Ce sont deux minutes qui pourraient lui coûter cher : la chanteuse amatrice iranienne Negar Moazzam a publié sur son compte Instagram le 17 mai une vidéo dans laquelle on la voit chanter seule devant une petite audience dans le village touristique d’Abyaneh, à 320 kilomètres au sud de Téhéran. Or, chanter seule et en public est interdit aux Iraniennes.

Nagar Moazzam entonne une vielle chanson pop iranienne dans cette vidéo qu’elle a fini par supprimer de son compte Instagram. Une poignée de touristes semble apprécier la performance.

La vidéo a été très partagée sur les réseaux sociaux, mais les autorités ne l’ont visiblement pas autant aimé que leurs concitoyens. Rohollah Amini, l’imam de la prière du vendredi de Natanz (à 40 kilomètres d’Abyaneh) a ainsi estimé, dans une interview à Tasnim News, média proche des Gardiens de la Révolution,  qu’il était du "devoir vor de la police et du système judicaire de punir sévèrement ce genre de comportement sacrilège". Les imams de la prière du vendredi sont des autorités religieuses locales, directement nommés par le Guide suprême Ali Khamenei. Leur pouvoir est important et leurs vues en général très conservatrices.   

Le gouverneur de la province de Natanz a pour sa part déclaré, dans une interview le 21 mai à la télévision publique iranienne, que "deux personnes en relation avec cette vidéo ont été convoquées au tribunal, et si elles ne se rendent pas à la convocation, nous émettrons un mandat d’arrêt".

Jusqu’à deux mois de prison et 74 coups de fouet

Si aucune loi n’interdit explicitement aux femmes iraniennes de chanter seules en public, l’article 638 du code pénal islamique iranien évoque des "poursuites pour un acte interdit (haram) en public". Sur la base de cet article, une femme chantant seule en public peut être condamnée jusqu’à deux mois de prison et 74 coups de fouet.  

En février le célèbre chanteur Hamid Askari a été censuré après avoir laissé sa guitariste Negin Parsa chanter seule pendant douze secondes durant l’un de ses concerts.