Le personnel du centre hospitalier universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, a lancé une grève en juillet pour réclamer de meilleures conditions de travail. Les soignants déplorent notamment la vétusté et l’insalubrité de leurs locaux, ainsi que le manque de place pour accueillir les patients correctement.

Le mouvement de grève a été lancé le 23 juillet pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et de soin, et en particulier la vétusté de certains locaux, depuis l’incendie ayant frappé le CHU le 28 novembre 2017. Sur les réseaux sociaux, des images de couloirs inondés par les eaux de pluie sont par exemple diffusées par des pages soutenant le mouvement.




La grève a même commencé le 10 juillet au sein de la maternité et des urgences du CHU. Ces services avaient été complétements détruits par les flammes, puis délocalisés à quelques kilomètres dans des bâtiments de la Polyclinique privée, jugés inadaptés et insalubres par les grévistes.
 

"Les climatiseurs fuient et de l'eau usée s'écoule dans les couloirs"

Pour Isabelle Beauce, infirmière puéricultrice travaillant au service de médecine néonatale, en charge notamment des enfants prématurés et également délocalisé à la Polyclinique, de telles conditions compliquent la tâche des soignants et mettent en danger les patients :
Le bâtiment de la Polyclinique n'est pas fait pour accueillir des bébés et a fortiori des bébés prématurés. En néonatologie, il faut un seul enfant par chambre et il y en a trois en ce moment. Trois enfants, plus leurs parents et les soignants, ça peut faire beaucoup de monde dans une chambre! Cela augmente considérablement les risques infectieux : les enfants sont soignés sur même plan de travail de soin, ils sont baignés dans la même baignoire, que nous désinfectons entre chaque enfant… Nous travaillons dans le stress permanent de maintenir les enfants dans un état d’hygiène le plus acceptable possible.

À cela s’ajoute la vétusté des locaux. Il y a de graves problèmes d’infiltration d’eau, la tuyauterie percée a même fait s’écrouler le faux plafond dans des salles de soin. Les climatiseurs fuient et de l’eau usée s’écoule dans les couloirs, le long des murs. Et cela crée de la moisissure. Des enfants qui ont une immunité très basse, voire inexistante, se retrouvent exposés à ces nuisances. Et nous passons notre temps à faire de la logistique : avant de faire un soin, il faut vérifier que la climatisation ne coule pas.



À ce niveau-là, c’est de la médecine de guerre. Nous sommes les uns sur les autres, à l’étroit, et on passe notre temps à faire de la logistique : avant de faire un soin, il faut vérifier que la clim ne coule pas !

Images transmises par des membres du personnel soignant

Images transmises par des membres du personnel soignant


De plus, en raison de l’humidité, en cas de forte pluie, il arrive aussi qu’on reçoive la visite d’insectes nuisibles. Enfin, nous sommes les uns sur les autres, à l’étroit… À ce niveau-là, c’est de la médecine de guerre.
 
Images transmises par des membres du personnel soignant

Images transmises par des membres du personnel soignant

 

"Nous avons l'impression de faire du "fast-maternité"

L’exiguïté des locaux de la Polyclinique pose aussi de sérieux problèmes à la maternité, comme en témoigne Annie Claude, sage-femme :
Nous sommes passés d’une capacité de 80 lits sur trois étages au CHU avant l’incendie, à 21 sur un seul palier ! Les patientes enceintes sont mélangées avec celles qui ont accouché.

Nous avons donc dû changer nos protocoles de prise en charge, de manière à faire sortir de plus en plus tôt les patientes ayant accouché. Avant, elles restaient hospitalisées trois jours, cinq pour les césariennes, maintenant les sorties se font deux, voire un jour plus tard, dès qu’elles peuvent partir.

Nous n’avons plus le temps d’accompagner la grossesse, de mettre à l’aise la mère, parce qu’on a besoin de place. Nous avons l’impression de faire du "fast-maternité ".

Nous nous retrouvons à faire des choix que nous n’aurions jamais dû faire entre des patientes qui sont plus prioritaires que d’autres. Parfois, nous mentons même à des patientes qui sont sur le point d’accoucher pour qu’elles ne s’inquiètent pas trop du fait qu’on ne peut pas les faire accoucher tout de suite, parce qu’il n’y a pas de salle d’accouchement disponible : nous savons qu’elles ne monteront qu’en catastrophe quand elles seront vraiment en train d’accoucher.

Des promesses qui ne satisfont pas le personnel soignant

Le 1er août, plusieurs centaines de personnes ont affiché leur soutien à cette grève selon la 1ère, en défilant dans les rues de la sous-préfecture, à l’appel de plusieurs organisations syndicales.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a annoncé le 23 juillet "la livraison d’un nouveau pôle parents-enfants en octobre 2020 "et "la réhabilitation des premiers services aux urgences d’ici la fin de l’année".

Mais pour Gaby Clavier, délégué syndical UTS-UGTG et membre du Collectif de Défense du CHU de Guadeloupe, la situation est trop grave pour que le personnel de l’hôpital puisse encore attendre :
 
Vingt mois après l’incendie, nous travaillons toujours dans des conditions indignes de soin. Nous demandons la réhabilitation des bâtiments touchés par l’incendie pour permettre la relocalisation de tous les services au CHU. L’État mise sur le nouvel établissement parents-enfants mais la dégradation des conditions de travail, l’atmosphère malsaine dans laquelle travaillent les soignants, n’ont pas du tout été prises en compte.

Pour le moment, les différentes négociations entre la direction du CHU et les autorités sanitaires n'ont pas permis de parvenir à un accord.

Article écrit par @PierreHamdi
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