Observateurs

Les gardiens de la Révolution ont publié le 28 avril une vidéo prétendant montrer un drone iranien qui survole un porte-avion américain en patrouille dans le golfe Persique. Le message se voulait clair : l’Iran rappelait qu’il avait les moyens de surveiller de près les activités de Washington aux abords de ses côtes. Le problème est que cette vidéo est basée sur des images truquées ou anciennes.

De nombreux médias internationaux, comme par exemple CBS ou Al Jazeera, ont relayé cette vidéo, la présentant comme la dernière publication en date des gardiens de la Révolution. La tension ne cesse de croître entre les États-Unis et l’Iran. Le 8 avril, Washington a classé les gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes.


Une comparaison avec la vue satellite révélatrice

La vidéo commence avec des images d’un drone iranien, Ababil-3, un modèle assez peu sophistiqué. On le voit dans les premiers plans prendre son envol depuis une piste de décollage. Après quelques recherches, nous avons pu identifier que ces images ont été tournées sur l’aérodrome de l’île de Qechm, très utilisé par l’Iran pour les drones. Cette île située dans le détroit d’Ormuz est la plus grande du golfe Persique.


Cette image satellite obtenue avec Google Earth permet de retrouver les éléments visuels, comme le bâtiment sur la
gauche de la piste, visibles dans la vidéo (capture d'écran ci-dessus).

Cette autre comparaison entre la vidéo et l'image satellite confirme que la vidéo a bien été tournée sur l'aérodrome de l'île de Qechm.

Mais ces images ne sont pas récentes. Google Earth permet de voir plusieurs photos satellites du même endroit à différentes périodes. On peut conclure que la vidéo a été prise avant décembre 2017, car on remarque qu‘après cette date, des travaux ont été entrepris pour élargir et allonger la piste. À chaque nouvelle photo à partir de décembre 2017, on voit que la piste occupe une surface plus importante. La piste telle qu’on la voit dans la vidéo correspond à son état d’avant décembre 2017.

La piste de l'aérodrome de l'île de Qechm en décembre 2017. Sur cette vue saellite, elle est similaire à celle visible dans la vidéo.

Des détails manquants

Passons aux images du survol du porte-avion. Elles sont de bonne qualité mais ne présentent aucune des inscriptions que l’on peut voir dans une vidéo tournée par un drone militaire (des coordonnées GPS, l’échelle de l’image, par exemple). En réalité, ces images, bien que de très bonne qualité, ont été créées par ordinateur.

Pour le remarquer, il faut voir que nombre de détails manquent. En regardant de près les avions sur le pont, on remarque qu’ils n’ont ni numéro ni inscription renseignant sur leur enregistrement ou leur unité d'appartenance. C’est aussi le cas des bateaux, même si le porte-avion est une reproduction de l’USS Dwight D. Eisenhower, en témoignent le numéro 69 qu’on peut voir sur le pont d’envol et l’inscription Ike sur l’îlot à tribord.

Captures d'écran de la vidéo. On remaque l'absence d'inscriptions sur les appareils.

Contacté, David Axe, journaliste spécialiste des questions de défense pour la revue National Interest, affirme que "tous les appareils aériens américains ont un numéro et un insigne" indiquant leur appartenance. Il ajoute : "mais il n’est pas difficile de truquer des vidéos de bateaux en mer ".

Un F-18 décollant d'un porte-avion américain. L'appareil est floqué de plusieurs inscriptions marquant son appartenance.

Il existe en effet de nombreux simulateurs capables de créer des effets spéciaux numériques très réalistes, très difficiles à différencier de vraies images vidéos, comme ici par exemple.

Ce genre d’avion sans numéro et insignes sont assez courant dans les jeux vidéos ou les images de synthèse créées par ordinateur.
De vieilles images de drone

D’autres images de drone sont visibles dans la troisième partie de cette vidéo, et comportent cette fois les inscriptions des images de drone militaire. Ce sont en fait de vraies images de drones iraniens filmant l’USS Eisenhower. Selon les données GPS visibles à l’écran, les images ont été prises à une distance entre 47 et 71 kilomètres de Qeshm.



Sauf qu’elles ne peuvent pas être récentes : l’USS Eisenhower est en maintenance depuis le mois d’août 2017, dans les chantiers navals en Virginie. D’ailleurs, l’armée américaine a confirmé dans un communiqué que ces images étaient authentiques mais anciennes, et affirmé qu’elles dataient en réalité de 2016.
Ces images ne montrent donc en aucun cas la "surveillance rapprochée de la flotte américaine" comme le prétendent les gardiens de la Révolution. Selon David Axe, il n’est cependant pas rare que les drones iraniens observent de près les activités américaines dans le golfe Persique. La marine américaine s’est d’ailleurs déjà plaint du comportement "non professionnel "et "dangereux "de ces drones, qui s’approcheraient trop de ses vaisseaux

Aritcle écrit par Ershad Alijani.