Des sextapes où apparaissent deux hommes politiques iraniens ont fuité sur les réseaux sociaux début août. Elles ont fait grand bruit dans la société iranienne – notamment dans les médias – car c’est la première fois que de telles vidéos montrant des politiques sont diffusées depuis la révolution islamique de 1979. Très compromettantes pour leur carrière, elles démontrent, selon nos Observateurs, l’hypocrisie de ceux qui sont généralement de fervents défenseurs de la morale islamique.

Une première sextape de quatre minutes a été diffusée sur les réseaux sociaux le 4 août : on y voit Ali Mohammad Ahmadi, l’ancien gouverneur du Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad, une province située dans le sud-ouest de l’Iran, en train d’avoir une relation sexuelle avec une femme. La scène a visiblement été filmée avec une caméra cachée.

Capture d'écran de cette vidéo de quatre minutes, floutée par France 24.

Des médias locaux proches du politicien ont assuré qu’il avait été piégé par un service de renseignement étranger, pour le forcer à se rendre au Canada et à critiquer la République islamique d’Iran dans un programme télévisé. Toujours d’après ces médias, il aurait refusé, et la vidéo aurait alors été diffusée dans la foulée. Un proche d’Ali Mohammad Ahmadi a également assuré que la femme visible dans la vidéo était sa "femme légitime en vertu de la loi islamique". Pourtant, l’ancien gouverneur a une épouse depuis des années, qui n’est pas la femme de la sextape.

Le 6 août, une seconde vidéo de huit minutes a été diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle apparaissent Ali Mohammad Ahmadi et la même femme : cette fois, on les voit surtout s’embrasser et discuter.

Peu de temps après, des internautes ont finalement identifié la mystérieuse femme apparaissant dans les deux vidéos, une employée d’une compagnie aérienne iranienne.

Ali Mohhamad Ahmadi est un politicien centriste-réformiste, proche du gouvernement d’Hassan Rohani. Il a récemment démissionné de son poste de gouverneur pour participer à la campagne pour les élections législatives de février 2020.
 

Un deuxième politicien impliqué dans une autre sextape

Une autre sextape impliquant un deuxième politicien s’est également retrouvée sur les réseaux sociaux, autour du 9 août : il s’agit d’Abbas Malekzadeh, le maire de Sadra, une ville de 100 000 habitants environ dans la province du Fars, dans le sud du pays. Quelques jours plus tôt, le 5 août, il avait été arrêté avec trois personnes de la municipalité, toutes accusées de corruption. Cette fois, c’est lui-même qui se filme, nu, en train de toucher le corps d’une femme qui parle au téléphone, également nue.

Récemment, cette dernière a d’ailleurs publié deux vidéos dans lesquelles elle supplie les internautes d’effacer la sextape, vieille de trois ans selon elle, et pouvant "ruiner [sa] vie", puisqu’elle assure être désormais mariée.

Capture d'écran de cette vidéo, floutée par France 24.

D'autres photos d’Abbas Malekzadeh ont également fuité sur les réseaux sociaux récemment, où on le voit fumer la chicha avec une autre femme, Zahra Jamali : c’est l’une de ses adjointes à la mairie de Sadra, qui avait été arrêtée avec lui le 5 août. Celle-ci semble lui toucher la joue sur l’une des photos, un geste interdit quand l’homme et la femme n’appartiennent pas à la même famille, selon la loi islamique.

"Les gens se disent que cela prouve une fois de plus l’hypocrisie des officiels iraniens"

Lili (pseudonyme), une journaliste iranienne travaillant sur les questions de société, explique comment ces sextapes ont été perçues par les Iraniens.

Nous savions que beaucoup d’officiels iraniens avaient une double vie, ce n’était pas vraiment un secret, mais ces vidéos en sont la preuve.

Quand ils voient cela, les gens se disent que cela prouve une fois de plus leur hypocrisie. Ces hommes ont le droit d’avoir des relations sexuelles, bien sûr, et la plupart des gens se fichent de savoir avec qui… Mais là, il s’agit d’officiels de la République islamique, un État où existe une police des mœurs et où l’on arrête les personnes ayant un(e) petit(e) ami(e). Il y a une dizaine d’années, une sextape d’une actrice de séries télévisées avait été diffusée, ce qui avait ruiné sa vie : elle avait été arrêtée, puis elle avait quitté l’Iran pour aller en France. Là, comme il s’agit d’hommes politiques, ils ne devraient pas être inquiétés sur le plan légal : c’est pour cela que les gens sont en colère, pas en raison de leur vie sexuelle.

L’ancien gouverneur du Kohguilouyeh-et-Bouyer-Ahmad et le maire de Sadra ne sont pas des politiciens très importants à l’échelle nationale : on peut donc penser qu’ils ont été victimes de rivalités au niveau local. Concernant le premier, c’était visiblement une caméra cachée. Tous deux sont proches des réformistes et des centristes, donc on peut imaginer que les vidéos ont été diffusées par des personnes proches des plus conservateurs.


C’est la première fois que des sextapes impliquant des politiciens sont diffusées depuis 1979 et l’avènement de la République islamique d’Iran. Mais d’autres hommes politiques avaient déjà été impliqués dans des scandales semblables ces dernières années.

En 2007, le procureur iranien avait ainsi annoncé que Reza Zarei, le commandant de la police de Téhéran, avait été arrêté dans une maison close avec six femmes. Il avait alors passé quatre mois en prison, avant d’être dégradé, puis mis à la retraite.

Autre exemple : en 2003, la maîtresse d’Ata'ollah Mohajerani, un ancien ministre de la Culture proche de l’ex-président Mohammad Khatami, avait déclaré qu’elle souhaitait être officiellement reconnue comme étant sa femme, ce qu’il lui aurait refusé (selon la loi iranienne, la polygamie est tolérée, mais elle reste taboue dans la société). Ata'ollah Mohajerani avait alors démissionné de ses fonctions de l’époque, puis émigré au Royaume-Uni en 2004.

Un précédent remontant à l’époque du shah

Avant 1979, une sextape avait toutefois déjà été diffusée à l’époque du shah, à la fin des années 1960. La SAVAK, le service de renseignement iranien de l’époque, avait piégé plusieurs figures religieuses opposées au shah, en utilisant une femme qui les avait attirées dans une chambre à coucher. Les agents de la SAVAK les avaient alors filmées.

Article écrit par Ershad Alijani (@ErshadAlijani).