Après le retrait d’une œuvre montrant une jeune femme en train de manger une banane de manière provocatrice, des manifestants se sont rassemblés lundi 29 avril, le fruit à la bouche, devant le musée national de Varsovie. En publiant leurs "selfies bananes" sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont pris relais, dénonçant ainsi la “censure” dans le milieu artistique.

Récemment nommé par le gouvernement conservateur polonais, Jerzy Miziolek, le directeur du musée national de Varsovie, a fait retirer la semaine dernière l’installation "Consumer Art", de l’artiste féministe polonaise Natalia LL.

Conçue dans les années 1970, l’œuvre est suggestive : elle représente une jeune femme torse nu en train de porter à sa bouche des bananes de manière très suggestive.

Une vidéo réalisée en 2005 par une autre artiste controversée, Katarzyna Kozyra, dans laquelle une femme promène en laisse deux hommes déguisés en chiens, a également été enlevée.

Dans une interview au site Onet.pl samedi 27 avril, Jerzy Miziolek est revenu sur la décision de se séparer de ces travaux exposés depuis de nombreuses années au sein de l'institution. Il se dit opposé à la présentation d'"œuvres pouvant irriter les jeunes les plus sensibles" et laisse entendre que plusieurs visiteurs se sont déjà plaints à ce sujet.

Une manifestation en mangeant des bananes

Jusqu’alors, le musée semblait pourtant fier de posséder cette installation. En 2016, un tweet du musée célébrait même l’anniversaire de l’artiste.


Pour dénoncer un acte de "censure", une centaine de personnes ont manifesté lundi 29 avril devant le musée, en mangeant des bananes.



Sur les réseaux sociaux, des citoyens, des artistes, mais aussi des hommes politiques ont eux aussi publié des "selfies bananes" pour ridiculiser la décision.

La photographe Sylwia Kowalczyk, qui a grandi en Pologne mais vit désormais en Écosse, dénonce une "nouvelle ère de la censure de la part du gouvernement polonais".

L'actrice polonaise Magdalena Cielecka a expliqué à l'agence AP le sens de cette photo : elle veut y dénoncer les "limites idéologiques et politiques" que rencontrent les artistes. "Un artiste, pour créer, doit être libre."

"Montrons que l'art ne peut être asservi", explique cette internaute, qui reproduit l'œuvre avec ses portraits.

L'homme politique Michal Szczerba, du parti d'opposition centriste Plateforme civique (PO), a estimé que la mobilisation avait été un "petit succès dans la lutte contre la censure artistique".
 
En réponse, Jerzy Miziolek, tout juste arrivé en novembre à la tête du musée, a déclaré lundi qu’il reconnaissait le rôle des deux artistes dans la culture polonaise, mais que l’espace limité d’exposition demandait des "changements créatifs", rapporte The Telegraph
 
Le lendemain, sur Facebook, le musée a annoncé que les œuvres étaient de “retour” dans la galerie du XXe et XXIe siècle.
 
 
Mais peut-être pas pour très longtemps. Le directeur du musée a assuré qu’elles seront visibles jusqu’au 6 mai, date à laquelle toute la galerie d’art moderne doit être réorganisée. Il a cependant nié avoir reçu des pressions de la part du gouvernement.

Selon The Telegraph, le ministre de la Culture, Piotr Glinski, est déjà sous le feu des critiques pour avoir baissé les subventions accordées à des festivals qui prévoyaient de présenter des pièces de théâtre controversées sur le thème de la religion. 

Récemment encore, le ministre a réduit les fonds du Centre européen de la solidarité, un espace d’exposition engagé, en raison d’actions "à caractère politique".