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Une Africaine violemment assassinée après une "mauvaise rencontre" ? C’est faux !

Une vidéo ultra-violente montrerait selon un message WhatsApp l'assassinat d'une femme africaine ayant fait "une mauvaise rencontre". Ceci est faux, voilà pourquoi.
Une vidéo ultra-violente montrerait selon un message WhatsApp l'assassinat d'une femme africaine ayant fait "une mauvaise rencontre". Ceci est faux, voilà pourquoi.
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Un message WhatsApp alarmiste affirme montrer une mésaventure qui serait arrivée à une jeune femme africaine victime de trafic d’organes. La publication est associée à une vidéo extrêmement violente montrant une jeune femme noire être poignardée à plusieurs reprises. Attention, car la vidéo n’a absolument rien à voir avec les allégations de ce message.

ATTENTION, CERTAINES IMAGES CI-DESSOUS PEUVENT CHOQUER.

Plusieurs lecteurs des Observateurs de France 24, notamment au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Bénin, nous ont alertés sur un message WhatsApp qu’ils ont reçu à la fin du mois de juin.

Le message est visible ci-dessous, et affirme :

Une de nos soeurs africaines a fait une mauvaise rencontre sur les réseaux sociaux, d'une agence indienne basée en Afrique […] Ils sont en train de recruter nos soeurs et frères Africains pour le voyage, en leur proposant un bon salaire et le travail à l'étranger. […] À votre arrivée dans le pays hôte, vous serez ramenés dans un endroit secret pour le prélèvement des différents organes du corps humains.

Le message est accompagné d’une vidéo ultra-violente montrant une jeune femme à la peau noire être poignardée à plusieurs reprises dans le dos. Nous postons simplement des captures d’écran du message WhatsApp ci-dessous.

Comment retrouver l’origine de cette vidéo ?

Il faut procéder en deux temps pour retrouver l’origine de cette vidéo et de s’assurer de son contexte réel : nous avons utilisé l’outil InVid permettant de faire des recherches de vidéo en obtenant des captures d’écran automatiques. Une recherche d’une de ces captures d’écran sur le moteur russe Yandex renvoie vers des sites pornographiques et de vidéos violentes, dont un site indonésien.

Sur ce site indonésien, on retrouve la vidéo très violente, mais aussi autre photo de trois femmes masquées. Le site explique qu’elles seraient les auteurs de l’assassinat.

A partir de cette autre photo de femmes masquées, une deuxième recherche d’image inversée permet d’en savoir davantage sur le contexte : le site brésilien Folha de Boavista explique le 15 décembre 2017 que les trois femmes appartenant au gang Primeiro Comando da Capital (PCC) étaient recherchées pour le meurtre de deux autres jeunes femmes dans un règlement de compte entre gangs de la ville de Boa Vista.

Une nouvelle recherche de la même photo, mais cette fois en modifiant les paramètres de langue de Google permet de confirmer cette version : la photo recherchée en portugais, langue du Brésil, renvoie vers de nouveaux sites confirmant cette version.

La vidéo présente dans la publication WhatsApp montre en réalité l’exécution Áreli Dayane Cardoso de Oliveira tuée d’une cinquantaine de coups de couteaux le 12 décembre 2017. Il ne s’agit donc en aucun cas d’une vidéo récente montrant une jeune femme africaine victime d’un trafic d’organe.

Une vidéo qui a aussi circulé au Tchad et en Afrique du Sud

C’est n’est pas la première fois que cette vidéo circule avec une légende erronée ces dernières semaines.

Au milieu du mois de juin, la même vidéo avait déjà circulé au Tchad. Cet article affirmait notamment que "la vidéo a été envoyée par des Tchadiennes travaillant comme domestique au Koweït", doublant cette affirmation de messages audio en arabe tchadien où des filles affirmaient avoir reconnu la jeune femme assassinée.  

La page renvoyant vers un site tchadien diffusant la vidéo a été archivée par France 24 ici sans la vidéo. Attention, le contenu reste sensible.

 

A la fin du mois de mai, la même vidéo avait circulé en Afrique du Sud affirmant montrer la mort de Naledi Lethoba, une étudiante sud-africaine de 21 ans retrouvée morte et mutilée dans des circonstances sordides.

Sur ce tweet, une sud-africaine explique que la vidéo n'a rien à voir avec le meutre de Naledi Lethoba. France 24 a flouté le contenu sensible. Tweet disponible ici, attention, l'image peut choquer.

L’utilisation de vidéos ultra-violentes pour illustrer des cas d’enlèvements de femmes africaines dans les pays du Golfe est une technique régulièrement utilisée par les diffuseurs de fausses informations : en mars 2017, la vidéo de torture d’une jeune femme présentait la femme comme une Africaine victime de "Chinois", "Arabes" ou "Indiens" en Arabie Saoudite.

Cet article a été rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron)