Un tweet, à l’origine satirique, qui devient une information présentée comme véritable lorsqu’il est sorti de son contexte, c’est un piège dans lequel on peut rapidement tomber si la vérification n’est pas faite. Tour d’horizon de ces tweets qui ont trompé internautes et parfois médias.

Marlène Schiappa et le "premier pas vers le terrorisme"

Dans la nuit du samedi 23 mars, de nombreuses publications ont circulé sur les réseaux sociaux francophones attribuant à Marlène Schiappa, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, la phrase suivante :  "Les Français doivent comprendre que contester la parole du chef de l'État c'est déjà faire un pas vers le terrorisme".

La petite phrase "provocatrice" a été relayée notamment par le site Sputniknews qui en publie un article (depuis supprimé, visible ci-dessous).

Capture d'écran de l'article de Sputniknews avant modification.

Cette phrase n’a pourtant jamais été prononcée par Marlène Schiappa. Elle est issue d’un compte Twitter satirique, Le Journal de l’Élysée. Ce dernier ressemble à première vue à un compte Twitter ayant une apparence officielle, avec le logo de l’Élysée. Pour autant, dans sa biographie, la mention "compte parodique" est clairement affichée.

La ministre a elle-même contesté la véracité de cette citation, et Sputniknews a publié un tweet d’excuses et modifié son article dimanche 24 mars dans la journée.

Problème : lundi 25 mars, plusieurs publications sur Facebook et Twitter circulaient toujours avec la fausse citation. Certains internautes avaient même masqué la source satirique de la citation.

Exemple de publication toujours disponible lundi matin. La source initiale de la citation satirique n'est pas présente.

Le Journal de l’Élysée n’en est pas à son premier coup

De nombreuses personnalités politiques françaises ont été "victimes" de citations inventées.

Récemment, une petite phrase attribuée à Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, a également circulé, en écho à la fois à l’actualité au Venezuela, mais également, en rapport avec les manifestations de Gilets jaunes en France où l’armée intervient depuis ce week-end pour sécuriser les manifestations :

Je tiens à alerter la communauté internationale sur la dérive autoritaire de M.Maduro (…) Lorsqu’un pays envoie l’armée sur des manifestants il s’agit, ni plus ni moins, d’une sombre dictature.

La phrase vient de ce tweet sur le compte parodique du "Journal de l'Élysée". Là encore, la phrase tronquée sans sa source "satirique" a largement circulé sur les réseaux sociaux.

Exemple de publication hors contexte dans le cas de la citation de Benjamin Griveaux.

Plus anciennement, c’est Aurore Bergé, députée LaREM à qui cette phrase avait par exemple été attribuée :

"Le gel des pensions de retraite est une mesure de justice sociale. Dans ma circonscription je croise tous les jours des retraités qui prennent trois repas par jour et parfois même un goûter. Ils doivent faire un effort, ils ont les capacités de le faire". 


"Fermer ce compte serait une grave atteinte à la liberté d'expression et de caricaturer"

Face à ces critiques, et aux demandes régulières que son compte soit fermé, l’auteur derrière le compte "Le Journal de l’Élysée ", qui a toujours resté souhaiter anonyme, a expliqué à France 24 :

Ça fait maintenant plus de sept mois que mon compte est actif et il n’a jamais été suspendu, c’est qu’il ne viole pas les règles d’utilisation de Twitter. Je ne vois pas pourquoi il serait d’un coup interdit.

La fermeture de mon compte serait une grave atteinte à la liberté d’expression et de caricaturer. Le pouvoir en place n’a pas à faire interdire l’humour qui ne lui plaît pas, sinon c’est la glissade vers le régime autoritaire voire totalitaire. Je n’ai pas envisagé cette hypothèse pour le moment, et j’espère n’avoir jamais à l’envisager.

Son auteur a ajouté ne jamais avoir été contacté par Twitter. Face aux critiques, il a ajouté directement dans le titre la mention "parodique" inscrite en petites lettres.

La satire détournée en fausse information, pas une nouveauté

Les fausses citations attribuées à des personnalités, mais qui n’ont jamais été prononcées, sont une façon rapide de faire de l’intox.

Le site Nordpresse.be en avaient fait sa marque de fabrique, comme par exemple sur la publication ci-dessous visant Marlène Schiappa et une supposée déclaration sur la somme "nécessaire" pour vivre. Une citation venant de ce site parodique, mais sortie de son contexte sur d'autres pages Facebook.

Autre exemple : le compte L’Espress, parodie du journal L’Express, utilise exactement les mêmes codes que "Le journal de l’Élysée" et est également à prendre au second degré. Ou encore le compte @FallaitViteSupprimer, compte Twitter parodique de @FallaitPasSupprimer, qui cite de fausses citations de personnalités politiques.

Quelques réflexes pour éviter les erreurs
Pour éviter les erreurs, quelques réflexes de base :

  • Vérifier toujours où vous vous trouvez, si le compte mentionne dans sa biographie qu’il est "satirique "ou "parodique"
  • Tapez la phrase en question dans un moteur de recherche pour retrouver la source initiale
  • Méfiez-vous toujours de l’indignation trop rapide

Avez-vous repéré un autre compte qui diffuse des citations dont vous voudriez vérifier l’authenticité ? N’hésitez pas à contacter le compte Twitter de @InfoIntoxF24