Visage tuméfié, hématomes au bras, sur le dos : dans une vidéo difficilement soutenable, une femme en pleurs raconte à un passant qui la filme comment son mari l’a battue. Tournée dans la commune de Mejjatia Ouled Taleb, située dans la province de Mediouna, au Maroc, et postée le 7 juillet sur Facebook, la vidéo a été visionnée des centaines de milliers de fois.

"Je lui ai dit : pourquoi tu rentres tard ? Il m’a répondu : en quoi ça te regarde ? Et il m’a battue", explique la femme au passant. Puis, elle soulève son foulard et ses manches pour lui montrer ses blessures. Elle relève ensuite son pantalon pour montrer deux imposants hématomes, un à l’arrière de la cuisse et un autre au niveau des côtes.

La femme affirme ensuite qu’elle s’est rendue à la gendarmerie. "On ne m’a même pas laissée entrer" déplore-t-elle. Mon mari m’a aussi pris les enfants", ajoute-t-elle.


La vidéo a été postée également sur cette page où elle recueillait plus de 800 000 vues ce 16 juillet.

Aucun de ces deux internautes ayant posté la vidéo n’a donné suite à nos sollicitations.

Ces images ont provoqué l’indignation de nombreux Marocains, qui ont exhorté les autorités à réagir.

Une "plainte enregistrée"

Interrogée par le journal marocain Tel Quel, la brigade locale de la gendarmerie royale marocaine a déclaré avoir ouvert une enquête. Elle a toutefois affirmé que contrairement à ce qu’affirme la victime, celle-ci a "bel est bien été entendue" et "sa plainte a été enregistrée".

Selon une enquête réalisée par le ministère de la Famille, de la Solidarité, de l'Égalité et du Développement social, publiée en mai 2019, 54,4 % des Marocaines ont affirmé avoir subi une forme de violences au cours de leur vie.

En septembre 2018, le Maroc a adopté une nouvelle loi (103-13) qui punit pour la première fois certaines formes de harcèlement sexuel, et durcit les sanctions contre les époux auteurs de violences conjugales. Cette loi est toutefois critiquée par plusieurs associations de défense des droits des femmes qui estiment qu’elle n’offre pas suffisamment de protection aux victimes.