Entre la ville américaine de Sunland Park et le quartier pauvre d'Anapra à Ciudad Juarez, au Mexique, trois jeux à bascules roses ont été temporairement posés, dimanche 28 juillet, de part et d’autre du mur qui sépare les deux pays. Un projet très symbolique, porté depuis plusieurs années par deux architectes américains.

Une série de photos et vidéos publiées lundi 29 juillet sur Instagram par Ronald Rael, professeur d’architecture à l’Université de Californie à Berkeley, montre le mur entre les États-Unis et le Mexique prendre des allures d’aire de jeux. De part et d’autre, enfants et adultes jouent sur des bascules roses, contrastant avec le mur sombre et le décor aride de cette zone frontalière.


Ronald Rael et Virginia San Fratello, professeure de design à San Jose State, avaient déjà eu l’idée en 2009 de ce "mur à bascule". Les dessins de ces jeux figuraient également en couverture du livre de Ronald Rael, "Borderwall as architecture" ("Le mur-frontière comme architecture"), paru en 2017, et dans une vidéo de démonstration publiée sur la chaîne Vimeo de Ronald Rael. Les modèles originaux se trouvent aujourd'hui au Museum of Modern Art de New York et au Musée d'art moderne de San Francisco.


Il aura finalement fallu près de dix ans aux deux architectes pour installer ces jeux, en partenariat avec le collectif Chopeke, des bénévoles qui construisent des habitations "dignes" aux communautés les plus démunies de Ciudad Juarez.


Un mur "pivot"

"Une des expériences les plus incroyables de ma carrière avec Virginia San Fratello : donner vie aux dessins du Teetertotter Wall ("mur à bascule") de 2009 dans un événement rempli de joie, d’excitation et de convivialité au niveau de la frontière", se félicite Ronald Rael en légende de sa publication sur Instagram. 

Pour lui, ces jeux illustrent également le rôle de "pivot" que joue le mur : "Les enfants et les adultes ont été liés de manière significative des deux côtés, sachant que les actes commis d’un côté ont des conséquences directes de l’autre côté".

Ces balançoires montrent que les moments de convivialité sont aussi des "aspects importants de la vie à la frontière", expliquent les deux professeurs dans un communiqué envoyé à la rédaction des Observateurs de France 24. "C'est extrêmement important au moment où les relations entre habitants des deux côtés sont en train d'être rompues par le mur et par la politique du mur", poursuit le texte. Ils soulignent encore que l'événement a réuni des habitants des deux pays et s'est déroulé en présence de soldats mexicains et d'agents de la police américaine aux frontières.

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Cette initiative s’inscrit dans un contexte extrêmement tendu, marqué par le durcissement des politiques migratoires aux États-Unis. Vendredi 26 juillet, la Cour suprême américaine a par ailleurs donné le feu vert au président américain Donald Trump pour la construction de son mur à la frontière avec le Mexique. Ce mur, l’une de ses promesses phares, est censé endiguer l’immigration clandestine en provenance d’Amérique centrale.

En juin 2019, près de 104 000 migrants ont été arrêtés à la frontière, un chiffre en hausse de 142 % sur un an, selon les données officielles. En mai, ce chiffre avait grimpé à 144 000, dont 57 000 mineurs, contre une moyenne de 20 000 interpellations par mois au début du mandat de Donald Trump.

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