Observateurs

Au Malawi, des manifestations post-électorales se sont transformées en émeutes le mardi 6 août, générant des pillages et des actes de violences contre la police. Deux Observateurs ayant assisté aux manifestations racontent pourquoi elles ont dégénéré.

Des manifestations ont lieu à intervalles réguliers depuis deux mois et demi au Malawi, depuis la réélection controversée du président Peter Mutharika. Les protestataires accusent la présidente de la commission électorale, Jane Ansah, d’avoir truqué l’élection, et demandent sa démission.

Mardi 6 août, une manifestation à l’appel de la Coalition des défenseurs des droits humains, le principal parti d’opposition au Malawi, a réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes à travers le pays. Jusque-là plutôt calmes, les manifestations ont cette fois fortement dégénéré, comme le montrent plusieurs vidéos publiées sur WhatsApp dans le groupe AIH Malawi.


Vidéo montrant des manifestants dans les rues de Lilongwe s'attaquant à des policiers. Vidéo AIH Malawi.

"J’ai vu un véhicule de police partir en flammes"

Chance J. Gondwe, comptable, a participé à la manifestation qui s’est déroulée à Lilongwe, la capitale du Malawi.

Au début de la manifestation, les gens chantaient et dansaient. Mais la police a commencé à bloquer la progression du cortège et à utiliser des gaz lacrymogènes sans sommation : c’est là que la foule a réagi.

Certains manifestants ont causé de nombreux dégâts : des boutiques et des stations-essence ont été vandalisées. Il y a aussi eu des pillages un peu partout : dès qu’une boutique était ouverte, elle était la cible des pillards. J’ai également vu un véhicule de police partir en flammes.

Selon notre Observateur, les violences ont toutefois été limitées dans les zones où l’armée était présente. Mais certaines personnes ont quitté les cortèges de l’avenue principale pour s’attaquer aux boutiques situées dans des rues plus reculées.

La Coalition des défenseurs des droits humains a publié un communiqué pour prendre ses distances avec ces violences, affirmant que la plupart d’entre elles avaient été provoquées par la police.


Images de caméra de videosurveillance montrant des pillages dans des boutiques de Lilongwe. Vidéo AIH Malawi.
 

"Les manifestants ne s’arrêtent pas face à la police"

À Blantyre, deuxième plus grande ville du pays, les manifestants ont été stoppés par l’armée sans occasionner de violences. Daniel Mughogho, administrateur du groupe WhatsApp et du site internet AIH Malawi, explique que cela montre bien la différence existant au Malawi entre l’armée et la police.

Face à la police, les manifestants ne s’arrêtent pas, car ils ont le sentiment que ses agents sont influencés par les politiciens et défendent le gouvernement. On voit clairement une différence avec l’armée, car les manifestants ne penseraient pas une seconde à l’attaquer.

J’ai aussi le sentiment que ceux qui ont attaqué les boutiques à Lilongwe avaient des motivations très différentes du reste des manifestants. Dans les manifestations, on reçoit des instructions sur le sens de la marche, les routes à emprunter… Le long des itinéraires, les boutiques n’ont pas été attaquées.


Des manifestants à Blantyre, deuxième plus grande ville du Malawi, n'ont pas assisté à la même violence et ont été bloqués par l'armée.
 

"Les gens sont plus intéressés par le suivi du recours que par les manifestations"

Selon le président de la Coalition des défenseurs des droits humains, Timothy Mtambo, les manifestations pourraient devenir de plus en plus importantes dans les semaines à venir. Les organisateurs envisagent notamment de bloquer plusieurs points stratégiques comme les aéroports ou les frontières.

Pour autant, la situation pourrait évoluer dans les jours à venir : depuis jeudi 8 août, la Cour de justice du Malawi examine un recours déposé par l’opposition et doit trancher sur la validité de l’élection présidentielle de mai dernier, d’ici la fin du mois d’août.

Pour Daniel Mughogho, l’avenir du mouvement dépend beaucoup de cette décision :

Les gens sont bien plus intéressés par le suivi de ce recours que par le fait d’être dans la rue. D’abord, nous voulons savoir si un nouveau scrutin va être organisé pour décider de la suite que nous allons donner à ce mouvement.

Article écrit par Christopher Brennan (@CKozalBrennan)