Au Mexique, des jeunes femmes atteintes de trisomie 21 font de la natation synchronisée depuis plusieurs années, au sein d’un groupe appelé "Sirènes spéciales". Elles s’entraînent dans le sud de la capitale et participent régulièrement à des compétitions nationales et internationales, contribuant ainsi à faire évoluer le regard sur cette maladie dans le pays.

Ce projet est né à l’initiative d’une ancienne athlète de natation synchronisée, Paloma Torres. Elle a mûri le projet des "Sirènes spéciales" lors de ses études en psychologie de l'éducation, il y a une dizaine d’années, comme elle l’a expliqué à la rédaction des Observateurs de France 24.

Photo publiée sur la page Facebook "Sirenas Especiales".

"Elles sont reconnues socialement, leur travail est applaudi"

Je voulais montrer que le sport pouvait avoir des effets bénéfiques sur le plan cognitif, notamment chez les personnes en situation vulnérable, comme celles vivant dans les quartiers défavorisés ou atteintes de trisomie 21. Après avoir fait un stage de six mois dans une école avec des élèves trisomiques, j’ai soutenu un mémoire sur ce sujet à l’université. Puis, j’ai continué à travailler sur cette thématique après mes études. Je savais que les personnes atteintes de trisomie 21 étaient très créatives et très souples, ce qui est très utile en natation synchronisée ! [Après ses études, Paloma Torres a donc commencé à entraîner des jeunes filles trisomiques, petit à petit, NDLR.]
 
"Au début, une piscine a refusé d'accueillir mes nageuses"

Il a notamment fallu chercher une piscine pour organiser des entraînements à intervalles réguliers, mais je n’ai rien trouvé au début. Une piscine a même refusé d'accueillir mes nageuses, en disant qu’elles allaient contaminer les autres nageurs ! Cela a été assez démotivant dans un premier temps, pour moi et pour les parents des jeunes filles.

Finalement, j'ai trouvé une piscine qui a accepté de nous accueillir dans la durée, la piscine Alberca Olímpica Francisco Márquez, située dans le sud de Mexico. C'est désormais là que j'entraîne le groupe depuis 2011.


Photo publiée sur la page Facebook "Sirenas Especiales".
 

Actuellement, j’entraîne 20 athlètes, âgées de 14 à 30 ans : il y a 17 filles et 3 garçons. Dans le groupe, 18 sont atteint.e.s de trisomie 21, une athlète est microcéphale [la microcéphalie se manifeste par une taille de crâne inférieure à la normale, NDLR], et une autre a des problèmes auditifs. Certaines font partie du groupe depuis 2011.



Vidéo d'entraînement, envoyée par Paloma Torres à notre rédaction.
 

Les entraînements ont lieu trois à quatre fois par semaine. La principale différence avec des sportifs non handicapés, c’est qu’elles ne peuvent pas s’entraîner autant, mais sinon, cela reste le même sport. Elles ne peuvent pas nager autant de kilomètres et ne peuvent pas faire autant d’exercices, car elles se fatiguent plus vite, surtout que beaucoup sont en surpoids, sans compter que plusieurs d’entre elles ont été opérées au cœur [beaucoup de personnes atteintes de trisomie 21 ont des anomalies cardiaques, NDLR].

Autre aspect à prendre en compte : au niveau du cou, il faut faire attention à leurs cervicales [leurs deux premières vertèbres cervicales peuvent être instables, car les ligaments retenant la deuxième sont très lâches, ce qui peut occasionner une pression sur la moelle épinière, NDLR].


Vidéo d'entraînement, envoyée par Paloma Torres à notre rédaction.
 

Sur le plan cognitif, ce sport permet d’améliorer la concentration, la mémoire…

Mais surtout, il favorise leur intégration sociale. Comme elles participent régulièrement à des compétitions nationales et internationales, auxquelles prennent parfois part des personnes non handicapées, et qu’elles ont déjà gagné une cinquantaine de médailles, elles sont reconnues socialement, leur travail est applaudi. C’est également important pour les familles, car certaines ne pensaient pas forcément qu’elles parviendraient à faire quelque chose de leur vie.


Photo publiée sur la page Facebook "Sirenas Especiales".
 

D’une manière générale, le regard sur le handicap a quand même beaucoup changé au cours des dernières années au Mexique. Par exemple, avant, les enfants handicapés étaient souvent cachés. Désormais, ils vont dans des écoles normales, où ils suivent un cursus spécial.


Photo publiée sur la page Facebook "Sirenas Especiales".
 

Huit ans de natation synchronisée

Notre rédaction a également parlé avec Rocío Santos Hernández, l’une des "Sirènes spéciales" entraînées par Paloma Torres, âgée de 29 ans.

J’ai commencé la natation synchronisée il y a huit ans, avec le groupe, car j’aime la musique et danser. J’aime beaucoup les mouvements qu’il faut faire avec les bras et les jambes, comme les grands écarts ! 


La trisomie 21 (ou syndrome de Down) est provoquée par une anomalie génétique – la présence d’un chromosome 21 supplémentaire – causant notamment un retard sur le plan cognitif, bien que variable selon les individus.
 


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Article écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).