Depuis quelques semaines, tous les matins à 6 h 30, un petit groupe de volontaires américains traverse la frontière et se rend au Mexique, chargé de petits-déjeuners, de vêtements, de lingettes et de craies pour enfants. Ils se sont donné pour mission d’aider les dizaines de migrants venus déposer une demande d’asile auprès de l’administration américaine.

Dans la ville frontalière de Matamoros, au Mexique, des migrants ont installé des tentes sur le parking d’une zone industrielle. Ils attendent là, sur une dalle de béton sans zone ombragée, leur tour pour déposer une demande d’asile, souvent pendant plusieurs semaines.

Des demandeurs d’asile installent des tentes près d’un pied du pont transfrontalier à Matamoros, côté mexicain. (Crédit : Team Brownsville)

Des habitants de la ville texane de Brownsville travaillant pour la municipalité ont commencé à récolter des vivres et du matériel en juillet dernier, pour traverser la frontière et les donner aux demandeurs d’asile et se sont regroupés dans le collectif "Team Brownsville".

"Ne pas laisser les gens traverser librement le pont est inacceptable"

Andrea Rudnik est la cofondatrice de Team Brownsville. Elle s’est mobilisée quand elle a vu des migrants attendre sous le soleil estival, avec des températures pouvant atteindre les 38 degrés celsius.

C’est très éprouvant de devoir rester là, assis au soleil sans eau, sans nourriture et sans autres provisions. Nous avons commencé par apporter des tapis de yoga pour s’asseoir, parce que les blocs de ciments qui entourent le parking deviennent vite brûlants, et par voir quels pouvaient être leurs besoins.

Des volontaires apportent des tapis de yoga et des ombrelles pour les demandeurs d’asile à Matamoros, au Mexique. (Crédit : Team Brownsville).

On fait des pâtes, du riz, de la purée de pommes de terre, des légumes, des hamburgers. On apporte beaucoup d’eau et de lait en poudre pour bébé, et parfois des jouets faits à la main comme des poupées de chiffon. Nous sommes environ 5 ou 6 à traverser la frontière chaque jour, et parfois plus quand des volontaires venus d’autres États nous rejoignent.

Nous entendons ici que 2 000 personnes attendent d’être appelées à Matamoros. Le temps d’attente minimum est de deux mois.

Nous donnons de la nourriture à ceux qui attendent dehors, nous ne voyons pas ceux qui sont dans des refuges plus loin de la frontière. Les personnes qui sont en haut de la liste doivent attendre près du pont, mais de plus en plus de personnes restent là parce qu’elles ont peur de manquer leur tour.

Un plat de riz et de poulet frit à Matamoros, au Mexique. (Crédit : Team Brownsville)

Il n’y a pas d’eau courante, donc les gens utilisent la rivière voisine pour se laver. Nous avons récemment fait appel à une entreprise de toilettes mobiles pour qu’ils puissent les utiliser.

Cette politique de régulation [du flux migratoire, NDLR] et le fait de ne pas laisser les gens traverser librement le pont sont inacceptables. Ils ont voyagé à travers le Mexique et ne savent pas qu’ils devront attendre encore plusieurs mois en arrivant à Matamoros. Ils deviennent vraiment désespérés quand ils apprennent que la traversée de la frontière sur le pont sera également difficile.

Une fois qu’ils sont appelés, les demandeurs d’asile sont placés en détention dans des centres de tri des gardes-frontières, souvent des bâtiments froids surpeuplés, grillagés où on leur donne de fines couvertures en tissu synthétique et un accès très restreint à des installations sanitaires ou à de la nourriture en quantité suffisante.

Ils sont enregistrés et ensuite relâchés avec une convocation à un entretien dans un bureau de l’immigration aux États-Unis.

"Ce sont des pratiques inhumaines"

Les migrants sont déposés par les autorités à la station de bus, où des équipes de volontaires viennent à leur rencontre pour les aider à acheter leur ticket de bus, souvent payé par un ami ou un membre de la famille qui doit les accueillir à leur arrivée aux États-Unis. Les volontaires leur donnent aussi une carte, et parfois un sac à dos contenant un oreiller et une couverture. Depuis mars, le nombre de familles avec enfants déposées ainsi a augmenté, surtout des parents seuls avec de jeunes enfants, précise Andrea Rudnik.

Des volontaires accueillent des demandeurs d’asile à la station de bus de Brownsville, au Texas. (Crédit : Team Brownsville)

Woodson Martin, un membre du conseil d’administration de Team Brownsville, voyage régulièrement depuis la Californie pour aider. Il considère que les conditions de détention des demandeurs d’asile sont "inhumaines ".
 
Nous devons séparer les questions de politique migratoire de celles du traitement humain des personnes détenues. C’est totalement inacceptable que nous torturions des gens qui sont venus chercher la sécurité dans notre pays, peu importe leur nombre ou la raison de leur venue. Bloquer l’accès à la demande d’asile, enfermer des enfants avec ou sans leurs parents dans des cellules très froides et détenir des gens dans des endroits où ils ne peuvent même pas se laver les mains avant de manger, tout cela, ce sont des pratiques inhumaines.

Le groupe affirme recevoir des nouvelles de demandeurs d’asile arrivés dans leurs familles. Andrea Rudnik explique :

Parfois, des personnes nous contactent et nous disent que la procédure de demande d’asile ne se passe pas bien, mais nous n’avons aucun pouvoir juridique, donc nous les redirigeons vers d’autres groupes plus à même de les aider.

Selon les volontaires de Team Brownsville, la majorité des demandeurs d’asile viennent d’Amérique centrale, mais il y a également des Vénézuéliens, des Camerounais et des Guinéens.

En juin, une photo d’un père et de sa fille, noyés dans le fleuve Rio Grande, près de Matamoros, avait largement circulé dans le monde entier et attiré davantage l’attention sur les risques encourus par les migrants le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Article écrit par Jenny Che.