Notre Observateur à Bozoum, une ville à l’ouest de la Centrafrique, nous a fait parvenir des images montrant les dégradations des berges et du lit de la rivière Ouham. Il accuse une société minière chinoise d’en être responsable. Le 25 mars, le ministère des Mines a suspendu les activités de quatre entreprises chinoises basées à Bozoum pour "manquement aux obligations relatives à la protection de l’environnement".

"La rivière est en ruine"

Sur les photos et les vidéos prises par le père Aurelio Gazzera, missionnaire à Bozoum, la rivière Ouham ressemble à un chantier : son niveau est très bas, ses berges sont ravagées.

Depuis décembre 2018, une dizaine de sites de recherches d’or ont été ouverts dans la région de Bozoum : neuf au nord sur l’axe Bozoum – Paoua et plusieurs autres sur les axes Bozoum – Bouar à l’ouest, et Bozoum – Bossangoa à l’est. Les sociétés minières qui exploitent ces sites sont des entreprises chinoises dont j’ai déjà croisé les dirigeants à Bozoum.

Ils dressent un barrage en terre qui dévie le cours de la rivière Ouham pour pouvoir exploiter son lit. Avec des bulldozers et des pelles mécaniques, ils nettoient le fond pour accéder au sous-sol et ensuite extraire la terre, le sable et le gravier qu’ils tamisent afin d’y trouver de l’or.

Cette méthode cause beaucoup de dégâts, c’est catastrophique : la rivière est "en ruine". Les berges ne sont plus que des montagnes de gravier et des trous remplis d’eau. L’eau est très sale alors qu’elle est aussi utilisée par les gens pour se laver et pour boire : les habitants du village de Boyélé souffrent de démangeaisons, ils doivent aller chercher des bidons d’eau à Bozoum, à 10 kilomètres.




Près du village de Boyélé, mars 2018 - Crédits : Aurelio Gazzera

Le 21 mars sur son blog et le 25 sur sa page Facebook, Aurelio Gazzera a dénoncé ces dégradations et l’inaction des autorités centrafricaines. Le 25 mars, le ministère des Mines et de la Géologie a décidé de suspendre "jusqu’à nouvel ordre […] les activités d’exploitations des sociétés minières Tian Xian, Tian Run, Meng et Mao, basées à Bozoum "pour manquement aux obligations relatives à la protection de l’environnement". 

Contacté par la rédaction des Observateurs, le directeur de cabinet du ministre ne reconnaît pas de lien entre cette décision et les publications d’Aurelio Gazzera.

Près du village de Boyélé, les rives de l'Ouham avant les travaux

Ce n’est pas la première fois que des sociétés chinoises sont sanctionnées en Centrafrique : en juillet 2018, HW-Lepo s’était vu infliger une amende de 10 millions de Francs CFA (15 245 euros) pour infraction au Code minier, notamment à cause de l’exploitation de périmètres non-prévus par leurs permis – dans le région de Yaloké (Ouest).

D’autres entreprises ont été punies en septembre 2018 pour les mêmes raisons dans préfecture du Nana-Mambéré, limitrophe à celle d’Ouham-Pendé dont Bozoum est le chef-lieu. Parmi celles-ci, l’Industrie minière de Centrafrique (IMC). Or, notre Observateur a retrouvé la trace de cette entreprise à Bozoum.

J’ai eu accès à un bon de commande de carburant en date du 22 février 2019, l’en-tête indique "IMC de Bozoum", mais je n’ai pas pu obtenir plus d’informations sur cette société. 


Mais le nom de cette société ne figure pas parmi celles que le ministère des mines a suspendu à Bozoum le 25 mars 2019.

Certains ouvriers centrafricains embauchés par ces entreprises qui agissent actuellement à Bozoum, sont originaires de Bouar, une ville du Nana-Mambéré. Là-bas aussi, les berges ont été laissées dans un état déplorable avec des trous et des montagnes de terres tamisées, une partie de la forêt a été dévastée.

Des sociétés comme l’IMC pourrait être des sociétés qui, après avoir eu des problèmes avec leurs licences d’exploitations, auraient changé de région pour venir exploiter la rivière Ouham.

Contacté par notre rédaction, un habitant de Bouar qui suit ces questions, a confirmé les dégâts environnementaux causés par des sociétés minières chinoises.

Pour Aurelio Gazzera, la suspension des quatre entreprises chinoises décidée le 25 mars ne suffit pas à garantir la fin de la dégradation de la rivière Ouham. Depuis, il dit d’ailleurs avoir à deux reprises été témoin d’activités d’orpaillage sur la rivière Ouham à Bozoum :
 

Le 3 avril, un peu avant 5h du matin, j’ai entendu clairement le bruit des machines en sortant pour aller à l’église. Et le 6 avril, je me suis rendu à Doussa, à moins 5 km de Bozoum, pour filmer d’autres travaux d’orpaillage, en plein jour, malgré la suspension.

Le suivi de l’activité de ces entreprises va être très compliquée, et je crains qu’ils n’emportent leurs machines vers d’autres sites. Par ailleurs, il est important qu’elles remettent en ordre le lit du fleuve en le ramenant à sa position naturelle.

Contactée, l’Inspection Centrale des Mines assure qu’une mission a été réalisée à Bozoum et qu’un rapport sera bientôt rendu public.