Une vidéo d’un homme lynché par la foule ne cesse d’être partagée sur Facebook depuis fin avril. La victime est toujours présentée comme étant l’un des ministres du président soudanais destitué Omar el-Béchir. Si les images sont réelles et assez récentes, il ne s’agit toutefois ni d’un ministre ni du Soudan, mais d’une agression à N’Djamena, capitale du Tchad.

Un homme en djellaba blanche est pris à parti par une foule furieuse qui le pousse, le frappe, lui déchire ses vêtements, avant que la caméra qui le filme ne se détourne pour montrer quelques militaires qui semblent intervenir pour contrôler les agresseurs.

La scène se passe dans la rue, sans qu’aucun élément à l’image ne donnent plus d’indication sur le lieu, sinon un enfant parlant en arabe mais dont on peine à comprendre les paroles.


Sur cette page, la vidéo a été vue par plus de 22 000 utilisateurs.

La vidéo, qui dure 45 secondes, a été partagée par au moins une vingtaine de pages et de comptes Facebook aux alentours du 1er mai, qui ont repris le même titre en majuscules : "L’un des ministres d’Omar El-Béchir pris par des citoyens soudanais". Un sort que l’on présume réservé aux anciens responsables du régime d’Omar el-Béchir, après la destitution de ce dernier le 11 avril dernier.

Une recherche par mots-clés sur Facebook permet d’en retrouver d’autres occurrences. À chaque fois, les images sont visionnées par des milliers, voire par des centaines de milliers d’utilisateurs.


Capture d'écran des résultats de recherche sur Facebook.


Or, si l’on regarde les commentaires, des utilisateurs contestent la véracité de la légende en disant que cela ne se passe pas au Soudan mais au Tchad, à N’Djamena. En effet, la même vidéo a circulé sur les réseaux sociaux tchadiens le 15 avril dernier. Les utilisateurs qui l’avaient partagée prétendaient qu’il s’agissait d’Ahamat Guemé, le maire du 7ème arrondissement de la capitale, qui aurait été lynché après le limogeage d’une vingtaine d’employés de la mairie.


Capture d'écran de la même vidéo diffusée cette fois comme étant celle du maire du 7e arondissement de N'Djaména. 


Mais il s’agit ... d’une fausse information là aussi : car si la vidéo a bien été filmée à N’Djamena, la victime est en réalité Abgoudja Khamis, délégué du 8e arrondissement de la capitale.

Selon le site d’informations Tchadinfos, il a été lynché "par les retournés de la Centrafrique dans le camp de Gaoui [il s'agit d'immigrés tchadiens qui sont rentrés chez eux après les violences de 2013 à Bangui. Souvent démunis, ils ont été rassemblés dans des camps à Gaoui, ndlr]. Il serait venu annoncer l’ordre de fermeture prochaine de ce camp (de réfugiés)", selon Abdel-Nasser Garboa, directeur général des droits de l’Homme au ministère de la justice.

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