SOUDAN

Attention, aucune de ces images virales ne montre le récent massacre de manifestants au Darfour

Ces images ont été présentées à tort, sur les réseaux sociaux, comme présentant l'attaque menée lundi 10 juin par les Janjawid contre un village au Darfour.
Ces images ont été présentées à tort, sur les réseaux sociaux, comme présentant l'attaque menée lundi 10 juin par les Janjawid contre un village au Darfour.

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Selon le Comité central des médecins soudanais, 11 civils ont été tués lundi 10 juin dans un village du Darfour (ouest) par les Forces de soutien rapide (RSF), alors qu’ils participaient à un sit-in dans le cadre de la désobéissance civile menée par le mouvement de contestation à travers le Soudan. À notre connaissance, aucune image de cette tuerie n’a pour le moment filtré sur les réseaux sociaux. Cependant, plusieurs vidéos et photos montrant des villages brûlés et des cadavres enveloppés dans des linceuls circulent massivement sur les réseaux sociaux, où elles sont présentées comme celles de l’attaque. En réalité, ces images ont été prises bien avant le 10 juin.

Selon un communiqué du Comité central des médecins soudanais, proche de la contestation, le 11 juin, les Forces de soutien rapide (RSF) – unités paramilitaires composées d’ex-miliciens janjawid – ont tiré à vue sur des manifestants sur la place du marché du village d'al-Dalij.  

Nous ne sommes pas parvenus à obtenir des images de l’attaque, ni à joindre des témoins sur place, le Conseil de transition militaire qui dirige le Soudan ayant coupé l’Internet dans tout le pays depuis la dispersion sanglante d’un sit-in devant le QG de l’armée à Khartoum, le 3 juin dernier.

Mais cette vidéo a été relayée par de nombreux internautes sur Facebook et Twitter depuis le 10 juin. Elle est présentée comme montrant les habitants d’al-Dalij en train quitter leur village alors que leurs maisons ont été incendiées par les Janjawid.

 

      1.Une vidéo antérieure

Ici, par exemple, la vidéo a été retweetée plus de 900 fois. "Malgré le black-out [médiatique], j’ai réussi à obtenir des vidéos du massacre d’al-Dalij au Darfour. Pillages, incendies, viols, jusqu’à quand l’armée va continuer ainsi (…)", peut-on lire sur ce post. 

Une recherche d’image inversée avec l’outil InVid (cliquez ici pour savoir comment procéder) permet de retrouver cette même vidéo publiée… le 26 mai 2019, soit plus de deux semaines avant la tuerie d’al-Dalij.

Nous ne sommes cependant pas en mesure d’affirmer ce que montre cette vidéo, ni où elle a été tournée. Mais sa viralité nous conduit à préciser ici qu’à minima, elle ne correspond pas à l’attaque d’al-Dalij.

 

      2.Un incendie dans un autre village...

Cette photo qui montre les traces d’un incendie a elle aussi été présentée comme une image de l’attaque du 10 juin, sur les réseaux sociaux. 

Traduction : "Les Janjawid (RSF) ont mené une attaque sans merci contre al-Dalij, une zone du Darfour, hier (dimanche 9 juin). On parle de 9 morts et de plus de 120 blessés."

Sauf qu’en menant une recherche d’image inversée, toujours sur InVid, nous avons retrouvé la même photo – en plan serré – illustrant un article publié le 19 mars et qui évoque un incendie ayant ravagé plus de 200 maisons dans le village d'Um Dukhun, au Darfour (capture d'écran ci-dessous). 

      3. Un reportage ancien

Ce reportage vidéo est en outre relayé par de nombreux internautes depuis le 10 juin. Ces images peuvent laisser croire qu’il s’agit de l’attaque menée ce jour-là par les Janjawid contre le village d'al-Dalij.

Or, ce reportage a été publié en avril 2018, donc bien avant les récentes exactions au Darfour, comme on peut le voir sur la publication ci-dessous.

En avril 2018, en effet, les Janjawid avait mené des attaques contre des camps de réfugiés dans cette région, tant plusieurs civils et brûlant leurs maisons.

Dans un communiqué publié mardi 11 juin, Amnesty International affirme détenir plusieurs éléments, dont des images satellite, qui prouvent que les Forces d’appui rapide (RSF) continuent à perpétrer des crimes de guerre au Darfour. "Au cours de l’année écoulée, elles ont ainsi détruit, totalement ou partiellement, au moins 45 villages, commis des homicides illégaux et infligé des violences sexuelles", ajoute l’ONG.