Les citoyens du Kram, une ville au nord-est de Tunis, ont trouvé une manière originale d’interpeller les autorités. Alors qu’un trou béant se trouvait sur l’une des principales artères de la ville, en raison de la suspension des travaux d’une entreprise censée réparer des canalisations d’eau, il y a un mois, les habitants ont organisé une "fête du trou", le 18 août. Très partagées sur les réseaux sociaux, les images des festivités ont permis la reprise du chantier.

Dimanche soir, l’ambiance dans les rues de la cité populaire du Kram avait des airs de fête de mariage. Pour dénoncer la suspension des travaux entrepris par la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE), qui dépend du ministère de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, les organisateurs de l’évènement avaient fait appel à une fanfare.

Vidéo de la "fête du trou" au Kram, dimanche 18 août 2019

L’opération a fonctionné, puisque l’entreprise publique a déclaré le 19 août que les travaux allaient reprendre dès le lendemain, tout en précisant qu’ils engendreraient des coupures d’eau potable dans la banlieue nord de Tunis. Quand les travaux ont repris, les habitants ont donc recommencé les festivités dans la soirée.

Cela fait des années que la distribution de l’eau est perturbée dans la banlieue nord de Tunis. Dans la ville du Kram, la municipalité avait donc mandaté la SONEDE pour trouver une solution. Mais les travaux de l’entreprise avaient été interrompus lorsqu’elle s’était rendue compte qu’elle ne disposait pas des pièces nécessaires à la réparation des canalisations, après avoir creusé pour accéder au principal tuyau de distribution.


 

"Nous voulions attirer l’attention sur notre situation, et ça a marché"

Hamza, habitant du Kram, est l’un des organisateurs de la "fête du trou". Il assure que le mouvement de protestation ne compte pas s’arrêter là :

Nous voulions attirer l’attention sur notre situation, et pour cela, il n y a rien de mieux qu’une fanfare en plein centre-ville. Et cette méthode a prouvé son efficacité, étant donné que les travaux ont repris dans la foulée. Avant d’en arriver là, nous avions tenté de contacter l’entreprise, mais celle-ci avait prétexté que les employés étaient encore en vacances après l'Aïd, qui s’est tenu le 10 août.

Nous allons sans doute recourir une nouvelle fois à la fanfare pour débloquer le réaménagement du poste de police, saccagé depuis la révolution, il y a maintenant huit ans.

Vidéo des célébrations lors de la reprise des travaux, le 20 août 2019


"Ici, au Kram, désormais tous les problèmes vont être réglés à coup de tambour ! La réouverture du parc du Kram, le réaménagement de l’ancien poste de police, de la gare…", peut-on entendre dans cette vidéo filmée lors de la reprise des travaux mardi soir et relayée sur les réseaux sociaux.

 

"Donner une autre image du Kram"


Hamza explique que les récentes festivités ont donné de la visibilité au groupe de citoyens dont il fait partie, et qui avait déjà mené d’autres actions dans le passé :

Nous avions déjà organisé une grande collecte de déchets, avec le soutien de la municipalité dans les rues du Kram, de même qu’un tournoi de foot entre les différents quartiers. Le but de ces initiatives, c’est avant tout de donner une autre image du Kram, souvent vue comme une ville peu sécurisée. Nous voulons prouver que la mixité sociale du Kram est une richesse et que nous sommes des habitants modernes et très concernés par l’avenir de notre cité.