Un hippopotame qui s’était introduit dans la ville de Kédougou, a été abattu, dimanche 31 mars, par un chasseur français à la demande des autorités locales. Sur les réseaux sociaux, plusieurs images de son abattage dans une rue de cette localité du sud-est du Sénégal ont suscité de nombreuses critiques, l’animal étant une espèce protégée dans le pays.

Selon la presse locale, les habitants du quartier de Dalaba, à Kédougou, ont aperçu dès 5 heures du matin, dimanche 31 mars, un hippopotame errant près de leurs maisons et causant "des dégâts matériels".

Sur les réseaux sociaux, des images montrent l’animal avancer dans le quartier et parfois se heurter à des murs sous les yeux étonnés des riverains regroupés dans plusieurs coins de rue pour l’observer.



Face à la panique des habitants, la police, des sapeurs-pompiers, des militaires, des employés des Eaux et Forêts sont arrivés sur place et ont fait appel au chasseur professionnel François Huard, directeur du campement de chasse "Le Relais" de Kédougou, pour l’achever. Dans un Facebook Live vu plus de 14 000 fois, un habitant et journaliste à Kédougou, Abdoulaye Barro, filme la scène. On y voit les autorités faire reculer les habitants afin de créer un périmètre de sécurité autour de l’hippopotame, qui semble être bloqué dans une fosse septique, immobile. Le chasseur tire ensuite à plusieurs reprises dans la tête de l’animal sous les cris enthousiastes des spectateurs.

Abdoulaye Barro se rend ensuite vers le chasseur qui explique (à partir de la 36e minute) face à la caméra, n’avoir "jamais tiré d’hippopotame" auparavant et assure avoir mis cinq balles à l’animal car celui-ci est "très solide". "Au service de tout le monde", lance-t-il pour conclure.

Attention, les images ci-dessous peuvent choquer.


Dans un second live réalisé par le même internaute, qui comptabilise près de 10 000 vues, un tractopelle ramasse l’animal pendant que plusieurs personnes applaudissent. Le journaliste se rend ensuite auprès d’une famille qui explique avoir pris peur en croisant l’hippopotame le matin.

Attention, les images ci-dessous peuvent choquer.


Sur les réseaux sociaux, d’autres images prises sous d’autres angles ont également été diffusées. Mais rapidement, des citoyens et des activistes environnementaux sont montés au créneau pour dénoncer cet acte, d’autant que l’hippopotame est un animal protégé.


L’ancien ministre de l’Environnement Haïdar el Ali a lui rappelé que le "cheval de rivière" fait partie des espèces "intégralement protégées" et expliqué que ces animaux "transportent les pains des arbres" et disséminent "les graines" pour le plus grand bien de l’écosystème, comme le rapporte Jeune Afrique.

"L’animal n’avait aucune intention de faire mal, il s’était perdu et on le tue"

Mamadou D., un habitant de Kédougou qui a tenu à garder l’anonymat, a assisté à la scène :

L’hippopotame était complètement coincé dans la fosse septique, ses deux pattes arrières étaient enfoncées, il ne pouvait absolument pas sortir. Des gens lui lançaient des pierres, peut-être pour essayer de l’inciter à sortir. Je ne comprends pas pourquoi on a fait appeler le directeur du Relais de Kédougou Safari et pourquoi on l'a tué. Les forces de l’ordre étaient là, des responsables de la police, des sapeurs-pompiers et surtout du service des Eaux et Forêts, ces gens sont formés pour maîtriser ces animaux et les ramener dans leur habitat naturel. Ça donne l’impression qu’ils ne sont pas capables d’assurer notre sécurité, qu'ils ne sont pas compétents. Comment est-ce possible qu’aucun de ces employés n’avait de balles sédatives ? L’animal n’avait aucune intention de faire mal, il s’était perdu et on le tue, ça me désole.

"La mise à mort n’est autorisée qu’en cas de légitime défense"

Ce constat est également partagé par maître Bamba Cissé, avocat au barreau de Dakar et spécialisé en criminalité faunique :

Ce sont des faits très graves qui méritent l’ouverture d’une enquête : l’hippopotame est un animal protégé selon le Code de protection de la faune. Sa mise à mort est autorisée par la loi dans un seul cas de figure, celui de la légitime défense. Or, ici, les images montrent bien que l’animal était coincé dans une fosse septique et ne présentait, a priori? au moment de son abattage, aucun danger pouvant menacer la vie de quelqu’un. Le tireur se trouve donc en infraction et les peines qu’il encourt vont de un à cinq ans de prison.

Ce dernier s’est justifié en expliquant que le gouverneur lui avait demandé d’agir. Il faudra également une enquête pour déterminer dans quelle mesure le gouverneur peut faire appel à un particulier pour tuer un animal. Il aurait en effet fallu neutraliser cet animal. Pourquoi pas sinon lui tirer dessus pour le blesser, puis l’évacuer ? Ici, le chasseur a choisi de viser la tête.

Par ailleurs, l’hippopotame se trouvait depuis plusieurs heures sous le soleil, sans accès à l’eau, ce qui est difficilement supportable pour cet animal, qui se trouvait donc déjà en état de faiblesse.



Abattu faute de matériel anesthésiant disponible....

Les autorités, elles, ne se sont pas exprimées officiellement sur le sujet. Cependant, dans une vidéo publiée sur Facebook, une personne présentée comme le commandant Moussa Ndour, responsable de la Zone d'intérêt cynégétique (ZIC) de la Falémé et chef de la Faune de Kédougou, accompagné d’un lieutenant chargé du reboisement auprès de la direction des Eaux et Forêts, revient sur "l’incident". Selon lui, l’hippopotame s’est retrouvé de manière "inhabituelle" dans le quartier, sûrement guidé par le besoin de "se nourrir", ce qu’il fait pourtant normalement "au crépuscule" car il ne supporte pas le soleil. Il a alors foncé dans des "portails" et est rentré dans des habitations.


"Quand cet animal rentre dans la cité, il se pose un problème de sécurité publique", poursuit-il. Ses collègues et lui ont donc prévenu le gouverneur. Face à l’absence de matériel anesthésiant pour neutraliser l’hippopotame et à la "menace" que constituait l’animal, "le gouverneur a pris la décision d’abattre l’animal". Mais, ces animaux ne pouvant pas être tués "avec des armes de guerre", les autorités ont donc fait appel à un "chasseur professionnel". Sa dépouille a ensuite été enterrée "très profond" pour éviter tout problème sanitaire.