Observateurs

À travers les alertes de notre réseau d’Observateurs, France 24 écrit régulièrement sur la condition des femmes dans le monde. Si certains Observateurs nous font part d’initiatives positives pour défendre ces droits, bien souvent, le constat reste amer : des témoignages de femmes harcelées, séquestrées, vendues, humiliées, frappées nous parviennent régulièrement. À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous avons compilé leurs histoires de cette dernière année. Elles montrent que, dans de nombreux pays, le chemin vers l’égalité est encore long.

Les exemples compilés dans cet article ne prétendent pas à l’exhaustivité, ils sont le seul reflet des faits rapportés par nos Observateurs.

Dans le Golfe et au Moyen-Orient, le système de la kafala, un esclavage moderne

• Arabie Saoudite : des employées de maison vendues aux enchères

La rédaction des Observateurs de France 24 enquête depuis plusieurs années sur le système kafala dans les pays du Golfe, où des femmes immigrées deviennent domestiques dans un système qualifié par les ONG d’esclavage moderne.

En Arabie saoudite, des employées de maison sont ainsi mises aux enchères sur Internet par leurs anciens employeurs qui souhaitent s’en débarrasser.

Voici à quoi ressemble une annonce type :

Bangalore musulmane. 37 ans. Parle l’arabe de manière sommaire. Travaille en Arabie saoudite depuis près de deux ans. Pendant ces deux années, elle n’a eu aucun problème. Salaire fixé : 1 000 riyals [soit environ de 240 euros]. Raison de la cession : retard dans le salaire. Prix de cession fixé à 20 000 riyals [soit 4 745 euros]. Possibilité de négocier.

• Koweït : une Ivoirienne séquestrée et soumise à du chantage sexuel


Au Koweït, des domestiques philippines ont lancé un appel à l’aide et ont été secourues par l’ambassade de leur pays. Elles affirmaient subir de mauvais traitements de la part de leurs employeurs. Dans ce même pays, une domestique ivoirienne a pu livrer son témoignage à notre rédaction en octobre 2018, pour signaler et documenter ses conditions de vie dans une agence de placement :
 
Le patron vient tous les matins vers 11 heures et tous les soirs. Il réclame des faveurs sexuelles, en échange de nourriture ou d’eau filtrée [l’eau du robinet n’est pas potable au Koweït]. Quand on refuse qu’il nous touche, on est rejetées, mais quand on accepte, il nous donne ce dont on a besoin. Il a installé des barreaux aux fenêtres et demandé aux voisins de garder un œil sur nous.

Après avoir contacté des associations locales, elle a finalement pu rentrer dans son pays.

• Liban : deux employées de maison frappées en pleine rue


Et au Liban, le même système de kafala est en place et ces femmes immigrées sont souvent sans papiers. Quand deux d’entre elles ont été violemment agressées en pleine rue en juin 2018, elles se sont retrouvées au poste de police, menacées d’expulsion.
 
Le corps des femmes malmené

• Au Cameroun, des femmes séquestrées à la maternité

Dans plusieurs pays, mettre au monde ses enfants et les nourrir peut s’avérer difficile.

Faute de couverture sociale disponible pour les populations les plus modestes, de nombreuses Camerounaises vivent un calvaire après leur accouchement à l’hôpital.


Fin juillet 2018, plusieurs femmes ont été séquestrées dans un hôpital de Yaoundé, faute de pouvoir payer la césarienne qu’elles avaient dû subir. Elles ont finalement réussi à s’enfuir discrètement, en cachant leurs bébés dans leurs sacs. Selon nos Observateurs, cette pratique courante est révélatrice du dysfonctionnement du système de santé camerounais.

Toujours au Cameroun, en 2016, la mort d’une femme enceinte de jumeaux, refoulée d’un hôpital de Douala parce qu'elle ne pouvait payer la totalité des frais d’hospitalisation, avait déjà fait scandale.

• Kenya, Chili : l’allaitement en public remis en cause

Alors que l’allaitement est vivement recommandé par l’OMS pour la santé des enfants, de nombreuses femmes éprouvent des difficultés à les nourrir en public, que ce soit au Kenya ou au Chili.

Traduction de l'échange à partir de 00'19 : " - Moi, je ne te fais aucun mal - Ça c’est moche, mademoiselle - En quoi ça te regarde, ce que je suis en train de faire ? Je suis en train de donner le sein à mon bébé !"

En mai 2018, de nombreuses Chiliennes se sont ainsi mobilisées pour dénoncer les personnes qui importunent les femmes allaitantes. Une agence de communication s’était emparée du sujet, rappelant qu’aucune loi ne protégeait ces femmes et qu’elles ne pouvaient attaquer en justice leurs harceleurs.

Au Kenya, des femmes avaient manifesté bébé au sein après qu’une femme avait été envoyée dans les toilettes d’un restaurant pour pouvoir nourrir son enfant.

Des remèdes pour "resserrer le vagin", faux et dangereux

Capture d'écran d'une vidéo de Cameroun DIVA publiée en octobre 2016 qui comptabilise plus de 2,1 millions de vues.

Après un accouchement, de nombreuses femmes subissent une pression marquée à l’endroit de leurs parties intimes. Elles redoutent que leur mari n’éprouve plus de plaisir pendant les rapports sexuels, et qu’il finisse par les quitter ou par commettre l’adultère. Pour "resserrer leur vagin", elles y introduisent toutes sortes de produits dangereux pour leur santé comme de la pierre d’alun ou du beurre de karité.

Nous avons enquêté sur ces produits et les influentes chaînes YouTube qui en font la promotion avant de réaliser un reportage Ligne directe sur ce thème au Sénégal.

• RD Congo : les cheveux crépus malvenus

L’apparence des femmes est régulièrement l’objet de commentaires et d’injonctions jugées illégitimes par les mouvements féministes. Début mai 2018, une étudiante congolaise a été refoulée de son campus à Kinshasa à cause de sa coupe de cheveux "non-peignée". Elle portait une coupe "afro puff", alors que l’université exige des cheveux lisses ou attachés.


"Ce type de coiffure ne devrait pas poser problème dans notre société. […] Pour la majorité, les cheveux doivent être lisses, en imitant le style européen", nous expliquait-elle à l’époque.
 
Le harcèlement de rue, fléau planétaire

Au Moyen-Orient, se promener dans la rue quand on est une femme peut s’avérer particulièrement dangereux, même si ce phénomène de harcèlement est prégnant dans le monde entier.

• Liban : une femme violée traitée de p***

Au Liban, l’ONG de défense des droits des femmes Abaad a publié une vidéo jetant une lumière crue sur le comportement des passants. Dans une expérimentation sociale, une comédienne prétend avoir été violée.


Cette vidéo montre une jeune fille, en tee-shirt et en jupe, qui marche dans la rue à la nuit tombée, l’air terrifiée, pleurant, hagarde. Des riverains l’interpellent, la questionnent sur les raisons de cette détresse. Et puis, dès qu’elle explique qu’elle vient de subir un viol, la méfiance s’installe. Un passant lui demande si elle a consommé de la drogue. Puis une femme parmi les badauds tente de savoir si la jeune fille est saoule. Une autre femme lui propose de venir avec elle, mais l’actrice feint la peur et s’éloigne. Un peu à l’écart, un groupe de garçons discute, puis l’un deux lance : "C’est clair que ce n’est pas sa première fois." Un autre renchérit : "Mon frère, c’est juste une p***. Son copain l’a baisée et l’a jetée à la rue." "Elle a l’air d’une danseuse, ça doit être une prostituée", croit encore savoir un passant.

• Bahreïn : deux femmes agressées par des hommes dans une piscine


En mai 2018, deux femmes ont été agressées par une dizaine d’hommes dans une piscine au Bahreïn. Encerclées, elles ont subi des remarques sur leur maillot de bain. Ces hommes les ont touchées à plusieurs reprises en attrapant leurs bikinis. Ces dernières ont essayé de se débattre et d’échapper aux mains de leurs harceleurs, sans succès. Dans ce pays, il n’existe aucune disposition législative relative au harcèlement sexuel ou à la violence domestique.

• Égypte : trois adolescentes prises en chasse par une horde de jeunes

Mais les lois ne protègent pas toujours les femmes. En Égypte, le harcèlement sexuel est un crime passible de peines de prison depuis 2014.


Mais cette loi n’a pas empêché une horde de jeunes de poursuivre trois adolescentes dans les rues de Damanhour en août 2018. Ces jeunes, dont certains à mobylette, ont essayé de coincer les jeunes filles contre un mur et de les embarquer sur leurs deux-roues. Dans la vidéo qui a permis de documenter ce cas, les trois adolescentes poussent des cris d’effroi.
 
Le sport, entre émancipation et exclusion

• Égypte : le parkour pour se réapproprier l’espace public


Pour lutter contre ce phénomène, un groupe d’Égyptiennes a décidé de se lancer dans le parkour, une discipline pratiquée depuis longtemps par les hommes. Sillonner la ville en escaladant les murs, en sautant et en courant entre les immeubles, elles tentent ainsi de se réapproprier l’espace public.

Comme elles, de nombreuses femmes ont trouvé dans le sport un outil d’émancipation.

• RD Congo : la danse pour guérir des violences sexuelles de la guerre


En République démocratique du Congo, des ateliers de danse avaient permis à des femmes de reprendre confiance en elles et de se réapproprier leurs corps après les viols et les mutilations qu’elles avaient subis. Le projet doit reprendre en 2019.

• Iran : les femmes toujours bannies des stades


Mais leur pratique du sport est parfois brimée, comme en Iran où des équipes féminines iraniennes se sont mobilisées pour leur médiatisation et où des Iraniennes ont réussi à entrer clandestinement dans les stades de foot, où leur présence n’est officiellement pas autorisée.
 
Religion et tradition, vecteurs d’interdits

• Japon : des femmes exclues du ring de sumo


Au Japon, des femmes avaient été chassées d’un ring sumo, où leur présence est strictement interdite. Elles tentaient pourtant de faire un massage cardiaque à un maire tombé à terre.

• Inde : deux femmes forcent leur entrée dans un temple

De la même manière, la présence des femmes est interdite dans de nombreux temples en Inde. Dans ce pays, les femmes ne peuvent entrer dans ces édifices religieux quand elles ont leurs règles, voire pas du tout avant d’avoir atteint la ménopause.


Mais les choses changent petit à petit. Ainsi, en janvier 2019, deux femmes ont finalement réussi à entrer dans le temple de Sabarimala, où l’accès autrefois uniquement réservé aux hommes a été ouvert par la Cour suprême. Ce jugement a cependant mis du temps à être appliqué, les femmes tentant d’entrer étant systématiquement refoulées par des manifestants. C’est finalement sous escorte policière qu’elles ont pu bénéficier de leur nouveau droit.

Cet article a été écrit par Liselotte Mas (@liselottemas).