Des chercheurs norvégiens ont découvert plus de 200 rennes morts dans le Svalbard, un archipel de Norvège situé dans l’océan Arctique, lors d’une étude réalisée au début de l’été. Les animaux sont morts de faim – et le changement climatique est responsable du phénomène, d’après l'une des chercheuses.

Cela fait 40 ans que les chercheurs de l’Institut polaire norvégien suivent l’évolution de la population de rennes dans l’archipel du Svalbard. Cette année, entre le 25 juin et le 5 juillet, ils ont trouvé plus de 200 cadavres de rennes, morts de faim au cours de l’hiver, un nombre anormalement élevé par rapport aux précédentes études.
 

"Ces rennes sont morts de faim"

Åshild Ønvik Pedersen est une écologue de l’Institut polaire norvégien et vit à Longyearbyen, une petite ville située sur l'île de Spitzberg, dans l'archipel du Svalbard. C’est elle qui gère l’étude portant sur l’évolution de la population de rennes dans l’archipel.

Cette année, nous avons réalisé l’étude à Adventdalen [une vallée située sur l’île de Spitzberg, NDLR] et dans les vallées voisines. Nous étions cinq chercheurs.


Åshild Ønvik Pedersen, à Adventdalen, durant l’étude réalisée par son équipe du 25 juin au 5 juillet. Crédit : Ann Kristin Balto / Institut polaire norvégien.
 

Les rennes que nous avons vus sont morts de faim. En effet, en raison du changement climatique, les hivers sont plus doux qu’avant, donc il pleut davantage. Or, quand la pluie tombe sur le sol enneigé, de la glace se forme. Par conséquent, les herbes et les plantes se retrouvent bloquées sous la glace. Donc les rennes y accèdent plus difficilement, et ils meurent. De plus, durant l’hiver, les rennes se reproduisent moins. Ces différents facteurs conduisent donc à une diminution de leur nombre.


Une autre photo de renne mort, trouvé à Adventdalen, durant l’été 2017. Crédit : Elin Vinje Jenssen / Institut polaire norvégien.
 

"Nous observons deux tendances opposées"

Cela dit, le changement climatique a également d’autres effets sur les rennes : les étés sont plus chauds, de même que les automnes, donc la période durant laquelle les rennes peuvent brouter est plus longue [ce qui leur permet d’accumuler davantage de réserves dans leurs corps, NDLR]. De plus, il y a plus d’herbes et de plantes à brouter. Par conséquent, la population de rennes augmente.

Il y a donc deux tendances opposées. Mais à Adventdalen, les conséquences liées aux étés plus chauds sont plus fortes que celles liées aux hivers plus doux. Donc globalement, le nombre de rennes augmente quand même dans cette zone.


En revanche, c’est la tendance inverse qui est observée à Brøggerhalvøya, une péninsule située sur la côte ouest de l’île de Spitzberg, où la population de rennes a diminué au cours des 40 dernières années.

D’après l’Institut polaire norvégien, le climat a changé extrêmement vite dans l’archipel du Svalbard depuis 40 ans. Dans les années 1990, les hivers sont devenus de plus en plus doux et pluvieux, une tendance qui s’est encore renforcée au début du XXIe siècle. Cette année, 31,2 degrés ont même été enregistrés tout près du cercle polaire, dans le nord de la Russie, au mois de mai – un record.

Des rennes à Adventdalen, durant l’été 2017. Crédit : Elin Vinje Jenssen / Institut polaire norvégien.
 

Article écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).