Des milliers de Turcs protestent actuellement contre un projet d’extraction d’or d’une compagnie minière canadienne dans la province de Çanakkale, dans l’ouest de la Turquie. Le mouvement de contestation s’est cristallisé après la diffusion d’images montrant de nombreux arbres abattus. Les habitants redoutent également la pollution de l’environnement local.

C’est l’entreprise minière canadienne Alamos Gold Inc. qui a acheté le site près de la ville de Kirazlı, en 2010. Elle a ensuite réalisé plusieurs études sur la faisabilité et l’impact environnemental de son projet d’extraction d’or.


Beaucoup de Turcs s’opposent à ce projet, en particulier depuis l’abattage de nombreux arbres par l’entreprise afin de construire une route menant au site. D’après les activistes, 197 000 arbres auraient ainsi été coupés.

De nombreux internautes ont partagé sur Twitter cette photo de l'endroit où les arbres ont été coupés.

L’inquiétude concerne principalement la technique que souhaite utiliser Alamos Gold Inc. pour traiter le minerai et en extraire l’or – appelée lixiviation en tas – car celle-ci nécessite l’utilisation d’une solution de cyanure, comme c’est indiqué sur le site Internet de l’entreprise. Les opposants au projet craignent que du cyanure soit renversé ou qu’il y ait des fuites. Le produit pourrait alors polluer le barrage local – qui fournit de l’eau à plus de 180 000 personnes et irrigue plus de 5 000 hectares – et détruire les montagnes voisines.

Une pierre trouvée au niveau du site minier. Photo envoyée par notre Observateur.

Du côté du gouvernement, on assure pourtant que l’entreprise n’a pas prévu d’utiliser du cyanure et que seuls 13 000 arbres ont été coupés. L’entreprise canadienne se serait aussi engagée à replanter des arbres dans la zone une fois le projet minier terminé, dans six ans. Doğu Biga, une filiale turque de l’entreprise canadienne, a également déclaré que tout avait été fait "dans le cadre des permis forestiers et environnementaux" jusqu’à présent.

"Les gens ont peur d’être empoisonnés"

Récemment, les protestataires ont campé durant une dizaine de jours près du site minier, à Kirazlı-Balaban. Lundi 5 août, environ 5 000 personnes ont également manifesté à l’endroit où les arbres avaient été coupés. Notre rédaction a parlé avec l’un de ces protestataires, venu de la ville voisine de Çanakkale.

Ce mouvement de protestation est semblable à celui du parc Gezi [initié en 2013, il s’opposait au départ à la destruction du parc Taksim Gezi à Istanbul, avant de devenir un mouvement de contestation politique plus large, NDLR]. Les gens ont été en colère, car ils ont vu l’endroit où les arbres avaient été coupés. Parmi les manifestants, il y avait des gens de toute la Turquie et de tous les âges, de 3-4 ans à 80 ans. De plus, il y a également eu des manifestations ailleurs dans le pays.

Des manifestants lundi 5 août. Vidéo envoyée par notre Observateur.

La première fois que j’ai entendu parler de ce projet minier, c’était il y a un mois environ. L’entreprise minière a abattu près de 200 000 arbres. De plus, le cyanure pourrait polluer l’eau potable du barrage situé à côté de la mine, ainsi que les cultures voisines. Donc tout le monde a peur d’être empoisonné.

Ils disent qu’ils vont replanter des arbres, mais où et quand ? Après avoir utilisé du cyanure ? Une fois qu’une zone est détruite, il n’y a plus rien à en tirer, à quoi bon replanter des arbres une fois que la terre est polluée ? Mais le gouvernement refuse d’admettre cela, il est prêt à n’importe quoi tant qu’il y a de l’argent à gagner. Cette zone est surnommée le "poumon de la Turquie" : est-ce qu’un humain vendrait ses propres poumons pour de l’argent ?




Pour l’entreprise canadienne, les fuites de cyanure sont "impossibles"

Le PDG d’Alamos Gold Inc., John McCluskey, a assuré à Reuters que les craintes des habitants concernant d’éventuelles fuites de cyanure n’étaient pas justifiées : "Nous faisons en sorte que cela soit impossible [grâce à un système de couches imperméables et de détection des fuites]. Si nous n’avions pas rendu cela
impossible, nous n’aurions même pas lancé le projet, car on utilise du cyanure lorsqu’il y a de l’or. Donc si vous perdez du cyanure, vous perdez de l’or." Il a également déclaré qu’il était impossible que les solutions chimiques utilisées atteignent le barrage, car il faudrait alors qu’elles s’écoulent vers le haut.

La polémique autour de ce projet minier est même en train de devenir un sujet de politique intérieure. Le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, membre du principal parti d’opposition, a ainsi publié une vidéo sur Twitter dans laquelle il dit avoir parlé à l’ambassadeur canadien. Il a également écrit que les "dommages causés à la nature étaient des dommages causés au monde" et appelé à davantage de transparence.


Les opposants au projet minier ont déjà prévu une autre grande manifestation, le 18 août, durant laquelle jouera le célèbre pianiste turc Fazıl Say.

Article écrit par Catherine Bennett (@cfbennett2) et Ilgın Yorulmaz (@IlginYorulmaz).