Une vidéo amateur tournée pendant les manifestations à Hong Kong, mercredi 12 juin, est devenue virale dans l’ancienne colonie britannique. On y voit un photographe s’opposer verbalement à la police en train de tirer des gaz lacrymogènes en direction des journalistes. Un geste jugé "courageux" par de nombreux hongkongais, qui ont fait du photographe un héros local.

La scène s’est déroulée sur l’artère Harcourt road. Elle a été filmée par l’utilisateur de Twitter, @HongKongHermit. On y voit la police disperser un des cortèges de manifestants qui s’opposent à un projet de loi visant à permettre les extraditions vers plusieurs pays voisins, dont la Chine. Des rassemblements monstres dénoncent depuis le 9 juin une loi dangereuse pour les droits humains et qui pourrait remettre en question la souveraineté juridique de Hong Kong vis-à-vis du voisin chinois.

Alors que la police lance des gaz lacrymogènes, on entend un homme s’écrier : "Presse ! Vous tirez sur la presse !" La caméra se rapproche de lui et montre un homme faisant face à des policiers en contre-bas d’un pont. Il les accuse d’avoir tiré sur des journalistes. Un policier fait alors mine de pointer son fusil vers lui et le photographe le défie alors : "Do it !" - "Fais-le !" Les policiers reculent finalement, et le journaliste les provoque : "C’est toujours Hong Kong ici. Pas la Chine, pas encore !"

Quarante-huit heures après sa publication, la vidéo a été vue plus de 500 000 fois sur Twitter et partagée plus de 8 000 fois. De nombreux commentaires ont loué l’attitude courageuse de ce photojournaliste, le qualifiant de "guerrier" ou de "héros".
 

"J'ai voulu protéger des confrères hongkongais visés par la police"

Notre rédaction a retrouvé ce photographe. Il a demandé à rester anonyme, ne souhaitant pas davantage attirer l’attention sur lui, mais ne regrette absolument rien.

Toute la matinée, la couverture des manifestations a été très tendue. Les policiers étaient hostiles, verbalement agressifs, et essayaient régulièrement de nous intimider.

La scène s’est déroulée en fin d’après-midi, lorsque la police a commencé à tirer des gaz lacrymogènes sur la foule. J’étais en train de les filmer au-dessus du pont, c’est alors que j’ai vu qu’ils étaient en train de tirer sur des journalistes hongkongais qui étaient en contrebas.

Le tir de gaz lacrymogène est arrivé à moins d’un mètre des journalistes, c’était très dangereux. J’ai senti que ça allait mal tourner, et j’ai commencé à crier pour détourner leur attention, et qu’ils laissent tranquille ces hommes qui faisaient leur travail.

"Certains policiers ont la main beaucoup plus dure avec les journalistes hongkongais qu'avec les journalistes européens"

À ce moment-là, c’était vraiment spontané. C’est alors que j’ai vu un des policiers recharger son arme et la pointer vers moi. Instinctivement, j’ai pensé à une intimidation de plus, et je l’ai donc provoqué, pour lui montrer qu’on ne tire pas sur les journalistes dans un État démocratique comme Hong Kong. Il a dû avoir peur des nombreuses caméras qu’il y avait, et il n’est pas allé au bout de son geste.

À aucun moment, je n’ai pas pensé que ça pourrait être risqué pour moi. J’ai simplement voulu protéger des confrères hongkongais, car il faut bien le dire : certains policiers, notamment la brigade anti-émeutes, ont la main beaucoup plus dure avec les journalistes hongkongais qu’avec les journalistes européens. Ils n’hésitent pas à les taper et les gazer, et sont plus conciliants avec nous.


Le photographe se moque des policiers en leur disant qu'ils sont "de bons Chinois", en référence au fait que la Chine tente d'étendre son emprise sur Hong Kong.
 

"On m'a appris que j'étais dans le journal à Taïwan !"

Je n’ai réalisé que le lendemain matin que la vidéo était devenue virale : une personne m’a abordée dans la rue en me disant : "Hé, mais je vous ai vu dans une vidéo !" D’autres me regardaient bizarrement dans la rue, certains ont voulu prendre une photo avec moi. Ils me félicitaient me disant que j’avais eu du courage de tenir tête ainsi à la police. On m’a même appris que j’étais dans le journal à Taïwan !

Le fait que je sois européen a beaucoup été commenté : certains disaient même que j’étais Français [ce qui n’est pas le cas, NDLR] et qu’il fallait que je retourne en France pour m’occuper de couvrir les manifestations des Gilets jaunes. Mais la majorité des commentaires sur les réseaux sociaux me remercient d’avoir eu le courage de dire ce que je pensais et d’avoir tenu tête à la police.

Globalement, malgré cet épisode, j’ai pu faire mon travail de journaliste correctement lors de ces manifestations et n’ai pas eu le sentiment que la police nous empêchait de travailler.

Le projet de loi permettant les extraditions doit être soumis au vote la semaine prochaine, selon le chef du Conseil législatif.

Les principaux organisateurs des manifestations de Hong Kong ont appelé à un nouveau rassemblement d’ampleur dimanche 16 juin, ainsi qu'à la grève générale lundi 17 juin.


Article rédigé par Alexandre Capron (@alexcapron)