Des citoyens américains, fervents supporters de Trump, ont commencé à construire un mur à Sunland Park, une petite ville située dans l’État du Nouveau-Mexique, après avoir réussi à lever des millions de dollars grâce à une campagne de crowdfunding. C’est la première fois qu’un tel mur est érigé grâce à des fonds privés aux États-Unis.

L’homme à l’origine de ce projet s’appelle Brian Kolfage, un vétéran de la guerre en Irak, où il a perdu ses deux jambes et un bras en 2004.

Le 16 décembre 2018, il a lancé une campagne de crowdfunding sur le site GoFundMe.com, afin de lever un milliard de dollars pour construire un mur à la frontière avec le Mexique, supposé aider à lutter contre l’immigration clandestine. Sur le site, on peut notamment lire : "Si vous en avez assez de regarder les politiques des deux partis bloquer les projets du président Trump, consistant à construire un mur à notre frontière, alors vous êtes au bon endroit." Depuis cette date, il est parvenu à récolter plus de 23 millions de dollars, auprès de plus de 275 000 personnes.

Capture d'écran du site GoFundMe.com.
 

Dans la foulée, Brian Kolfage a également créé l’organisation à but non-lucratif "We build the wall" ("Nous construisons le mur").

 

Un mur érigé en quelques jours

Le 27 mai, Brian Kolfage a annoncé en grande pompe sur les réseaux sociaux avoir réussi à construire un pan de mur grâce à l’argent récolté en ligne – une première dans le pays – images à l’appui. Dans une vidéo de 58 secondes tournée avec des drones, on peut ainsi voir des camions amener des matériaux sur un site, puis des machines ériger le mur, avec une musique de film d’action en fond sonore.

"NOUS L’AVONS FAIT ! Le premier mur financé grâce à des fonds privés est presque terminé !"

"Le mur des gens est dévoilé ! Le premier tronçon est presque terminé !"
 

Ce pan de mur de plusieurs centaines de mètres de long a été construit à Sunland Park, dans l’État du Nouveau-Mexique, en quelques jours seulement. C’est également à cet endroit qu’une milice "anti-migrants" – les "Patriotes constitutionnels unis" – s’était fait remarquer à la mi-avril, après avoir arrêté au moins 200 personnes à la frontière, en pleine nuit. Les liens entre cette milice et l’équipe "We build the wall" restent toutefois opaques.

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L’un des membres de l’équipe "We build the wall", Kris Kobach, ex-secrétaire d’État du Kansas et proche de Donald Trump, a déclaré à CNN que les travaux avaient coûté 6 à 8 millions de dollars et qu’ils avaient été réalisés par Fisher Industries, une entreprise basée dans le Dakota du Nord. D’après son équipe, ces travaux ont coûté "moins cher" que s’ils avaient été réalisés par le gouvernement.

De son côté, Jeff Allen, un autre soutien de Donald Trump, a indiqué à CNN qu’il co-possédait le terrain sur lequel le mur avait été construit.
 

Des travaux bloqués, puis autorisés par la ville

Le 28 mai, le maire de Sunland Park a toutefois ordonné l’arrêt des travaux, affirmant qu’aucun permis de construction ne leur avait été délivré, et que la barrière érigée était plus haute que la hauteur maximale autorisée par la ville. Mais le lendemain, les autorités ont finalement autorisé la reprise des travaux.

Vidéo des travaux diffusée en direct sur Facebook par Brian Kolfage, le 31 mai.
 

Kris Kobach a déclaré qu’ils espéraient terminer la construction de ce pan de mur samedi 1er juin. L’équipe "We build the wall" a également fait savoir qu’elle souhaitait continuer à construire des tronçons de mur à différents endroits, notamment au Texas et en Californie.

 

Un "non-sens" pour la gouverneure du Nouveau-Mexique

L’actuelle gouverneure du Nouveau-Mexique, la démocrate Michelle Lujan Grisham, a déclaré que ce projet était un "non-sens", estimant qu’il ne servirait à rien dans la lutte contre le trafic de drogues et d’êtres humains.

Contacté par notre rédaction, Peter Simonson, le directeur exécutif de l’Union américaine pour les libertés civiles dans l’État du Nouveau-Mexique, a déclaré :

Un mur à la frontière, qu’il soit construit par le gouvernement ou un groupe privé, ne sera jamais rien de plus qu’un monument de haine et de paranoïa. Les localités à la frontière sont parmi les plus sûres du pays, elles n’ont pas besoin que des organisations privées extérieures viennent salir leur image, avec des murs destinés à faire avancer leur agenda nationaliste.


Notre rédaction a envoyé plusieurs questions à l’équipe de Brian Kolfage, mais n’a obtenu aucune réponse jusqu’à présent.
 

Un tiers de la frontière déjà clôturée

Il existe déjà de nombreux pans de murs à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, tous construits à l’initiative de différents présidents américains. Un premier grillage a ainsi été érigé en 1990, puis une autre barrière de 14 km a été construite six ans plus tard. En 2006, d’importants travaux ont débuté, visant à construire une barrière de 700 km de long. Mis bout à bout, ces différents pans de mur occupent actuellement plus de 1 000 km, soit environ un tiers de la frontière.
 

Continuer la construction du mur : l’une des promesses-phares de Donald Trump

Donald Trump avais promis de continuer la construction du mur durant la campagne présidentielle. Il avait d’abord déclaré que c’était le Mexique qui allait en financer la construction, avant de faire marche arrière sur ce point.

Depuis son élection, il tente donc d’obtenir des financements auprès du Congrès, pour commencer les travaux, mais il n’y est pas parvenu jusqu’à présent. Au mois de mars, le Pentagone avait annoncé avoir débloqué un milliard de dollars pour construire une section du mur, mais un juge fédéral a bloqué cette décision il y a quelques jours.
 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).