problème est récurrent en Côte d’Ivoire :

L’évacuation des eaux usées est un souci quotidien pour les Ivoiriens : ce n’est pas spécifique au quartier d’Andokoi. Beaucoup se plaignent du comportement de leurs voisins, qui vont directement déverser les eaux domestiques utilisées sur la route, au lieu de traiter leurs eaux usées individuellement. Je pourrais vous montrer dix quartiers qui vivent des situations similaires dans une seule commune. 


Plusieurs enquêtes de terrain démontrent, en effet, que seulement 15 % des ménages à Abidjan sont reliés au réseau d’assainissement collectif et qu’uniquement 45 % des ménages disposent de fosses septiques individuelles, pouvant être vidangées par l’État.
 

Un schéma directeur du réseau de drainage et d’assainissement du district d’Abidjan, qui définit, délimite et réglemente les types d’assainissement à instaurer sur la commune, a d’ailleurs été lancé par le gouvernement en 2018. En juin 2019, une table ronde de bailleurs de fonds organisée par le ministère de l’Assainissement et de la Salubrité ivoirien a permis de collecter plus d’un million d’euros pour financer ce projet qui prévoit la construction de réseaux de canalisation et de sept stations d’épuration d’ici à 2030.

Article écrit par Syrine Attia (@Syrine_Attia)