C’est le nouveau sport en vogue à Marseille, dans le sud de la France : la pêche à la trottinette électrique.
Pour alerter sur cette nouvelle forme de pollution, des Marseillais diffusent sur les réseaux sociaux des photos et des vidéos de grosses prises dont ils se seraient bien passés.


À Marseille, six opérateurs de trottinettes électriques participent actuellement à l’expérimentation lancée par la mairie en janvier, qui prendra fin le 20 août. Par ailleurs, cette dernière a lancé un appel à projets, auquel ont répondu onze sociétés (dont les six déjà sur le terrain) : l'objectif est de retenir seulement trois opérateurs de trottinettes électriques, qui seront les seuls à pouvoir proposer leurs services dans la ville après le 20 août.

Si on retrouve autant de trottinettes dans les eaux de la cité phocéenne, c’est qu'elles sont disponibles en libre-service sans avoir besoin d’être attachées à une borne après utilisation (système dit de "free-floating"). Il est donc plutôt simple de les jeter à l’eau.

"J'ai remonté 32 trottinettes en trois heures !"

Adrien Painchaud, animateur socioculturel et nageur en eau libre, a commencé à repêcher des trottinettes au fond de l’eau début juillet, après les avoir repérées en nageant au niveau de la corniche Kennedy, près de la très fréquentée plage du Prophète. Ses photos ont été partagées plus de 4 000 fois sur Facebook.
 
Ça m’a fait vraiment mal au cœur de voir tout ça, car c’est un très bel endroit. Ici, l’eau est très claire, donc comme les trottinettes sont plutôt flashy, ça saute aux yeux !

Dès que je suis rentré chez moi, j’ai publié un message sur les réseaux sociaux pour demander de l’aide pour les repêcher, et le jour-même, j’y suis retourné avec une corde et un masque. Deux personnes sont venues m’aider, dont un apnéiste qui est allé chercher celles qui étaient dans les endroits les plus profonds. Personnellement, je suis descendu au fond, j’ai attaché les trottinettes avec la corde et je les ai remontées à bout de bras : c’était vraiment lourd, car les trottinettes pèsent près de quinze kilos et elles sont alourdies par l’eau.


Après en avoir remonté 32 en trois heures, nous avons appelé la mairie : elle nous a dit que ce n’était pas de son ressort et qu’il fallait contacter les entreprises de trottinettes. L’une d’elles nous a dit qu’ils n’avaient ni les moyens de les sortir de l’eau, ni le temps de venir récupérer celles que nous avions repêchées.

Alors nous sommes allés les mettre à côté d’une benne à ordures. Elles y sont restées quatre jours. On ne sait pas qui a fini par les chercher.

Deux jours plus tard, j’en ai vu de nouveau dans l’eau : nous en avons alors sorti une quinzaine. Dès que j’en verrai de nouveau sous l’eau, j’y retournerai.

Le nageur n’est pas le seul à repêcher les trottinettes au fond de l’eau à Marseille. C’est également le cas du Youtubeur ChrisDetek, spécialisé dans la pêche à l’aimant : il lance un aimant et un grappin au fond de l’eau pour en ressortir les objets métalliques. Depuis deux mois, ses vidéos le montrant sortir des trottinettes des eaux du Vieux Port cumulent plusieurs millions de vues.

J’ai remonté quasiment 200 trottinettes à moi tout seul, et je vois plein d’autres gens le faire ! Avec mes vidéos, j’essaye d’inciter le plus de monde possible à venir participer à cette "pêche de dépollution". C’est terrible de voir qu’un moyen de transport qui se voudrait plus écolo devienne polluant !

Dans une prochaine vidéo, je vais essayer de plonger avec des bouteilles pour en sortir encore davantage !


Pour remédier à ces problèmes en amont, l’opérateur américain Lime – l'un des six présents dans la ville – assure avoir rendu impossible le verrouillage des trottinettes près de la mer pour "diminuer la probabilité qu’elles soient jetées à l’eau". Des employés de la société - des "médiateurs" - sont aussi chargés de faire de la "sensibilisation aux bonnes pratiques" auprès des Marseillais. En outre, Benjamin Barnathan, chargé de l’arrivée de Lime à Marseille, rappelle que "la récupération dans l’eau doit être faite par des professionnels”, assurant que ses équipes sont "extrêmement investies sur le sujet de la réactivité et de la disponibilité".

Également contacté par notre rédaction, Jean-Luc Ricca, conseiller municipal délégué à la circulation, au stationnement et à l'auto-partage, a indiqué qu'il avait demandé aux opérateurs de trottinettes de prendre des mesures préventives et a posteriori : "Quatre entreprises ont déjà fait en sorte que leurs trottinettes ne puissent plus être laissées dans certaines zones, notamment vers le Vieux Port, Lime a déployé des 'médiateurs' sur le terrain. De plus, plusieurs sociétés ont passé des conventions avec des clubs de plongée ou encore la Société nautique de la corniche pour repêcher les trottinettes."

Il a également déclaré que le problème l'interpellait, mais sans l'inquiéter pour autant : "Nous sommes encore en phase expérimentale, donc il est normal 'd'essuyer les plâtres'. De plus, il existe un flou juridique, puisque nous attendons toujours les décrets d'application de la loi d'orientation et de mobilité (LOM), ce qui nous empêche de prendre certaines mesures pour l'instant."