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Alors que les États-Unis continuent de durcir leur politique migratoire, des volontaires s’organisent à Mexico pour aider les personnes récemment expulsées du territoire américain à se réadapter à leur nouvelle vie au Mexique, un pays que certains ont parfois peu connu.

New Comienzos, "Nouveaux Départs", a été fondé en 2015 par Israel Concha, un Mexicain qui a vécu près de 30 ans aux États-Unis avant d’en être expulsé en 2014. Son collectif aide les sans-papiers renvoyés au Mexique à obtenir un travail, des documents officiels - comme des cartes d’électeur - ou même à apprendre l'espagnol.

Israel Concha faisait partie de ce que l’on appelle les "Dreamers", ces jeunes sans-papiers arrivés illégalement sur le territoire américain avant l’âge de 16 ans. Depuis 2012, un programme spécial mis en place par l’administration Obama leur permettaient, à certaines conditions, d’obtenir une régularisation temporaire et ainsi d’échapper à l’expulsion. Le président Donald Trump y a mis fin en 2017.

"Participer à trouver une voie pour d’autres personnes contraintes de revenir"

Lorsqu’il a quitté les États-Unis, Israel Concha se souvient avoir été "déchiré". Aujourd’hui, il souhaite montrer qu’il existe bien des opportunités au Mexique :

J’ai vu à quel point les gens souffrent de ce système d’immigration. Moi, après avoir été expulsé, j’ai cru que ma vie était terminée. C’était un moment très dur. Mais finalement, j’ai réalisé que je pouvais participer à trouver une voie pour d’autres personnes contraintes de revenir.

Nous fournissons une assistance psychologique, des coupons alimentaires et des cours d'espagnol. Nous organisons aussi des événements pour mettre en contact des demandeurs d’emploi avec des entreprises. En plus de cela, chaque jour, nous allons chercher à l’aéroport ou à la gare routière des personnes qui viennent d'arriver et les aidons à rentrer chez elles, ou à trouver un toit. 


Ici, les opportunités sont nombreuses, surtout si vous êtes bilingue. Nous aidons par exemple certaines personnes à obtenir une certification pour devenir professeur d’anglais. À l’heure actuelle, les centres d’appels sont les principaux pourvoyeurs d’emplois pour nous. Mais nous cherchons d’autres opportunités pour les bilingues, notamment dans le secteur des technologiques.

L’administration Trump mène depuis 2017 une campagne acharnée pour réduire l’afflux de migrants à sa frontière avec le Mexique. Le 15 juillet, le gouvernement a annoncé qu’il allait refuser les demandes d’asile déposées à sa frontière sud par les migrants n’ayant pas demandé le statut de réfugié au Mexique ou dans un autre pays sur la route des États-Unis.

De nombreux migrants, dont des enfants, sont également détenus dans des centres surpeuplés et aux conditions d’hygiènes déplorables le long de la frontière.

"Ce n'est pas facile de se faire expulser, et nous, nous pouvons donner à nouveau de l'espoir à ces personnes"

Pour Mauricio Lopez aussi, un ancien "Dreamer" expulsé avec sa mère en 2017, rentrer au Mexique après 20 ans aux États-Unis a été un "choc”. "Je devais m'habituer à la culture, parler couramment l'espagnol et nous avons directement dû trouver un travail", explique-t-il à la rédaction des Observateurs de France 24.

Après avoir travaillé dans un centre d’appels, puis comme professeur d’anglais pour des employés, il a ouvert sa propre école à Mexico, Dream Teach, avec l’aide de New Comienzos :

Les seuls emplois que nous pouvons obtenir sont dans les centres d'appels, et la plupart d'entre nous voulons avoir d’autres opportunités. Je n’avais pas l’argent nécessaire pour ouvrir moi-même une école et New Comienzos m’a aidé à trouver un espace de coworking et m’a accompagné dans mes démarches.



J'ai commencé par animer des ateliers pour aider les gens à apprendre l’anglais. Il y a des personnes dont c’est la langue natale et des personnes qui veulent apprendre et pratiquer. Certains apprennent l'anglais pour avoir de meilleures opportunités sur leur lieu de travail, ou pour avoir la possibilité de travailler dans un autre pays. Pour moi, c’est très facile de nouer des liens avec eux, et aider les autres est toujours gratifiant.


Jesus Garcia Cervera, un Mexicain récemment expulsé et qui travaille maintenant à New Comienzos pour aider les personnes expulsées à trouver un emploi est également de cet avis :
 

Chaque fois que vous êtes en contact avec quelqu’un qui est dans le besoin ou qui cherche un emploi, c’est un sentiment incroyable. Ce n’est pas facile de se faire expulser, et nous, nous pouvons donner à nouveau de l’espoir à ces personnes.

Cet article a été écrit par Jenny Che.