Vendredi 19 avril, des adultes et des enfants ont frappé un mannequin doté d’un long nez et de papillotes, censé représenter Judas, avant de le brûler, dans le cadre des célébrations de Pâques qui se sont tenues à Pruchnik, une petite ville située dans le sud-est de la Pologne. Le Congrès juif mondial a dénoncé un rituel "ouvertement antisémite".

Plusieurs photos et vidéos diffusées dans les médias montrent un mannequin caricaturant ouvertement les juifs : il a un long nez, des papillotes (mèches de cheveux de chaque côté du visage) et un chapeau. Il est écrit "Judasz 2019 Zdrajca", c’est-à-dire "Judas 2019 Traître". On voit également des adultes et des enfants qui le frappent avec des bâtons et qui le traînent sur le sol. Puis le mannequin est décapité et brûlé. D’après des médias polonais, il a également été jeté dans une rivière.


Ce rituel s’est déroulé lors du Vendredi saint, qui marque pour les chrétiens le jour de la crucifixion et de la mort de Jésus-Christ. Il est connu sous le nom de "jugement de Judas", puisque ce rituel symbolise le procès public du personnage qui aurait trahi Jésus-Christ, lequel aurait ensuite été crucifié, selon la tradition chrétienne.


Ce rituel remonte au XVIIIe siècle et a été pratiqué jusqu’à la Seconde guerre mondiale. Il a ensuite été abandonné sauf dans quelques villages, d’après l’AFP. Selon le portail d'information polonais Oko.press, il n'était plus pratiqué à Pruchnik, bien que des images datant de 2008 et 2009 montrent qu’il avait été pratiqué au moins ces deux années-là.

Le 21 avril, le Congrès juif mondial a exprimé dans un communiqué son "dégoût et [son] indignation devant cette nouvelle manifestation ouvertement antisémite", estimant que le mannequin avait été "fabriqué pour ressembler à la figure stéréotypée du juif".

Persistance de l’antisémitisme en Pologne

L’antisémitisme persiste en Pologne. En mars, un hebdomadaire d’extrême droite a ainsi publié un article en une expliquant "comment reconnaître un juif". Un porte-parole du bureau du Parlement, où la publication est disponible, s'était contenté de déclarer que le distributeur était responsable du choix des journaux proposés aux députés.

En février, de nombreux commentaires antisémites ont également été publiés sur les réseaux sociaux polonais, à la suite d’une déclaration du ministre des Affaires étrangères israélien. Ce dernier avait dit que "de nombreux Polonais avaient collaboré avec les nazis" et assuré que "les Polonais tétaient l'antisémitisme avec le lait de leur mère".

Fin janvier, un groupuscule de nationalistes est venu à Auschwitz pour accuser "la nation juive de vouloir déformer l’histoire du camp", alors que l’on commémorait le 74e anniversaire de la libération du camp d’extermination.

Enfin, en 2018, une loi controversée a été adoptée dans le pays, interdisant de rendre l’État polonais responsable ou co-responsable de l’Holocauste, avant d'être finalement été amendée.

Environ trois millions de juifs ont été tués en Pologne occupée durant la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays abritait la plus grande communauté juive d’Europe à l’époque. Aujourd’hui, entre 8 000 et 12 000 juifs vivraient dans ce pays.

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).