Une vingtaine de mineurs migrants non accompagnés, âgés de 14 à 17 ans, ont été accueillis durant 11 jours, à la fin du mois de mai, au sein du centre culturel "Mains d'Œuvres" à Saint-Ouen, au nord de Paris. Ces jeunes ont cuisiné et échangé avec les personnes à l’origine de ce projet, et surtout bénéficié d’un toit.

Les mineurs non accompagnés sont des jeunes de moins de 18 ans, qui ne sont accompagnés ni de leur mère, ni de leur père, ni d’aucun adulte mandaté pour les représenter. Faute de papiers, beaucoup d’entre eux ne sont pas en mesure de prouver leur âge et ne bénéficient donc pas toujours d’un accompagnement adéquat.

C’est le photographe Yvan Loiseau qui a eu l’idée d’accueillir certains de ces mineurs au sein du centre culturel "Mains d'Œuvres" de Saint-Ouen, en concertation avec Agathe Nadimi, la fondatrice des "Midis du Mie", un collectif qui fournit des repas et un soutien aux mineurs isolés étrangers à Paris. Parmi eux, certains viennent du Sénégal, de  Somalie, de Guinée ou encore d’Angola.

Du couscous pour le dîner. Crédit : Agathe Nadimi.
 

Yvan Loiseau revient sur cette expérience :

Nous avons cuisiné ensemble, ce qui permet de faire connaissance différemment. Pour cela, nous avons utilisé des produits récupérés au marché de Saint-Ouen. Ils m’ont montré comment faire du couscous avec des raisins, des plats en sauce à base de légumes que je ne connaissais pas… Un soir, nous avons préparé des asperges : ils n’en avaient jamais mangé avant. Nous avons également cuisiné du saumon frais, un poisson qu’ils mangent très rarement. Et nous avons aussi préparé des smoothies, des purées de carottes à l’orange et au cumin, des galettes de sarrasin…

Crédit : Agathe Nadimi.

Les échanges que l’on peut avoir autour d’un repas peuvent paraître anodins, mais ils deviennent très vite intéressants quand on parle de nos familles, de l’endroit où on a grandi… Parfois, on peut avoir des préjugés à l’égard de ces jeunes, mais en parlant avec eux, on comprend mieux qui ils sont, d’où ils viennent… Et nous avons également joué au ping-pong, au foot… 

Chaque soir, des membres du collectif "Les Midis du Mie" et du centre culturel sont restés sur place, de même qu’un agent de sécurité. Ils leur ont fourni des serviettes et des cartes SIM. Des tapis et couettes ont également été placés sur le sol, pour fabriquer des lits de fortune.

Crédit : Agathe Nadimi

Crédit : Agathe Nadimi

Des lits de fortune ont été installés dans le centre culturel. Crédit : Agathe Nadimi.

Nicolas Bigards, le directeur de "Mains d'Œuvres", indique que plusieurs familles avaient déjà été accueillies dans le centre durant 18 mois, mais que c’était la première fois qu’une demande similaire émanait d’un photographe. Il estime que le fait d’accueillir ces jeunes étaient un "simple geste d’humanité", une "parenthèse" pour eux.

Crédit : Agathe Nadimi

Crédit : Agathe Nadimi

Crédit : Agathe Nadimi

Dans l’attente d’une décision concernant leurs cas

Le nombre de mineurs non accompagnés a triplé en France en deux ans : 40 000 d’entre eux étaient pris en charge fin 2018. En dépit des controverses, le Conseil constitutionnel a validé l’utilisation des tests osseux pour évaluer leur âge, au mois de mars.

Agathe Nadimi, du collectif des "Midis du Mie", raconte qu’une grande partie des jeunes restés au centre "Mains d'Œuvres" ont vu leur demande de reconnaissance de minorité rejetée ou qu’ils sont en attente d’une décision concernant leur cas, tandis que d’autres attendent des dates d’audience.

Ces jeunes ne sont pas pris en charge comme ils devraient l’être. Quand nous étions avec eux, ils s’organisaient pour prendre la douche, pour voir qui allait dormir à côté de qui, pour avoir la meilleure couette le soir, ils se chatouillaient… Pour moi, il n’y a aucun doute possible sur leur âge. Cela serait bien que les gens qui évaluent leurs cas le fassent dans un cadre décalé.


Yvan Loiseau et elle aimeraient désormais réitérer l’expérience dans un centre de Saint-Denis en septembre.

Cet article a été écrit par Jenny Che.