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C’est une petite rue piétonne du 12e arrondissement de la capitale française, et avec ses maisons aux couleurs claires et pastelles, elle est très prisée des fans d’Instagram qui y trouvent un décor idéal pour réaliser une photo supplémentaire dans leur course au "like ". Mais trop c’est trop : les habitants de la rue Crémieux ont créé eux-mêmes un compte Instagram, clubcremieux, pour se moquer des poses parfois improbables de ces utilisateurs, et dire leur ras-le-bol.

La rue Crémieux est aujourd’hui l’une des plus photogéniques de la capitale, attirant à la fois les touristes, les enterrements de vie de jeunes filles, ou des musiciens en herbe qui y tournent des clips vidéos.

Interrogé par la radio française franceinfo, Antoine, vice-président de l’association des habitants de la rue, explique que ce voisinage est de moins en moins bien supporté : "C'est devenu l'enfer. En semaine ça peut aller parce que ce sont des touristes, ils ne sont pas trop dérangeants. Mais le week-end, ce sont 200 personnes sous nos fenêtres. […]Vous avez des clips de rap qui viennent pendant deux heures sous nos fenêtres, vous avez aussi des enterrements de vie de jeunes filles qui hurlent pendant une heure, c'est franchement usant."

Mais les habitants en colère ont aussi de l’humour. Sur le compte Instagram qu'ils ont créé, ils n’hésitent pas à poster les photos de ceux qui se mettent en scène dans leur rue, se moquant tour à tour des poses adoptées, et des dispositifs mis en place.





Selon franceinfo, Antoine déroule chaque jour un ruban de signalisation autour de sa façade bleu pastel, pour dissuader les curieux de s’en approcher.

Du yoga, du rap et un pantalon

Olivier, un autre habitant explique au journal Le Parisien que la température très douce qu’a connu Paris en février a provoqué un afflux plus important qu’à l’accoutumée à cette période de l’année."Mais depuis quatre-cinq ans, nous subissons la venue de tournages sauvages de clips, mais aussi nous voyons débarquer les touristes qui sont plus ou moins respectueux des lieux. On n’en peut plus de voir des gens danser le twerk avec de la musique à fond pendant deux heures", décrit-il. Il ajoute que ses enfants "ont parfois du mal à faire leurs devoirs avec le bruit" ; il appelle à ce qu’une "solution intelligente soit trouvée pour que la rue reste certes à tous, mais qu’elle demeure aussi un lieu d’habitation avec un minimum de sérénité."



 

Sur Trip Advisor, la rue écope de critiques assez mitigées, comme celle de cet utilisateur qui relate une expérience désagréable.

Mais dans un autre commentaire, cet utilisateur se plaint que les habitants prennent des photos des touristes qui prenaient eux-mêmes des photos.  

 “On a surtout la chance de vivre dans ce cadre”

Par ailleurs, tous les habitants ne partagent pas la position collective. L’un explique au Parisien : "On a surtout la chance de vivre dans ce cadre. Et dans l’ensemble les touristes sont plutôt gentils et compréhensifs, même s’il est vrai qu’il y a parfois des gens intrusifs et pas respectueux".

Les élus du 12e arrondissement font ce qu’ils peuvent pour donner suite aux plaintes des habitants : la rue n’est plus mentionnée sur les sites touristiques officiels de la ville, et il est question d’en réguler l’accès. L’adjoint au maire de Pairs en charge du tourisme, Jean-François Martins, résume au Parisien :  "Paris est très fier d’être une ville qui attire les touristes mais c’est aussi une ville où on habite. Il faut trouver l’équilibre."

La mairie du 12e arrondissement réfléchit, elle, à trouver une solution avant l’été.


Article écrit par @Catherine Bennett.