Au Maroc, Kénitra est connue pour être un des poumons verts du pays. Une image que notre Observateur craint de voir se dégrader à cause d’un phénomène qui prend de l’ampleur : depuis quelques années, des vaches, des chèvres et des moutons errent dans plusieurs quartiers de la ville, défigurant le paysage urbain et suscitant l’inquiétude des habitants.

La ville de Kénitra se trouve à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale Rabat, dans les terres. Au Maroc, son nom est indissociable de sa réserve naturelle de Sidi Boughaba, ou encore de sa forêt de la Maâmora, connue pour la richesse de sa biodiversité. Or, c’est justement cette image écologique que les habitants craignent de voir se dégrader au fur et à mesure qu’un phénomène prend de l’ampleur : celui des troupeaux qui errent dans les quartiers périphériques de la ville, non loin justement de la forêt.

Des ânes cherchant de la nourriture dans les poubelles d'un quartier de Kénitra. Vidéo envoyée par notre Observateur Ayoub Krir.

"Il y a un véritable risque pour la santé publique"

Ayoub Krir est le président de l’association Oxygène pour l’environnement et la santé, à Kénitra, dont le but est d’informer et sensibiliser les habitants à la réalité environnementale et sanitaire de la région. Depuis quelques mois, il multiplie les cris d’alarme afin d’enjoindre les autorités à agir :

Ce phénomène a commencé depuis trois ans et ne cesse de s’amplifier. Nous voyons régulièrement ici des animaux qui errent dans la rue, fouillent dans les déchets, à la recherche de nourriture.

Ces troupeaux appartiennent à des bergers et viennent des hameaux alentour. Ici, ils viennent chercher à manger, comme ils peuvent le faire dans les villages. Avec l’extension de Kénitra, les hameaux autour sont devenus plus proches de l’espace urbain et les quartiers excentrés, comme ceux d’Al Wafaa, d’Al Massira ou d’Al Maâmoura, deviennent un lieu de "pâturage" où les bergers laissent errer leurs animaux, au risque de défigurer le paysage urbain.

Des ruminants et des oiseaux envahissent les terrains vagues qui jouxtent les immeubles d'habitation, jonchés de poubelles. Vidéo envoyée par notre Observateur Ayoub Krir.

On voit rarement les propriétaires de ces troupeaux, mais ils sont souvent accompagnés par des chiens. Cela nous inquiète car nous ne savons rien sur l’état de santé de ces animaux, s’ils sont vaccinés ou pas, ou s’ils souffrent d’une quelconque maladie. Et les parents ont peur pour leurs enfants quand ils partent à l’école, notamment avec le risque d’être mordus par les chiens, qu’on ne distingue pas des chiens errants.

De plus, ces animaux laissent leurs déjections partout où ils passent : dans les rues, devant les maisons… Et aucun service n’assure le nettoyage derrière. Or, avec l’arrivée du printemps, les températures commencent à grimper, et nous avons peur que d’ici l’été, les saletés laissées par les animaux pourrissent et provoquent des maladies. Sans parler des carcasses d’animaux qui ne sont pas enterrées et qui demeurent à l’air libre, provoquant une odeur pestilentielle. Tout cela conduit à faire peser un risque sur les nappes phréatiques, puisque ces déchets sont absorbés par les sols et peuvent empoisonner l’eau. Il y a un véritable risque pour la santé publique.

Une carcasse de mouton en décomposition à l'air libre, dégageant une odeur nauséabonde. Vidéo filmée par notre Observateur Ayoub Krir.

Une moitié de solution

Contacté par notre rédaction, le Dr Fadhil, responsable du bureau de santé publique auprès de la ville de Kénitra, confirme que "le risque de santé publique existe déjà dans tout le royaume", notamment les kystes hydatiques (une maladie potentiellement mortelle provoquée par le contact avec des chiens ou leurs défections, spécialement dans les régions où coexistent chiens et herbivores) provoqués par les déjections des chiens. Il affirme également qu’une nouvelle méthode appelée TNR (attraper – stériliser – relâcher) sera bientôt financée par le ministère de l’Intérieur, en collaboration avec les associations privées de protection des animaux. Néanmoins, il dit ne pas avoir connaissance de mesures spécifiques concernant le cas des troupeaux qui errent dans la ville, bien que les services de santé publique collaborent avec deux sociétés de ramassage des ordures, censées prendre en charge l’enfouissement des déchets. Des mesures qui n’ont pas été communiquées à l’association :

Nous avons écrit à plusieurs reprises aux autorités locales pour signaler ces problèmes et demander des solutions pérennes, mais à ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse. L’extension de la ville est une chose naturelle avec le temps et l’augmentation de la population. Mais il semble que les autorités ne suivent pas le rythme et ne soient pas en mesure d’empêcher une extension anarchique. Résultat : nous nous retrouvons avec des déchets domestiques ou animaliers qui jonchent les rues de certains quartiers et un pâturage sauvage, dans une région où les sites naturels sont classés par le ministère des Affaires culturelles.