Une pétition a été lancée le 4 avril pour demander le retrait d’une fresque des murs de l’Assemblée nationale, commémorant notamment l’abolition de l’esclavage : selon les auteurs de la péition, elle serait une "insulte humiliante et déshumanisante aux millions de victimes de la traite" car elle montre "deux visages de Noirs, yeux exorbités, lèvres surdimensionnées, dents carnassières". Mais la photo qui accompagne la pétition ne montre pas l’ensemble de l’œuvre.

Ce 10 avril, la pétition recueillait un peu plus de 2 200 signatures. Initiée par l’universitaire et réalisatrice de documentaire Mame-Fatou Niang et le romancier Julien Suaudeau, elle s’adresse directement au président de l’Assemblée nationale et aux députés. Deux jours avant ce texte, Mame-Fatou Niang publiait sur son compte Twitter une photo d’une partie de la fresque :

La fresque en question s’appelle "L’histoire en peinture de l’Assemblée nationale" et s’étale sur 40 mètres dans le Palais Bourbon. Elle a été réalisée en 1991 par l’artiste Hervé di Rosa. Elle retrace plusieurs moments clés de l’institution, notamment la première abolition de l’esclavage en 1794.

Mais si l’on fait quelques recherches sur cette fresque, on trouve rapidement plusieurs photos qui montrent que tous les personnages de l’œuvre, quelle que soit leur couleur de peau, sont représentés avec de grosses lèvres rouges, marque de fabrique de l’artiste. C’est ce qu’a fait remarquer en réponse à la pétition Hervé di Rosa, interrogé par Le Monde, où il déplore notamment : "Toute ma vie d’artiste, je me suis battu contre les censeurs du bon goût pour faire exister les formes grotesques, issues de l’imagerie populaire et modeste. (...) Pour moi, quel que soit le prétexte, toute volonté de censure d’un geste artistique et poétique est inacceptable."

Dans une tribune à l’Obs, les deux initiateurs de la pétition renchérissent : "Ces lèvres surdimensionnées sont certes la signature de la 'dyromythologie', l’univers fantastique que di Rosa a forgé au croisement des mondes de l’enfance, de la BD et de la science-fiction. Néanmoins, il faut être singulièrement ignorant – ou mal intentionné – pour ne pas voir l’offense qu’elles constituent dans ce contexte", déplorant par ailleurs les "yeux exorbités" et les "sourires béats et carnassiers".

Une recherche sur Google images sur l’œuvre d’Hervé di Rosa permet cependant de voir que ce genre de caractéristiques physiques exubérantes et caricaturales est présent dans d’autres œuvres et sur des personnages de différentes couleur de peau.

"Peuple reine", Hervé di Rosa.


"Bal costumé", Hervé di Rosa.

En réponse au tweet de Mame-Fatou Niang, les débats vont bon train également entre internautes, entre ceux qui la soutiennent et ceux qui lui reprochent une polémique inutile et mal fondée :

En attendant l’Assemblée nationale a retiré de son site la photo de la fresque, comme l'indique l'hebdomadaire Marianne.