Observateurs

La rédaction des Observateurs de France 24 a réalisé une émission spéciale pour décrypter le phénomène de défiance et de rumeurs visant les équipes médicales chargées de combattre le virus Ebola au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Après sa diffusion, nous avons reçu de nombreuses questions et remarques sur le vaccin, le mode de transmission du virus ou encore le risque de le voir être utilisé comme une arme biologique. Nous avons répondu à six des messages les plus fréquents. 

L’émission spéciale "Ebola en RDC : une épidémie de rumeurs", diffusée fin juin sur France 24 et sur nos réseaux sociaux, a suscité de nombreuses réactions. De nombreux internautes ont notamment posé des questions concernant des points scientifiques, non abordés dans l’émission, auxquels nous répondons dans un article en deux parties.

1/ Pourquoi cette maladie ne tue pas en Europe ou en Amérique ?
 
La maladie tient son nom de la rivière Ebola, située dans le nord de la République démocratique du Congo, où le virus a été repéré pour la première fois en 1976. Selon le docteur Sylvain Baize, responsable de l'unité de Biologie des infections virales émergentes à l'Institut Pasteur, en France, le "réservoir quasiment confirmé du virus, est une chauve-souris frugivore qui vit au fin fond de la forêt tropicale". Ebola se développe donc principalement en Afrique, car c’est là que le virus trouve son réservoir naturel, c’est à dire sa source.
 
 
Pour l’ONG Médecins sans frontières, la possibilité qu’un patient malade d’Ebola arrive dans un pays européen existe, même si elle est "très faible". En revanche, la "propagation épidémique" est "extrêmement peu probable". Le ministère français des Solidarités et de la Santé assure ainsi que la France "se prépare depuis plusieurs années à la gestion de ce type d'événements sanitaires [comme Ebola] et dispose d'établissements de santé de référence et de laboratoires de très haute sécurité pour y faire face".
 
 
En 2014, lors de la grave épidémie d’Ebola qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest, 13 cas d’Ebola avaient été répertoriés en Europe et aux États-Unis. Une infirmière française contaminée au Libéria avait notamment pu être guérie après avoir été traitée à l’hôpital de Saint-Mandé, près de Paris.
 
Cette maladie ne tue pas en Europe ou en Amérique car elle trouve son origine en Afrique, sans compter que les infrastructures de santé y sont plus développées.

2/ Comment se transmet Ebola ? Est-ce "la faute à la viande de brousse"?
 
Selon les données disponibles, la chauve-souris frugivore est le réservoir naturel du virus. C’est elle qui contamine ensuite d’autres animaux vivant en brousse, comme les chimpanzés, les gorilles, les singes, les antilopes des bois ou encore les porcs-épics. 
 
 
Une fois infectés par Ebola, ces animaux sauvages - qu’ils soient morts ou vivants - peuvent ensuite contaminer les humains, lorsqu’ils sont en contact. Il peut ainsi y avoir contamination lors de la manipulation de la viande de brousse, au moment du dépeçage notamment. La commercialisation de cette viande, qui "voyage" des forêts vers les marchés, favorise également la propagation du virus. En revanche, pour les scientifiques, consommer de la viande de brousse ne comporte pas de risque si elle est bien cuite.
 
 
Le virus se propage ensuite entre les humains par "le sang, des liquides biologiques ou des sécrétions (selles, urine, salive, sperme)". La contamination peut se faire lors de contacts directs ou indirects, via des matériaux contaminés (linge de lit, vêtements...). Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il arrive ainsi que des agents de santé soient infectés en traitant des malades. Le contact direct avec le corps d’une personne morte d’Ebola, notamment lors de rites funéraires, peut également jouer un rôle dans la transmission du virus. 

3/ Ebola est-il un virus fabriqué en laboratoire pour servir d’arme biologique ?

De nombreuses rumeurs évoquent des "laboratoires" où le virus Ebola serait conçu dans le but d’être utilisé comme arme "biologique". Ces rumeurs circulaient déjà en 2014, lors d’une précédente épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Selon les scientifiques, le "réservoir quasiment confirmé du virus" est en fait "une chauve-souris frugivore" (voir réponse 1). Il existe cependant des laboratoires sous haute sécurité où des scientifiques étudient le virus depuis des années, pour mieux le comprendre.
 
 
Selon une enquête du journal Le Monde, les Soviétiques s’intéressaient déjà au virus dans les années 1970 avec l’espoir de l’utiliser comme une arme, sans y parvenir. Toujours selon cette enquête, l’Usamriid, une division de l’armée américaine spécialisée dans les recherches sur les maladies infectieuses, a également mené des recherches sur Ebola, notamment pour savoir comment se prémunir si ce virus était utilisé comme une arme. 
 
 
 
De son côté, l’armée française va ouvir d'ici à fin 2019 un laboratoire de recherche de haute sécurité, en région parisienne, pour se préparer à la menace de virus émergents comme Ebola. Selon Le Monde, les militaires français ne croient pas vraiment à l’utilisation du virus par des armées, mais ils s’inquiètent de ce que des terroristes pourraient en faire. 
 
Sylvain Baize, responsable de l'unité de Biologie des infections virales émergentes à l'Institut Pasteur, estime cependant que le risque est peu élevé : 
 
Qu’un terroriste utilise Ebola comme une arme chimique, c’est possible, mais peu probable. La personne devrait se contaminer elle-même avant de contaminer les autres. Je ne vois pas l’intérêt pour les miliciens du Nord-Kivu d’utiliser Ebola. Une kalachnikov, c’est plus efficace, et ils savent mieux s’en servir.
 
Pour Sylvain Baize, d’autres maladies, plus contagieuses qu’Ebola - se transmettant par exemple par les airs - sont plus susceptibles d’être utilisées comme des armes
 
 
Retrouvez ci-dessous notre émission spéciale
"Ebola en RDC : une épidémie de rumeurs” : 
 
 
Cet article a été écrit par Maëva Poulet (@maevaplt) et Liselotte Mas (@liselottemas).
 
Article écrit en collaboration avec
Maëva Poulet

Maëva Poulet