ALGÉRIE

Manifestations en Algérie : "silmya" (pacifiques) et "nadhifa" (propres) !

Notre Observateur et ses amis posent avec leurs sacs-poubelles, utilisés pour nettoyer les rues de Sidi Bel Abbès pendant la manifestation.
Notre Observateur et ses amis posent avec leurs sacs-poubelles, utilisés pour nettoyer les rues de Sidi Bel Abbès pendant la manifestation.
5 mn

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En Algérie, les manifestants se préparent à un sixième vendredi de contestation. Si l’on a jusque-là souligné le caractère pacifique de cette contestation, c’est aussi la question environnementale que différents groupes de manifestants veulent mettre en avant, en nettoyant les rues pendant et après les manifestations.

Encore un vendredi de manifestation en Algérie. Les habitués préparent leurs pancartes, leurs chaussures et pour certains… leurs sacs-poubelles. En effet, plusieurs initiatives ont vu le jour au sein des cortèges de manifestants afin de ramasser les déchets qui traînent pendant ou après la marche. Celles et ceux qui le font revendiquent, en plus du slogan "silmya !" (pacifique !), celui de "nadhifa" (propre) ou "hadhariya" (civique).

Des manifestants se préparent à Sidi Bel Abbès en mettant leurs gants et sortant les sacs-poubelles.

"Une conscience politique doit aller de pair avec une conscience environnementale"

Nacerdinne Rahmoune, 23 ans, fait partie de ces manifestants écoresponsables. Cet étudiant en apprentissage en électricité et bâtiment vit à Sidi Bel Abbès, dans l’ouest du pays. Depuis 15 jours, il participe avec ses amis à ce qu’ils appellent l'"Algerian plogging", le concept de "plogging" consistant à "courir utile", c’est-à-dire à faire son jogging en ramassant les ordures qui traînent sur son chemin. Ici, c’est en manifestant que ce groupe ramasse les ordures :

Cela fait deux vendredis qu’on fait notre "plogging" et on compte bien continuer. On prend avec nous des sacs-poubelles et des gants. Pendant la manifestation, on marche et on chante en nettoyant la rue.

Notre Observateur Nacerdinne Rahmoune portant une pancarte pendant la manifestation et un sac poubelle, pour "l'Algerian plogging".

Pour certains d’entre nous, c’est la continuité d’un engagement qu’on a déjà dans des associations ou des clubs universitaires en faveur de l’environnement. Vu la quantité de déchets, on essaie de sensibiliser les gens non pas seulement par des discours mais aussi par l’action. Et ça a plutôt l’air de marcher : d’autres manifestants se sont mis à faire la même chose, sans avoir besoin de se réclamer de notre groupe.

Pour nous, il y a indéniablement un lien entre manifester contre le régime et cette opération. D’abord, nous souscrivons à un ensemble de valeurs, et de même que nous tenons à garder cette manifestation "silmya" [pacifique], nous tenons aussi à ce qu’elle soit "nadhifa" [propre]. Et puis on parle de changer le régime. Or si on veut préparer le terrain pour la suite, il faut que la question écologique et environnementale soit présente, parce que les classes dirigeantes n’y pensent pas forcément. On parle d’économie, de société, d’éducation mais pas d’environnement. Mais si tout le monde s’y met, le sujet deviendra aussi important que les autres.

Je pense que c’est important qu’il y ait une conscience environnementale avec une conscience civique et politique. Les deux doivent aller de pair.

Drapeaux algériens et sacs-poubelles, ou quand politique et environnement font bon ménage.

Même principe, différentes couleurs

Les jeunes de Sidi Bel Abbès se sont inspirés d’autres mouvements citoyens similaires qui ont vu le jour à Alger dès le début des manifestations. Parmi ceux-là, on trouve les "Brassards verts", un groupe de citoyens qui communiquent via Facebook et se donnent rendez-vous chaque vendredi pour nettoyer la rue après les manifestations, mais aussi procurer de l’aide médicale aux manifestants qui en auraient besoin, grâce à des volontaires formés en secourisme.

Il y a aussi les "Gilets orange" qui s’affichent en couleur avec leurs balais et leurs sacs-poubelles, toujours dans la capitale :