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Les habitants du village Sinthiou Garba, dans le nord-est du Sénégal, ont utilisé un moyen de transport peu commun à la mi-août. Pour traverser une rivière, dont le courant avait emporté un pont, ils ont eu recours à… une grue de chantier. Des vidéos ont massivement circulé sur les réseaux sociaux, mettant en lumière les difficultés d’une région mal pourvue en infrastructures.

Le 15 août, un pont provisoire installé sur la route nationale 2 a été emporté par le courant de la rivière, gonflée par les pluies saisonnières, à Sinthiou Garba. Il avait été installé là en remplacement d’un pont permanent, actuellement en travaux.

Privés de ce point de passage vital permettant d’accéder aux écoles et aux services de soins, des habitants n’ont eu d’autre choix que de se hisser sur une petite plateforme et de traverser le cours d’eau à l’aide d’une grue de chantier. Cette opération a duré une journée, le 16 août, avant d’être interdite par les autorités.

Vidéo tournée par un habitant et transmise par Aboubakar N.

Plusieurs vidéos montrant ce mode de transport ont suscité l’indignation sur les réseaux sociaux. "Incroyable mais vrai ! […] Miracle du PSE [Plan Sénégal émergent, le programme de développement du gouvernement, NDLR], on ne transporte plus les malades par charrette mais par grue sur des brancards de fortune", a lancé sur Twitter Thierno Alassane Sall, l’ancien ministre de l’Énergie et figure de l’opposition.



 

"C’était la première fois qu’une telle technique était utilisée"

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Aboubakar N. (pseudonyme), responsable de l’association de développement local Pellital, raconte ce qu’il s’est passé. Il a demandé à garder l’anonymat par peur de répercussions sur sa carrière.
 
C’est une entreprise chinoise, Henan Chine, qui réalise des travaux pour réhabiliter la route nationale 2 et le pont. Leur pont provisoire de déviation a été emporté et ce sont leurs ouvriers qui ont mis en place cette "navette" durant une journée, le temps que le niveau de l’eau baisse et qu’un nouveau pont provisoire soit installé.

Cette scène était impressionnante et a laissé un goût amer dans la bouche de nombreux habitants. C’était la première fois qu’une telle technique était utilisée et beaucoup ont refusé de l’emprunter, jugeant que ce n’était pas approprié, voire dangereux. D’ailleurs, les autorités l’ont appris rapidement et ont interdit cette méthode. Le lendemain, un nouveau pont provisoire était en place et les habitants n’ont plus eu besoin d’utiliser la grue.

Depuis, le ministre des Infrastructures est venu nous rendre visite. Dimanche 25 août, il a déclaré que le pont définitif, à priori résistant aux inondations, serait terminé dans deux mois.
 
Besoin d’un second pont dans le village

Mais pour nous, le véritable problème est ailleurs. Notre village est coupé en deux par un ravin, et chaque année, de l’eau s’y engouffre lors de la saison des pluies. Il est alors impossible de traverser et toutes les activités sont interrompues.

Il y a, côté ouest, le cimetière, le collège et le lycée et, côté est, le poste de santé, l’école et le marché. Les uns ne peuvent enterrer leurs morts et les autres ne peuvent se faire soigner.

À gauche, le ravin rempli d'eau après de fortes pluies, le 16 août 2019 et, à droite, le même ravin transformé en zone boueuse où une voiture est restée coincée le 17 août 2019. Captures d'écran de vidéos tournées par des habitants, transmises par Aboubakar N. 
 
Nous avons vu passer trois présidents de la République et leurs ministres nous ont à chaque fois promis un second pont pour résoudre ce problème [en plus du pont de la route nationale 2, au-dessus de la rivière, NDLR]. Mais rien n’a été fait.