Une nouvelle vidéo, publiée fin mai, de deux supposés "begpackers", ces touristes occidentaux qui mendient pour financer leurs voyages en Asie, a suscité la polémique à Singapour. Comme dans plusieurs pays d’Asie où ce phénomène existe, leur comportement est jugé indécent.

L’homme et la femme, vêtus de t-shirts et shorts imprimés assortis, jouent du ukulélé et de la guitare tout en chantant le morceau "Twist and Shout" des Isley Brothers, le tout sous les applaudissements de quelques voyageurs présents dans la rame. Sur Twitter, l’internaute ayant partagé la vidéo les remercie de lui avoir permis de "bien commencé [sa] journée".

Mais les réactions qu’a suscité la vidéo, qui a massivement circulé, atteignant jeudi 6 juin près de 500 000 vues, sont souvent très négatives.

Beaucoup se plaignent des “begpackers”, ces riches touristes occidentaux, souvent blancs, qui donnent de petits spectacles ou vendent des babioles dans la rue pour financer leur voyage dans les pays asiatiques, où le salaire moyen est souvent bien inférieur à ceux de leur pays d’origine.

"Ce sont les begpakers inutiles qui viennent en Asie et demandent de l'argent pour voyager, comme d'autres ici je prefèrerais un voyage plus calme", commente cet internaute sous la vidéo. 


"S'il vous plaît faites quelque chose pour freiner ces agacants begpackers", poursuit celui-ci. 


"Ne les aidez pas. Donnez votre argent à d'autres (qui sont vraiment dans le besoin), pas pour qu'ils financent leurs vacances". 

S’il n’est pas possible d’affirmer que les deux personnes sur la vidéo sont des "begpackers", selon le site d’information local Mothership, ils avaient déjà été vus en train de jouer et de demander de l’argent sur la même ligne de métro. Ils avaient alors expliqué qu’ils utilisaient cet argent pour financer des spectacles à travers le monde.

Ces réactions négatives et l’importante circulation de la vidéo viennent souligner le ressentiment de nombreux habitants d’Asie du Sud- Est à l’égard des "begpackers". Certains internautes ont ainsi souligné l’ironie de voir des Occidentaux demander de l’aide aux locaux, alors que ces derniers doivent souvent fournir des documents bancaires attestant de leur solvabilité pour obtenir un visa touristique vers les pays occidentaux.

"Ils font toujours ça en Asie, alors que nous devons montrer nos extraits bancaires pour nos voyages. Tellement ironique". 


"C'est ironique de voir que, nous, nous devons déclarer combien d'argent nous emmenons avec nous pour que ce genre de chose n'arrive pas. Mais est ce que notre pays fait ça aussi ? Est ce qu'on s'attendait à ce qu'ils apportent beaucoup d'argent ?". 

D’autres les ont critiqués pour avoir joué dans le métro, estimant que la performance était pénible pour les voyageurs, qui pourraient préférer un trajet calme et silencieux.

"Je préfèrerais un moment calme dans le train en fait, parce que je veux dormir". 


"Dérangeant et je ne me sentirais pas à l'aise. S'il vous plaît, respectez les autres passagers !"
 

À Singapour, il faut une autorisation pour jouer dans le métro

Jouer dans les métros est illégal à Singapour. Ceux qui souhaiteraient le faire doivent passer une audition pour obtenir une autorisation et doivent se produire selon une liste d’une centaine de lieux pré-désignés. En 2015, les autorités locales ont lancé un projet pilote qui permettait aux musiciens de jouer dans une dizaine de stations de métro à travers l’île.

Les "begbackers" ont été largement critiqués pour leurs tentatives indélicates de se faire de l’argent en mendiant auprès des habitants des pays qu’ils visitent quand ils sont à court de fonds pour leur prochaine étape ou pour acheter leur billet de retour. Certains vendent des cartes postales, jouent de la guitare et donnent même un bébé en spectacle en Malaisie, à Hong Kong, en Thaïlande ou à Singapour.

Singapour se classe parmi les villes les plus chères au monde, mais le salaire annuel médian d’un résident est d’environ 50 000 dollars singapouriens, soit 33 000 euros.

Cet article a été écrit par Jenny Che.