Dans la capitale économique ivoirienne, les cimetières sont depuis plusieurs années laissés à l’abandon. Certaines tombes sont cassées, d’autres sont recouvertes par les déchets ou les broussailles. En mars 2018, notre Observateur Hamadou Sawadogo dénonçait l’inaction du gouvernement face à la dégradation de ces lieux de sépultures d’Abidjan. Un an plus tard, il déplore que rien n’ait changé. 

Il y a un peu plus d’un an, il alertait déjà notre rédaction - sur notre site et dans notre émission - sur l’état des cimetières d’Abidjan. Avec de nouvelles photos à l’appui, Hamadou Swadogo témoigne à nouveau, avec pour exemple le cimetière municipal d’Abobo. 

La route d'accès au cimetière d'Abobo le 3 juillet 2019. Photos : Hamadou Sawadogo.
 
L’accès au cimetière, dépourvu de clôture, est rendu difficile : la route en terre est boueuse, parfois creusée par l’eau. À l’intérieur, des branchages et des mauvaises herbes entourent les tombes et d’anciennes plaques funéraires sont entassées au sol. 

Des branchages et mauvaises herbes entre les tombes dans le cimetière d'Abobo le 3 juillet 2019. Photos : Hamadou Sawadogo.

"Au bout de cinq ans à peine, un corps est remplacé par un autre"

Ces cimetières dépendent du ministère de l’Environnement et du Développement durable, qui a en charge leur gestion et leur entretien. Mais selon Hamadou Swadogo, ce travail n’est pas fait :
 
Normalement, 198 agents de la Direction l’environnement et du développement durable sont censés participer à la gestion des cimetières. Mais si c’était le cas, on n’en serait pas là ! Le district d’Abidjan a annoncé la fermeture [pour rénovation] de trois cimetières, ceux de Williamsville, Youpougon et Abobo. Mais seul le premier a fermé au public le temps des travaux. Or, même comme ça, des enterrements clandestins continuent dans le cimetière de Williamsville. Ces enterrements illégaux sont organisés par des familles qui n’ont pas les moyens de payer une concession.

Dans les deux autres, tout est complet, les anciennes plaques sont arrachées, les corps sont enterrés les uns sur les autres. Au bout de cinq ans à peine, un corps est remplacé par un autre. Les routes d’accès sont impraticables et il n’y a pas de clôture. Du coup, des gens s’y introduisent soit pour voler des choses, comme les habits des défunts, soit pour procéder à des enterrements clandestins. Depuis 2018, je n’ai vu aucun changement. Il y a toujours des broussailles, des déchets qui traînent. Il y a des serpents, divers animaux.


Des plaques funéraires retirées de certaines tombes dans le cimetière d'Abobo le 3 juillet 2019. Photos : Hamadou Sawadogo.

Depuis 2013, Hamadou Sawadogo s’est donné pour mission de nettoyer et sécuriser les cimetières d’Abidjan avec son ONG, Hamed Plus. Tous les trois mois environ, il mobilise une équipe de bénévoles pour débroussailler, ramasser les ordures, ou même construire de nouvelles enceintes de protection. Une démarche selon lui nécessaire face à l’état des cimetières, devenus des terrains laissés pour compte :
 
Dans le cimetière de Williamsville, des bénévoles de mon ONG et moi-même avons installé un mur de protection avec des briques en mars dernier. Maintenant, nous sommes presque 200 bénévoles à être investi dans ce projet.

Ce sujet me touche beaucoup, je me demande souvent : "Où est le respect de nos morts ?". Ce sont ceux qui ont construit ce pays qui sont enterrés dans ces cimetières, les autorités doivent réagir ! J’alerte sans cesse, mais rien ne change.
 
L'ONG Hamed Plus installe un mur d'enceinte dans le cimetière de Williamsville le 10 février 2019. Photos : Hamadou Sawadogo.
 
Fin mai, le gouvernement du district autonome d'Abidjan a annoncé dans une note la fermeture du cimetière de Williamsville, saturé, à partir du mois de juin, "en vue d’y effectuer d’importants travaux de réhabilitation et de mise à niveau". Des travaux de réhabilitation sont également prévus dans les cimetières de Koumassi et de Port-Boüet. Le gouverneur a par ailleurs annoncé l’acquisition d’un terrain de 100 hectares à Adiopodoumé, en banlieue ouest d’Abidjan, pour la construction d'un nouveau cimetière, censé désengorger ceux d’Abidjan.