Plus de 100 manchots et autres oiseaux marins englués dans du pétrole sont en train d’être nettoyés à Port Elizabeth, en Afrique du Sud, après une marée noire survenue début juillet.

Plus de 400 litres de pétrole ont été déversés dans la baie d’Algoa le 6 juillet par un navire libérien. Cette zone est l’habitat de la plus grande colonie reproductrice des manchots du Cap, une espèce menacée. L’accident est survenu lors du "soutage" d’un bateau, une technique qui permet de ravitailler en carburant des navires directement en mer, sans qu’ils n’aient besoin d’entrer dans un port.

La Fondation d’Afrique australe pour la conservation des oiseaux de la côte (SANCCOB), une ONG de sauvegarde des oiseaux marins, s’est mobilisée pour les prendre en charge. Elle soigne actuellement 87 manchots du Cap, ainsi que neuf poussins manchots, quatre cormorans du Cap et neuf fous du Cap. Stacey Webb, responsable de l’ONG dans le Cap oriental, a par ailleurs précisé que cinq œufs de manchots ont également été récupérés mais n’ont pas survécu.

"Le pétrole détruit complètement le processus d’imperméabilisation des plumes"

Les corps du premier groupe d’oiseaux étaient recouverts à 90-100 % de pétrole. Pour le dernier groupe, ce chiffre est descendu à 40-50 %.

Quand ils arrivent ici les oiseaux sont souvent en hypothermie et déshydratés. On les réchauffe et on les stabilise avant de commencer le procédé de nettoyage. Le carburant est collant et sec et nous utilisons donc de l’huile de colza pour le diluer et le rendre plus facile à enlever.

"On les lave avec des brosses à dents et du savon"

On les lave en utilisant des brosses à dent et du savon pour ne pas abîmer leurs plumes et, après un second lavage, nous les rinçons. Nous essayons de faire tout cela en vingt minutes parce que c’est stressant pour les oiseaux : ils ont été retirés de leur île et ne veulent pas être touchés par des humains.

On les emmène dans une zone de rééducation pour qu’ils nagent. Ils peuvent sortir quand ils le souhaitent. On commence par des séances de dix minutes de nage trois fois par jour, ensuite nous attendons une semaine et nous passons à des séances de vingt minutes, puis d’une heure.

Le pétrole détruit complètement le processus d’imperméabilisation des plumes. Si nous les relâchions immédiatement, ils se retrouveraient à grelotter dans la baie. Si une zone, même aussi petite qu’une pièce de monnaie, n’est pas imperméable, l’eau s’infiltre dans le duvet et sur tout le corps.

Nous devrions avoir fini de nettoyer tous les oiseaux cette semaine, et nous avons prévu au moins quatre semaines de séances de nage et d’imperméabilisation avant de les relâcher. Nous limitons aussi le contact avec les humains pour qu’ils puissent rejoindre naturellement leur colonie.

"Il y a de meilleurs endroits pour faire du soutage"

Il y a beaucoup de soutage dans cette région. Avant il y avait une marée noire par an, là c’est la première depuis 2016, donc nous avons eu de la chance. Mais il s’agit ici d’une colonie reproductrice et une marée noire aurait pu l’anéantir. Nous avons eu des discussions avec les parties concernées sur la gestion des risques, et c’est très important qu’un plan d’urgence soit mis en place. Il y a beaucoup de soutage, mais il y a de meilleurs endroits pour le faire, autres que juste à côté de la baie.
 

Il y a environ 15 000 manchots du Cap capables de se reproduire dans la baie d’Algoa selon Stacey Webb. L’espèce a été classée comme menacée en 2013 dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La catégorie "menacé" ou "en danger" précède celle de "en danger critique d'extinction".

En 2016, environ 100 oiseaux avaient été soignés après une marée noire dans la baie d’Algoa, qui se trouve sur une voie maritime commerciale internationale très fréquentée. Cette dernière avait développé cette année-là des activités de soutage pour dynamiser l’économie de la région.

Avec l’activité maritime accrue qu’elle entraîne, cette technique a été critiquée par des groupes écologistes et du secteur touristique qui redoutent les risques pris pour la faune sauvage locale.

Article écrit par Jenny Che.