Alors que la répression du mouvement de contestation contre le gouvernement pro-chinois s’intensifie à Hong Kong, les manifestants redoublent d’ingéniosité pour neutraliser les gaz lacrymogènes. Dernière astuce en vogue pour y échapper : les recouvrir d’un cône de chantier, comme le montrent plusieurs vidéos virales postées ces derniers jours.

C’est le symbole d’une contestation qui dure et se durcit : des manifestants parfaitement organisés pour neutraliser les gaz lacrymogènes. Les affrontements avec la police se font de plus en plus violents pour réprimer un mouvement qui a rassemblé depuis début juin des millions de personnes contre le gouvernement pro-chinois. Le casque de chantier porté par les manifestants  pour se protéger des projectiles semble d’ailleurs en passe de remplacer en tant qu’emblème de la révolte les fameux parapluies des manifestations de 2014.

Dimanche 28 juillet,  la police a utilisé massivement des gaz lacrymogènes pour disperser les dizaines de milliers de manifestants qui participaient à une marche non autorisée.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent la réactivité et l’organisation dont font preuve certains groupes de manifestants, comme celles prises par Antony Dapiran, un avocat australien vivant à Hong Kong. Ceux qu’il a baptisé “les pompiers protestataires” parviennent à empêcher que la fumée émise par les grenades ne fasse effet : “Ils améliorent leurs techniques un peu plus chaque semaine. Presque plus aucun des jeunes manifestant ne craint les gaz lacrymogènes, et de fait moi non plus.”
 
Et la botte secrète de ces pompiers anti-lacrymo est… un cône de signalisation. Placé sur la grenade lacrymogène il fait office de cheminée pour canaliser la fumée irritante. Il suffit ensuite de verser de l’eau par le sommet du cône pour l’éteindre.

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"C'est bien mieux que de renvoyer les grenades"

Pour le blogueur hongkongais “Hong Kong Hermit”  qui participe aux manifestations, le développement de telles techniques a été rendu nécessaire par l'utilisation massive des gaz par la police.
 
Le 28 juillet ils ont tiré des lacrymogènes de 19h à 23h30 presque sans interruption ! Il y en avait tellement qu’il devenait crucial de réduire au maximum la quantité de gaz présente dans l’air. Mes lunettes de protection ne pouvaient plus me protéger et des personnes étaient affectées jusque trois rues plus loin ! Les manifestants appelaient aussi les habitants des immeubles du quartier à fermer leurs fenêtres et à éteindre leurs systèmes d’air conditionné : c’était aussi pour eux qu’il fallait arrêter le gaz plutôt que de renvoyer les grenades.

Cette technique du cône de chantier, c’est bien mieux que de ramasser les grenades chaudes et de les renvoyer. Si le vent est contre nous, comme c’était le cas dimanche, le gaz finit toujours par revenir sur les manifestants et la grenade est ensuite trop près des policiers pour être éteinte.

Des grosses bonbonnes vides sont aussi utilisées pour contenir la fumée, sans cela de simples vêtements mouillés sont jetés par-dessus les grenades.


Ces manifestations visaient à dénoncer le passage à tabac, une semaine plus tôt, de militants par des hommes soupçonnés d’appartenir à des triades, des gangs violents. D’après les autorités quarante-cinq personnes ont été blessées lors de ces agressions qui ont lieu dans une station de métro alors qu’ils rentraient d’une manifestation.

Hong Kong connaît une crise profonde depuis le 9 juin, le mouvement qui mobilise parfois des millions de personnes est parti du rejet d’un projet de loi, désormais suspendu, visant à autoriser les extraditions vers la Chine. Les revendications se sont étendues à des réformes démocratiques et à la dénonciation de l’influence grandissante de la Chine dans ses affaires intérieures.

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Article écrit par Pierre Hamdi